En Afrique, artistes et sportifs se mobilisent contre le Covid-19

14 avril 2020

Du Burkina Faso au Rwanda, en passant par l’Algérie et le Tchad, de nombreux artistes et sportifs du continent africain mettent leur notoriété au service du combat contre la pandémie de Covid-19. Largement diffusée sur les réseaux sociaux, leur actions de sensibilisation prennent différentes formes, mais ont toutes le même objectif : alerter sur le danger du coronavirus.

C’est l’une des voix qui compte au Tchad et c’est naturellement qu'Aché Ahmat Moustapha (également connu sous le nom d’Aché Coelo) a prêté sa voix à une vidéo sur la prévention contre le coronavirus. Pour cette femme énergique de 34 ans engagée pour les droits de femmes en Afrique, le Covid-19 « n’est pas un petit virus ». « Mes frères et sœurs, le monde est à l’arrêt à cause du coronavirus », a rappelé cette sociologue et réalisatrice franco-tchadienne dans une vidéo qu’elle a produite pour ONU Info.

Si le message d’Aché Ahmat Moustapha s’adresse d’abord à la population tchadienne, elle insiste sur « la responsabilité individuelle et la responsabilité collective » face au coronavirus qui « n’est pas un simple virus ». Membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) d’Emmanuel Macron, elle maîtrise les codes de la communication et face caméra, le message est tranchant. « Protégeons-nous et protégeons les autres. Restons chez nous, respectons les gestes barrières », a-t-elle ajouté.

Devant la prolifération sur les réseaux sociaux de fausses informations sur le Covid-19, cette ancienne chargée de communication de l’UNICEF au Tchad entend interpeller sur les stigmatisations et les fake news. « Evitons de propager, de partager des informations dont nous n’avons aucune fiabilité. Ça ne fait qu’attiser la peur », a-t-elle déclaré, avant de souligner qu’en ces moments, les Africains n’ont pas besoin d’avoir peur, mais « d’être forts ».

« Nous avons besoin d’être ensemble unis, pour pouvoir sortir de cette pandémie. Et nous allons y arriver », a-t-elle fait valoir.

Mouna N’Diaye : « Barrons la route au coronavirus » 

Au Burkina Faso,  Maimouna N’Diaye se veut tout aussi pédagogique pour vaincre le coronavirus. Cette comédienne burkinabé, qui a grandi en Guinée et est renommée dans toute l’Afrique de l’Ouest, insiste sur le danger de cette crise sanitaire. Si les risques épidémiques sont au cœur de bon nombre de séries et de films récents qui font étrangement écho à l’actualité, Maimouna N’Diaye souligne que « le coronavirus n’est pas une fiction » mais bien une réalité.

Et quand la fiction infecte la réalité, les mots de l’ancienne jurée de la 72e édition du Festival de Cannes sonne comme une piqûre de rappel. « S’il vous plait, barrons la route au coronavirus, en respectant les règles sanitaires. Si ce n’est pas nécessaire, ne sortez pas. Si vous devez sortir, portez un masque. Ne vous serrer pas la main. Respectez les distances d’un mètre à 1,5 mètre entre vous », a dit l’héroïne du septième art africain.

L’enjeu : mobiliser pour sensibiliser toute tranche de la population qui aurait tendance à se croire hors de danger. « S’il vous plaît, aidons le personnel de santé à nous sauver pour éviter la propagation du virus. Restez à la maison. Tous ensemble, soyons responsables. Barrons la route au coronavirus », a demandé Mouna N’Diaye qui poursuit également une carrière de réalisatrice.

Pour s’assurer que leurs messages soit reçus par un grand nombre de personnes, les célébrités africaines ont recours aux médias sociaux. Artiste ou sportif, elles se fendent d’une vidéo explicative avec au programme : le fameux lavage de main avec du savon ou un gel désinfectant ou l’éternuement dans le creux du coude.

Agalawal : « Le virus ne se déplace pas, ce sont nous les humains, qui le déplaçons »

Même mobilisation en Côte d’Ivoire où l’humoriste Agalawal se veut tout aussi direct. « Le coronavirus, c’est du sérieux » surtout que le monde « n’arrive pas encore à trouver le remède, le vaccin », a-t-il rappelé.

