Témoignage - Avec une équipe motivée, présente et déterminée, le SMUR d’Argenteuil fait face au Covid-19

9 avril 2020

Dr. Rudy Cohen a 40 ans. Il est médecin et depuis 2014 chef du SMUR, le service mobile d’urgence et de réanimation au centre hospitalier d’Argenteuil. Cette ville de 110.000 habitants est située au nord-ouest de Paris, dans le Val d’Oise, l’un des départements français les plus touchés par le coronavirus.

« Pour le moment, on est en plein dans la vague. Je pense que ce n’est pas fini. Le défi est effectivement dans les places de réanimation parce que pour nous tous ces malades on ne peut pas les garder dans les camions éternellement », explique Rudy Cohen à ONU info.

« Argenteuil est une petite équipe. Il y a deux unités opérationnelles et chaque unité compte un médecin, une infirmière, un ambulancier. Certaines infirmières sont spécialisées en anesthésie. On est 14 médecins, dix infirmiers et une dizaine d’ambulanciers », ajoute-t-il. 

Mais pour le Dr. Cohen, des crises sanitaires comme celle du Covid-19, ce qu’il appelle des situations sanitaires exceptionnelles, font complètement partie de leurs missions. « Ça avait été le cas en 2014 avec la crise Ebola, il y a eu les attentats de Charlie Hebdo, et les attentats du Bataclan à Paris en 2015. Chaque année on a les patients qui reviennent du Hadj avec le Mers-CoV qui est aussi un coronavirus. Donc ça fait partie entièrement de nos missions », explique-t-il.

Centre hospitalier d’Argenteuil.
Le Service Mobile d'Urgence et de Réanimation (SMUR) est en première ligne dans la lutte contre le coronavirus

Se préparer au coronavirus 

Le Dr. Cohen et son équipe ont vu venir la vague. Ils ont décidé de se préparer, de rester informés et de diffuser l’information le plus possible sur le type de patients qu’ils allaient rencontrer. 

A la mi-mars, au début du confinement, une troisième équipe opérationnelle 24h sur 24 a été créée. « Cette troisième équipe s’est mise à travailler au même rythme que les deux premières. D’habitude il y a une espèce de petit train-train. Il y a environ une dizaine d’interventions par jour et là on est passé à une vingtaine, une trentaine », explique-t-il.

Grâce à cette équipe supplémentaire, ils ont pu faire face à la situation. Mais ce qu’ils ont remarqué c’est que les patients conventionnels avaient disparu de toutes leurs missions habituelles. « Les infarctus, les accidents de la route, tout cela a disparu et donc finalement l’activité a un peu augmenté mais elle a été substituée par des patients atteints de coronavirus », précise-t-il.

Les trois équipes s’occupent d’une centaine de patients en situation de détresse. « L’afflux aux urgences c’est 200 (personnes) par jour qu’ils voient passer. Nous on est passé de 10% au 15 mars à plus de 80% aujourd’hui. On ne voit plus que des patients atteints de coronavirus ou (des cas) suspects », souligne-t-il.

L’équipe du Dr. Cohen est bien formée. Elle connait les plans de secours et comment s’habiller et se déshabiller. Mais la préparation est beaucoup dans l’information. « Il fallait faire comprendre aux différents personnels quels étaient les circuits : est-ce que tel patient va aller à tel endroit, est-ce que ce service accueille encore de patients conventionnels ou accueille-t-il des patients Covid », explique-t-il.

Il fallait donc identifier en fonction de la situation, quelles protections adopter, quelle attitude adopter et quelles filières prendre. Et c’était cela le défi d’une bonne préparation.

« On nous dit au téléphone cette personne a l’air d’être très mal, allez voir. Donc on va voir. Et on s’aperçoit en fin de compte qu’il est gêné par sa toux et il a de la fièvre mais il ne présente pas de signe de gravité. Et donc ces patients là si nous on leur met un masque chirurgical sur le nez et qu’on applique des mesures barrière simples, il n’y a pas besoin d’être complètement protégé, ce n’est pas vraiment nécessaire, il faut tout de même respecter des mesures d’hygiène simples. A contrario des malades qui vont nécessiter une intubation ou une ventilation invasive ou des gestes, même un masque à oxygène à très fort débit, ça aérosolyze en fait le virus et là il nous faut une protection type FFP2, masques, charlottes, lunettes, gants, surblouses, etc. », explique le Dr. Cohen.

