Retour sur l’année 2022 : un hommage aux femmes qui luttent pour leurs droits

Une représentante élue motive d'autres femmes à exprimer leur opinion au Rajasthan, en Inde.
ONU Femmes/Ashutosh Negi
Une représentante élue motive d'autres femmes à exprimer leur opinion au Rajasthan, en Inde.

Retour sur l’année 2022 : un hommage aux femmes qui luttent pour leurs droits

Femmes

Dans cet article revenant sur l’année écoulée, nous rendons hommage au travail des activistes qui ont démontré leur immense courage en défendant les droits des femmes, victimes d’attaques dans de nombreux pays au cours de 2022.

L’ONU, qui s’est engagée à autonomiser les femmes et les filles, travaille sans relâche avec des activistes et des organisations du monde entier pour protéger les femmes contre les abus, soutenir les politiques de santé qui les concernent et améliorer leurs conditions de vie.

Des femmes afghanes participent à la vaccination d'enfants contre la Polio
© UNICEF/Frank Dejongh
Des femmes afghanes participent à la vaccination d'enfants contre la Polio

Les femmes sous l’emprise des Talibans en Afghanistan

Au mois d’août, une année s’est écoulée depuis la prise de pouvoir par les Talibans en Afghanistan, qui suscite des craintes pour les droits des femmes, déjà gravement érodés par ce régime lorsqu’il dirigeait le pays à la fin des années 1990.  

Douze mois plus tard, l’agence ONU Femmes a annoncé qu’elle s’était engagée à poursuivre la lutte pour les droits des femmes en Afghanistan, le seul pays au monde où les filles sont exclues de l’enseignement secondaire et de toute participation à la vie politique.

L’anniversaire du régime taliban nous donne l’occasion de rappeler l’histoire de certaines des femmes qui ont décidé de rester dans leur pays, au prix d’un véritable bouleversement de leur vie.

Nous évoquons en premier lieu Zarina*, autrefois l’une des plus jeunes entrepreneures d’Afghanistan, qui a été contrainte de fermer sa boulangerie autrefois florissante, dans un contexte de restrictions croissantes imposées aux entreprises appartenant à des femmes; Nasima*, une bâtisseuse de la paix et militante des droits des femmes, qui a été contrainte de renoncer à la plupart de ses projets, mais a ensuite réussi à relancer certaines initiatives ; et Mahbouba Seraj, une défenseure des droits des anciens combattants, bien décidée à rester et à témoigner de la réalité de son pays.

Le message de Mme Seraj est matière à réflexion pour ceux qui voient l’Afghanistan comme un cas exceptionnel : « Ce qui arrive aux femmes afghanes peut arriver n’importe où, a-t-elle dit».

Selon elle, l'invalidation par la Cour suprême américaine de l'arrêt Roe c. Wade la jurisprudence qui a conduit au droit national à l’avortement aux États-Unis, « a détruit des années de progrès, privant les femmes de leurs droits sur leur propre corps. Partout, les droits des femmes subissent un revers, et si nous ne prenons pas garde, cela arrivera à toutes les femmes du monde ».

*Noms modifiés pour protéger les identités

Des manifestants à Santa Monica, en Californie (Etats-Unis), après la mort de Mahsa Amini, 22 ans, en Iran.
© Unsplash/Craig Melville
Des manifestants à Santa Monica, en Californie (Etats-Unis), après la mort de Mahsa Amini, 22 ans, en Iran.

Mahsa Amini : l’inspiration de la vague de manifestations en Iran

En novembre, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a condamné la réponse du régime iranien aux manifestations qui ont suivi la mort de Mahsa Amini, une jeune femme décédée en garde à vue en septembre, après avoir été arrêtée pour avoir, selon la « police des mœurs », porté son hijab de manière incorrecte.

Sa mort a suscité des manifestations dans de nombreuses villes iraniennes, y compris par de jeunes filles en âge scolaire. Le gouvernement iranien a réagi en arrêtant des milliers de manifestants, dont des femmes, des enfants, des jeunes et des journalistes.