Alors que les spectacles sont annulés en raison de la pandémie, les humoristes comme l’« ambassadeur Agalawal » ont trouvé une autre façon de maintenir un sentiment de communauté avec le public. A l’heure du rassemblement « façon 2.0 », le comédien utilise parfois le réseau social Instagram pour distiller ses conseils sur la distanciation sociale.

« Cohabitation de gueule et puis narines, ce n’est pas facile. Mais on va faire comment ? Respectons les mesures barrières », a dit le maître du one-man-show ivoirien qui appelle à éviter les attroupements afin d’arrêter la propagation du Covid-19. « Car le virus ne se déplace pas. C’est nous, les humains, qui le déplaçons », a déclaré Agalawal dans un entretien accordé à ONU Info. Et « pour éviter la patrouille », il invite les Ivoiriens à rester chez eux et ainsi empêcher « de permettre au virus de toucher le maximum de personnes, en attendant qu’on trouve le remède à cette catastrophe humanitaire ».

A l’image des autres artistes ivoiriens, le chanteur Meiway sensibilise ses milliers de fans aux dangers de la pandémie. Le pionnier du style musical « Zoblazo » a ainsi lancé un appel aux populations africaines pour éviter la propagation du coronavirus.

« Que chacun prenne ses responsabilités. Si vous estimez qu’en bravant les gestes barrières, vous allez être sauvés de cette pandémie, allez-y. Maintenant si vous estimez qu’il y a une conduite à tenir pour survivre à cette pandémie, faites ce qu’il faut », a déclaré Meiway dans un entretien accordé à ONU Info.

Il y a quelques semaines déjà, Meiway (de son vrai nom Désiré Frédérik Ehui) avait invité ses milliers de fans à respecter les consignes de prévention et de sécurité. « Personne n’est à l’abri, cette catastrophe sanitaire nous concerne tous. Alors prenez bien soin de vous », peut-on lire sur sa page Instagram.

Lors de l’entretien qu’il a accordé à ONU Info, l’artiste ivoirien s’est dit inquiet sur les conséquences d’une situation sanitaire terrible surtout pour les artistes. « Le monde du spectacle est parmi les plus condamnés », a dit celui qui a du reporter ses spectacles marquant le 30e anniversaire de sa carrière musicale.

Eviter que la peur de la faim prévale sur celle du coronavirus

Au Rwanda, des célébrités ont joint leurs efforts pour sensibiliser les populations. Dans le cadre d’une campagne de sensibilisation, les chanteurs Bruce Melodie et Yvan Buravan ainsi des personnalités de la radio comme Arthur Nkusi, qui est également comédien, ont enregistré de courtes vidéos appelant les gens à adopter les bons gestes pour éviter la propagation du coronavirus.

Et les artistes de la diaspora rwandaise ne sont pas en reste. C’est le cas du cinéaste Joël Karekezi, présentement en France et qui travaille sur le scénario de son prochain long métrage sur le capitaine Mbaye Diagne, un casque bleu sénégalais tué lors du génocide des Tutsis au Rwanda. Face à l’« ennemi invisible » du coronavirus, « protégeons-nous, protégeons nos familles, nos amis, restons à la maison », a déclaré le réalisateur du film « La Miséricorde de la jungle » et du court métrage « Le Pardon ».

Celui qui a remporté le prix de l’Etalon d’or de Yennenga lors du dernier FESPACO (Festival panafricain du cinéma et de la télévision à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso) redoute qu’avec le confinement, de nombreux Africains déjà vulnérables basculent dans une plus grande pauvreté. « La faim c’est aussi un ennemi, un ennemi qu’il faut aussi combattre, en aidant ceux qui sont dans le besoin », a rappelé Joël Karekezi dans un entretien accordé à ONU Info.

Le réalisateur invite donc les Rwandais à partager son message de lutte contre le coronavirus, en suivant scrupuleusement les instructions des autorités et des services de santé. « Cela nous aidera vraiment à éliminer cette pandémie, ce virus, au Rwanda, surtout en Afrique, mais aussi dans le monde », a-t-il fait remarquer.