Centre hospitalier d’Argenteuil
Chaque unité du SMUR d'Argenteuil compte un médecin, une infirmière, un ambulancier.

Des places de réanimation de plus en plus rares 

Un autre grand défi pour l’équipe du SMUR Argenteuil, c’est les places de réanimation qui sont de plus en plus rares. « Il y a beaucoup de patients dans une durée qui est courte et ce sont des patients qui vont rester 15 jours, trois semaines en réanimation, et vont occuper un lit de façon prolongée », dit le médecin. « Donc on se retrouve dans des situations où on a des détresses respiratoires à domicile avec des patients qui nécessitent des soins critiques et puis on n’a plus de place dans notre secteur ».

Parfois ils doivent emmener les patients très loin : « On a déjà changé de région à plusieurs reprises. De Val d’Oise on est parti à Rouen, on est parti à Chartres, on est parti à Amiens. On va de plus en plus loin en fait pour répartir les patients ». 

Donc pour éviter que chaque département joue en solo, les Agences régionales de santé (ARS) ont créé une régulation régionale. « On a un visuel plusieurs fois par jour. On reçoit un petit courrier et on a le nombre de lits à la fois d’hospitalisation classique, c’est-à-dire non critique, d’hospitalisation soin critique mais sans ventilation invasive, et de soin critique avec ventilation invasive. Et donc nous commençons à avoir une vue plus générale sur l’Ile-de-France qui va permettre de mieux répartir les patients. On est donc passé à un niveau régional car notre département est complètement saturé », souligne le Dr Cohen. 

 

Centre hospitalier d’Argenteuil
Le Service Mobile d'Urgence et de Réanimation (SMUR) est en première ligne dans la lutte contre le coronavirus

Equipement suffisant pour le moment 

Le SMUR d’Argenteuil a l’équipement suffisant « à partir du moment où on ne fait pas n’importe quoi avec », dit-il. « L’établissement a donc mis des restrictions. Le matériel est donné de façon progressive, c’est-à-dire, c’est contrôlé pour éviter la surconsommation, pour éviter le vol aussi parce que malheureusement il y a du vol. Donc on protège un petit peu nos stocks, on ferme les bureaux, on ferme les réserves ». 

Le Centre hospitalier d’Argenteuil reçoit aussi des dons comme celui de l’Association médicale franco-chinoise qui a fait un don à l’Ile-de-France. « On a reçu une partie de ce don pour nous aider un petit peu », dit-il.

Le Dr Cohen explique aussi que ses collègues sont parfois inquiets. « Ils sont parfois inquiets pour eux-mêmes mais surtout pour leurs proches. Mais ils sont déterminés et motivés et cela on ne peut pas leur enlever. C’est une inquiétude qui peut se comprendre par moment. Il faut avoir un discours rationalisant, il faut réexpliquer plusieurs fois les choses et il ne faut surtout pas rentrer dans les polémiques et les difficultés mais j’ai l’avantage d’avoir une équipe qui est quand même solide et qui est soudée. Ils sont motivés, ils sont présents et déterminés », dit-il fièrement. 

Respecter le confinement

Respecter absolument le confinement, c’est primordial pour le Docteur Cohen. « Il ne faut pas céder à la panique. C’est facile à dire comme cela. C’est vrai que les messages sont très anxiogènes en général. Il y a encore quelques semaines un peu difficiles à passer. On est tous inquiet pour nos proches, on est tous inquiet pour nos enfants. On fait tous au mieux. Il faut être confiant dans l’avenir », dit-il.

Même message pour les professionnels. « Je pense qu’il faut essayer de vraiment faire confiance à nos scientifiques, à nos médecins, à nos chercheurs, à nos réseaux de santé, à nos agents de santé. Il faut essayer de se conformer le plus possible, il faut essayer vraiment d’agir comme un tout, comme un organisme qui se défend lui-même finalement et puis on s’en sortira », conclut-il.

 

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