En Afrique de l’Ouest, la consolidation de la démocratie progresse mais ne doit pas être prise pour acquise (ONU)

24 juillet 2019

L’envoyé de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest a salué mercredi les progrès enregistrés dans la région en matière de consolidation de la démocratie, tout en reconnaissant que cette dernière « ne s’est pas faite sans difficulté, retard et complication » et « qu’elle doit être davantage enracinée ».

« Nous devons d’abord reconnaître et célébrer les progrès dans la consolidation de la démocratie dans la région, y compris par des transferts de pouvoir pacifiques », a déclaré devant le Conseil de sécurité, Mohamed Ibn Chambas, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel.

Au cours des six derniers mois, trois élections présidentielles « âprement disputées » ont été organisées au Nigéria (23 février), au Sénégal (24 février) et en Mauritanie (22 juin).

Lors de ses rencontres avec tous les candidats à la présidence dans ces trois pays, M. Chambas, qui dirige depuis Dakar le Bureau de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), leur avait fait part de la nécessité de respecter les normes électorales élevées de la région. Au Nigéria, UNOWAS a ainsi organisé, conjointement avec la Commission nationale de la paix et d’autres partenaires, plusieurs forums de la paix pour apaiser les tensions.

Au-delà des élections réussies, les six derniers mois ont également vu l'ouverture de dialogues politiques entre le gouvernement au pouvoir et l’opposition au Burkina Faso et au Bénin, s’est félicité le Représentant spécial. « Au Ghana, les acteurs politiques ont entamé un dialogue sur les groupes d'autodéfense. Au Libéria le 7 juillet, le gouvernement respectait le droit du peuple à manifestateur pacifiquement et a convenu d'entamer un dialogue sur le renforcement de l'économie », a-t-il ajouté.

Les périodes pré-électorales et post-électorales en Afrique de l’Ouest continuent cependant d'être caractérisée par des tensions, des luttes et des conflits antagonistes, y compris autour d’amendements constitutionnels non consensuels, a déploré M. Chambas.

« Traiter les sources potentielles de conflit reste une priorité majeure avant le prochain cycle d'élections présidentielles à haut enjeu en Afrique de l'Ouest », a -t-il dit. En 2020, six scrutins pour élire les chefs d’Etats doivent être organisés au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Ghana, en Guinée, au Niger et au Togo.

Répondre aux problèmes de développement et des inégalités

Selon l’envoyé onusien, les tensions autour des périodes électorales détournent de l’attention nécessaire sur le besoin impérieux de répondre aux questions de développement et des inégalités.

« Le trajet de la consolidation démocratique dans cette région n’a pas été facile et ne peut être pris pour acquis. Plusieurs pays de la région continuent de lutter avec des défis liés aux droits de l'homme », a dit M. Chambas, qui s’est dit particulièrement préoccupé par l’instrumentation du pouvoir judiciaire à des fins politiques dans certains cas ainsi que par le sentiment prédominant d'impunité pour les crimes violents. Une telle impunité, portant selon lui, atteinte au respect de l’Etat de droit.

Le Représentant spécial a tenu à féliciter le « parcours exemplaire » emprunté par la Gambie, où la Commission pour la vérité, la réconciliation et les réparations et la Commission nationale des droits de l'homme se sont engagés dans leurs « tâches difficiles » mais de « manière crédible », ce qui a contribué à la justice transitionnelle et à la cohésion sociale.

Même si l’Afrique de l’Ouest a connu une légère augmentation du nombre de femmes membres de gouvernements et la toute première nomination d'une femme présidente d’un parlement au Togo, la sous-représentation politique des femmes dans la région reste une source de préoccupation, estime M. Chambas. « Un niveau d'inégalité toujours élevé continue d'avoir des impacts négatifs sur les femmes, les rendant plus vulnérables aux violences reposant sur le genre, a-t-il dit. Dans ce contexte, l'adoption d'une législation au Cabo Verde établissant la violence sexuelle et sexiste comme étant une priorité dans la prévention du crime doit être applaudi, estime-t-il.

 

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