La pandémie de Covid-19 continue d’affecter profondément la paix et la sécurité du monde, prévient Guterres

2 juillet 2020

Alors que la pandémie de Covid-19 a causé jusqu’à présent plus de 500.000 morts dans le monde, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a prévenu jeudi le Conseil de sécurité que cette pandémie continue d’affecter « profondément » la paix et la sécurité internationales.

« Les conséquences peuvent être observées même dans plusieurs pays traditionnellement considérés comme "stables". Mais les impacts sont particulièrement apparents dans les pays qui connaissent déjà un conflit ou qui en sortent », a dit le chef de l’ONU lors d’un débat par visioconférence avec les quinze membres du Conseil, auquel participait le Ministre allemand des affaires étrangères, Heiko Josef Maas, dont le pays préside l'organe onusien au mois de juillet.

Selon le chef de l’ONU, les risques qui pèsent sur la paix et à la sécurité internationales sont multiples.

Il a noté que les tensions augmentent dans de nombreux pays en raison des graves retombées socio-économiques de la crise.

« La confiance dans les institutions publiques est de plus en plus érodée dans des endroits où les gens ont le sentiment que les autorités n'ont pas traité la pandémie efficacement ou n'ont pas été transparentes quant à son impact. Au fur et à mesure que les griefs et les vulnérabilités préexistants s'accentuent et s'enracinent, le potentiel d'instabilité et de violence ne fait qu'augmenter », a-t-il souligné.

La pandémie aggrave également les inégalités entre les sexes, les femmes étant les plus touchées et il y a eu un pic alarmant de violence sexiste et domestique.

Le Secrétaire général a noté que dans certains pays les processus de paix fragiles pourraient être compromis par la crise, surtout si la communauté internationale est distraite. Il a pris l’exemple de la région du Darfour, au Soudan.

Dans d'autres endroits, les acteurs du conflit - notamment les groupes terroristes et extrémistes violents - considèrent l'incertitude créée par la pandémie comme un avantage tactique.

La pandémie a également obligé de nombreux pays à réfléchir à l’organisation des élections prévues pour 2020 tout en essayant de gérer la crise sanitaire. Depuis mars de cette année, 24 élections ou référendums ont ainsi été reportés. En République centrafricaine (RCA), par exemple il y a des tensions en raison des tentatives d'utiliser la pandémie comme prétexte pour reporter la tenue des élections prévues pour la fin de l'année, a noté M. Guterres.

Le chef de l’ONU a également souligné les risques d'attaques bioterroristes et a jugé nécessaire de prévenirl'utilisation délibérée de maladies comme armes.

Alors que la Convention sur les armes biologiques compte 183 États parties, il a exhorté les 14 États qui n'ont pas encore adhéré à la Convention à le faire sans plus attendre. Il a appelé aussi à renforcer cette Convention.

« Compte tenu de la vitesse à laquelle les agents pathogènes se propagent dans un monde interconnecté, nous devons veiller à ce que tous les pays disposent de capacités résilientes et appropriées pour répondre rapidement et avec robustesse à tout événement biologique mondial potentiel et délibéré », a-t-il dit.

La pandémie est aussi une menace aux droits de l'homme

Parmi les autres risques, le Secrétaire général s’est dit préoccupé par le fait que la pandémie menace le respect des droits de l'homme.

« Nous avons constaté un recours excessif à la force pour contrôler les confinements, les couvre-feux et d'autres mesures de confinement. Il y a des manifestations croissantes d'autoritarisme, y compris des restrictions sur les médias, l'espace civique et la liberté d'expression », a-t-il noté.

Il a également souligné l’augmentation de la stigmatisation et des discours de haine et dénoncé « une épidémie de désinformation en ligne ».

M. Guterres s’est aussi dit inquiet du risque à long terme d’un transfert de ressources au détriment des initiatives en faveur de l'égalité des sexes et de l’éducation.

Selon lui, tous ces risques liés à la pandémie de Covid-19 nécessitent « une réponse urgente et unie, y compris de la part du Conseil de sécurité ».

Il a noté que 180 États membres et un État observateur non membre ont approuvé son appel à un cessez-le-feu mondial, de même que plus de 20 mouvements armés et autres entités et plus de 800 organisations de la société civile.

« L'appel a donné des résultats positifs, mais ceux-ci ont depuis expiré ou, dans certains cas, sont en panne », a-t-il dit.

« Ce Conseil a le devoir de faire entendre sa voix et son influence sur ces situations », a-t-il ajouté, se réjouissant de la résolution adoptée la veille par le Conseil de sécurité exigeant une cessation mondiale des hostilités.

 

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