Les enfants des rues face au danger du Covid-19

En République du Congo, la mobilisation contre le Covid-19 se fait également en chansons. L’artiste congolaise Mariusca Moukengue a ainsi choisi de « slamer » avec ses mots qui ont le pouvoir de mettre le doigt sur le sort des enfants de la rue à l’heure du confinement. « Qui se soucie des enfants que nous avons laissé aux soins de la rue. Comment font-ils pour manger ? Où s’abritent ils ? Ces enfants dits de la rue qui ne sont pas nés des arbres, comment s’en sortent ils ? », a demandé cette slameuse qui est juriste de formation.

« La rue, mon toit, où vais-je me confiner. La rue m’a enfanté le jour où le tissu familial s’est déchiré (…). Où vais-je me confiner ? Pour ma propreté, en qui faire confiance quand la règle et la méfiance face à cette pandémie allongent ma souffrance quotidienne (…). Donnez-moi la force de sortir de cette galère », a dit cette jeune artiste du verbe et de l’écriture qui ne fait pas dans la dentelle pour fustiger l’indifférence face au sort des enfants des rues. Une façon de rappeler qu’ils ne sont pas seulement à la merci du nouveau coronavirus, mais tout simplement de la misère.

A Brazzaville comme dans d’autres villes et localités du continent africain, la pandémie exacerbe les inégalités, exposant davantage aux dangers les enfants des rues qui ont rarement accès à un toit ou aux conditions d’hygiène nécessaires pour se protéger du virus. « Je n’ai eu que mon texte SLAM et cette fois ci mon corps aussi, pour lancer ce SOS », a insisté Mariusca Moukengue dans une vidéo partagée sur son compte Facebook.

Cherif Oudjani : « Ne passez pas le ballon à l’adversaire pour que le virus ne passe pas »

En Algérie et au Bénin, les sportifs sont également montés au front dans le combat contre le Covid-19. Des footballeurs algériens ont lancé, via les réseaux sociaux, une campagne de sensibilisation et de prévention. C’est le cas de l’international Riyad Mahrez, qui a pris la parole sur son compte Twitter, « au nom de toute l’équipe nationale », pour appeler à la responsabilité de chacun dans le contexte de la pandémie.

« Respectez les recommandations des services sanitaires. Restez chez-vous, lavez-vous régulièrement les mains et évitez les contacts avec d’autres personnes. C’est la seule solution pour éviter cette pandémie du coronavirus » a insisté le milieu offensif du club anglais de Manchester City.

A l’image de certains anciens internationaux algériens, Cherif Oudjani, buteur de la finale et vainqueur de la Coupe d’Afrique des nations de football en 1990, a aussi mis sa renommée au service de la lutte « car l’heure est grave actuellement et la vie tourne au ralenti à cause du Covid-19 ».

« Ce nouveau virus frappe la terre entière, sans distinction d’âge, ni de race, ni de religion. Et cette maladie peut être mortelle et a déjà fait payer au monde un lourd tribut », a rappelé l’ancien buteur des Fennecs. Cherif Oudjani utilise le langage du ballon rond pour mieux faire passer son message. « S’il vous plait, faites passer le message, comme si vous deviez passer le ballon à un partenaire. Mais surtout, ne passez pas le ballon à l’adversaire. Alors relayez ce message et surtout que le virus ne passe pas », a-t-il déclaré dans un entretien à ONU Info.

Un message que partage le footballeur franco-béninois Jean-Marc - Jimmy - Adjovi-Boco. Pour cet ancien capitaine des « écureuils » du Bénin, la discipline à adopter face au Covid-19 lui a rappelé des souvenirs de sa carrière professionnelle en France au cours de laquelle il a appris plusieurs facteurs nécessaires pour gagner un match : « du talent, de la régularité et surtout respecter les consignes ». Or « du talent, nos médecins, nos chercheurs, le corps médical en a », a-t-il dit.

Pour cet autre membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) d’Emmanuel Macron, la population doit être solidaire et surtout respecter les mesures d’hygiène  et les consignes. « Ensemble, nous pouvons gagner cette partie et mettre le virus échec et mat », a souligné l’ancien défenseur du Racing Club de Lens.

 

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