Le coronavirus demeure toujours une menace à la paix et à la sécurité internationales

9 septembre 2020

Trois hauts responsables de l’ONU ont mis en garde mercredi le Conseil de sécurité sur l’impact de la pandémie de Covid-19 sur la paix et la sécurité internationales.

Près de neuf mois après son apparition, le nouveau coronavirus demeure toujours un obstacle au travail des Nations Unies en faveur de la paix et de la sécurité.

La cheffe des affaires politiques et de la consolidation de la paix de l’ONU, Rosemary DiCarlo, a alerté sur trois risques liée à la pandémie : une plus grande érosion de la confiance dans les institutions publiques, l’aggravation de certains défis en matière de droits de l’homme et la fragilisation des processus politiques et de paix.

Le 23 mars dernier, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, avait lancé un appel à un cessez-le-feu mondial afin de mieux lutter contre la pandémie de Covid-19.

« La réponse initiale était encourageante. Plusieurs cessez-le-feu temporaires ont été annoncés (…)  Cependant, beaucoup ont expiré sans avoir été prorogés, se traduisant par peu d’amélioration sur le terrain », a déploré Mme DiCarlo.

Le coronavirus, un défi pour les opérations de maintien de la paix

« Dans l'ensemble, les opérations de maintien de la paix ont continué de prévenir et de répondre aux menaces contre les civils, qui n’ont malheureusement pas diminué au cours des six derniers mois malgré l’appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu mondial », a, pour sa part, constaté le chef des opérations de paix de l’ONU, Jean-Pierre Lacroix. « C'est notamment le cas au Mali, en République centrafricaine (RCA) et en République démocratique du Congo (RDC) », a-t-il précisé.

M. Lacroix a reconnu que la pandémie de Covid-19 a eu un impact significatif sur la conduite des opérations de maintien de la paix de l’ONU. « Cela a créé des défis opérationnels, nous obligeant à ajuster le déploiement de personnel en uniforme, mettre en place des modalités de travail à distance et fournir une gamme de services supplémentaires au personnel sur le terrain », a-t-il expliqué.

Le coronavirus a également compliqué les efforts de l’ONU pour soutenir les autorités et d’autres acteurs, l’obligeant à adapter les modalités de son engagement à faire progresser processus politiques et de paix. « Il nous a obligés à recalibrer notre protection des civils et d'autres domaines d'activités en appui aux populations que nous servons, tout en veillant à ce que ces les activités se poursuivent », a détaillé le chef des opérations de paix.

Les pays dans lesquels des opérations de maintien de la paix de l’ONU sont déployées souffrent d'une combinaison de la faiblesse des structures de santé et de gouvernance et du manque de ressources nécessaires pour lutter efficacement la pandémie.

« Dans ces environnements, la propagation de la Covid-19 peut non seulement entraîner une exacerbation des tensions socio-économiques », a prévenu M. Lacroix. « Ses effets peuvent également miner la gouvernance et les institutions locales, ralentir ou faire dérailler des processus politiques fragiles, aggraver des situations de sécurité déjà instables et contribuer à une récurrence des conflits intercommunautaires ».

La Covid-19 a aggravé les situations humanitaires

Le chef des affaires humanitaires de l’ONU, Mark Lowcock, a, de son côté souligné les effets indirects de la pandémie sur les pays les plus vulnérables : économiques d’abord, mais aussi sur les services publics.

Les campagnes de vaccinations ont été perturbées dans 45 pays mettant en danger 80 millions d’enfants de moins de un an. Selon la FAO, 27 pays risquent de subir une forte détérioration de leur sécurité alimentaire et la cachexie, une forme de malnutrition aigüe qui se caractérise par une maigreur extrême, pourrait toucher 7 millions d’enfants rien que durant la première année de la pandémie.

Avec la Covid-19, « les risques de conflit, d'instabilité, d'insécurité, de violence et de déplacement de population augmentent », a déclaré M. Lowcock.

Le Secrétaire général de l’ONU a appelé à plusieurs reprises les États membres et d'autres acteurs à faciliter le mouvement du personnel humanitaire et des marchandises, y compris par la délivrance de permis spéciaux de déplacements, des autorisations et des visas à l'arrivée. « Ces appels n’ont pas été, je le crains, suffisamment entendus », a dit le chef de l’humanitaire qui a également déploré le manque de financement de l’aide.

Selon M. Lacroix, le coronavirus pourrait déstabiliser les pays où sont déployées les missions de l’ONU « et éroder les gains de paix ». M. Lowcock a lui été sans détour : « Une action économique et politique malheureusement inadéquate conduira à une instabilité et conflits dans les années à venir. D'autres crises seront à l'ordre du jour de ce Conseil ». Mme DiCarlo n’a pas dit autre chose : « S’attaquer à la Covid-19 exige coordination, unité et solidarité. Meilleure est la réponse mondiale à la pandémie, meilleures sont nos perspectives de prévention, de gestion et de règlement des conflits armés dans le monde ».

 

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