Syrie : le manque de fonds menace l’assistance aux millions de déplacés

4 avril 2018

« Ce n’est pas le moment de tourner le dos aux civils syriens », a mis en garde le Conseiller spécial de l’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, à l’issue de la réunion du Groupe de travail sur l’accès humanitaire en Syrie. Lors d’un point de presse ce mercredi à Genève, Jan Egeland a indiqué que l’appel de fonds sur la Syrie n’a été financé qu’à seulement 7,7 %.

S'agissant de l'intervention humanitaire pour 2018, d’une valeur de 3,5 milliards de dollars, les organismes humanitaires n’ont reçu que 269,5 millions de dollars, soit un déficit de 3,2 milliards. « D’une opération très bien financée, la Syrie est maintenant une opération sous-financée », a regretté le Conseiller spécial du Médiateur de l’ONU.

Ce manque de financement met ainsi en péril l’aide apportée aux déplacés syriens. Or sur le terrain, les mouvements de populations se poursuivent.

Selon l’ONU, les violences et les évacuations en Syrie ont provoqué le déplacement de plus de 500.000 personnes depuis début janvier. Il y a notamment celles qui ont fui les violences dans le district d’Afrine au nord d’Alep, mais aussi autour d’Idlib, dans la périphérie rurale de Damas et dans la Ghouta orientale.

S’agissant d’ailleurs de la situation humanitaire dans cette zone proche de la capitale syrienne, Damas, le Conseiller de Staffan de Mistura souligne que près de 133.000 civils sur les 400.000 habitants ont déjà quitté la Ghouta orientale dont 50.000 se sont réfugiés à Idlib alors que 83.000 personnes ont été accueillies dans des centres d’hébergement situés en zone gouvernementale, où « les conditions de vie sont terribles », a poursuivi le diplomate norvégien.

Toutefois selon l’ONU, aucun bombardement n’a été signalé récemment dans la Ghouta. « Fort heureusement qu’il n’y a plus de combats après plusieurs années de siège, de souffrance et de combats intenses », a déclaré M. Egeland qui a dit espérer que les affrontements ne reprendraient pas.

L’ONU veut un accès à la ville de Douma, dans la Ghouta

En outre, l’ONU a demandé à pourvoir accéder à la ville de Douma, dans la Ghouta orientale, à l’est de Damas, encerclée par les forces gouvernementales et où plusieurs dizaines de milliers de civils sont pris au piège. Le conseiller de l’ONU pour les affaires humanitaires en Syrie a estimé qu’entre 80.000 et 150.000 civils se trouvaient dans cette localité, dernier secteur aux mains des rebelles.

« Il y a une négociation en cours entre le gouvernement (syrien) et la Fédération de Russie, et un groupe armé à l’intérieur de Douma », a déclaré M. Egeland. « Pourquoi ne pouvons-nous pas livrer aujourd’hui une aide aux habitants de Douma, même si nous sommes à la veille d’un accord pour la Douma, ils sont vraiment, vraiment à genoux en termes de besoins », a-t-il ajouté.

En attendant, ces déplacés de la Ghouta orientale sont allés grossir les rangs des déplacés de la province d’Idlib où vivent 2,2 millions de personnes dont deux tiers sont des personnes déplacées (1,5 million).  Après Alep ou la Ghouta, M. Egeland demande de ne pas faire de cette ville où vivent de nombreux civils et des milliers de déplacés vulnérables, « un champ de bataille ».

A Afrine, la situation reste aussi préoccupante. Près de 140.000 personnes sont déplacées autour de la ville prise récemment par l’armée turque. Les plus vulnérables font face à des restrictions, déplore M. Egeland. Et l’ONU a aussi des plans d’urgence pour Manbij. « Nous devrions avoir un accord négocié pour mettre un terme à la guerre » dans cette zone, explique encore M. Egeland.

Concernant la situation à Raqqa, Jan Egeland est revenu sur la mission d’évaluation qu’une équipe interagences des Nations Unies a effectué le 1er avril. Nonobstant le nombre élevé d’engins non explosés sur le terrain, 100.000 personnes environ seraient rentrées à Raqqa. « L’équipe a observé un niveau de destruction extrêmement élevé », a fait remarquer Jan Egeland. Selon l’ONU, près de 70% des bâtiments ont détruits ou endommagés alors que de nombreux services, tels que l’eau, l’électricité et la santé font défaut ou sont extrêmement réduits.

Par ailleurs, le Bureau de l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie a indiqué que le Groupe de travail sur le cessez-le-feu, créé par le Groupe de soutien international à la Syrie, se réunira demain jeudi 5 avril à 10h30 au Palais des Nations à Genève.

 

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