Le 22 novembre, le Haut-Commissariat a déclaré qu’en une semaine seulement, plus de 40 personnes, dont deux adolescents, avaient été tuées lors de manifestations, et deux jours plus tard, le Conseil des droits de l’homme a créé une mission d’établissement des faits vouée à l’enquête sur les manifestations.

« Je suis peiné par ce qui se passe dans ce pays », a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, lors d’une session consacrée au vote en faveur de la mission. « Les images d’enfants tués. Des femmes battues dans les rues. Des condamnés à mort… ».

Signe de la condamnation internationale de la répression iranienne, les membres du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) ont à leur tour décidé d’exclure l’Iran de la Commission de la condition de la femme (CSW) le 14 décembre.

La CSW, qui se réunit chaque année en mars au siège de l’ONU à New York, est considérée comme le plus grand rassemblement de défenseurs de l’égalité des sexes au monde.

Les États-Unis ont présenté la résolution, qui a recueilli 29 voix pour et huit contre, tandis que 16 pays se sont abstenus.

L'enseignante Martha Isabel Ruiz Corzo, dite Pati.
© Grupo Ecológico Sierra Gorda
L'enseignante Martha Isabel Ruiz Corzo, dite Pati.

Les femmes face à la crise climatique

Il a été démontré que la crise climatique affecte de manière disproportionnée les femmes et les filles. Dans les semaines qui ont précédé la Journée internationale de la femme, célébrée le 6 mars, nous avons mis en évidence les moyens par lesquels les femmes activistes améliorent leur environnement local et aident leurs communautés à s’adapter à un climat de plus en plus hostile.

Parmi elles on compte la violoniste mexicaine Martha Corzo, qui a dirigé et inspiré un groupe de quelque 17.000 militants écologistes locaux, dévoués à la protection de la magnifique Sierra Gorda; un groupe de femmes au Niger qui ont associé les réfugiés et les migrants à la lutte contre la désertification en créant un jardin maraîcher prospère; ainsi qu’ une ingénieure en mécanique au Kenya qui a dû lutter contre la discrimination fondée sur le sexe pour développer des solutions énergétiques pratiques et abordables.

La Camerounaise Cécile Ndjebet, lauréate du prix Wangari Maathai en 2022
©FAO/Pilar Valbuena
La Camerounaise Cécile Ndjebet, lauréate du prix Wangari Maathai en 2022

En mai, les efforts entrepris par la militante camerounaise Cécile Ndjebet pour améliorer la vie des populations qui dépendent des forêts ont été officiellement récompensés lorsqu’elle a reçu le Prix Wangari Maathai des champions forestiers 2022, présidé par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Au Cameroun, environ 70% des femmes vivent dans des zones rurales et dépendent au moins en partie de la récolte de produits forestiers sauvages pour leur subsistance. Cependant, dans certaines communautés, les femmes n’ont pas le droit de posséder des propriétés forestières, d’en hériter si leur mari meurt, ni même de planter des arbres sur des terres dégradées.

« Les hommes reconnaissent généralement le grand rôle que jouent les femmes dans l’amélioration du niveau de vie des familles », a-t-elle déclaré lors de la cérémonie, « mais il est important qu’ils conviennent également que, pour que les femmes continuent à jouer ce rôle, et même à se perfectionner dans leur fonction, elles ont besoin d’un accès sûr à la terre et aux forêts ».

Le major Winnet Zharare, du Zimbabwe.
Major Winnet Zharare
Le major Winnet Zharare, du Zimbabwe.

Les femmes en bleu

Les femmes soldat de la paix et policières de l’ONU se sont distinguées par leur service dans certaines des zones d’affectation les plus dangereuses au monde, où elles ont été confrontées à des défis multiples, tels que les menaces d’attaques terroristes et la violence alimentée par une recrudescence de la désinformation et de la mésinformation durant l’ère de la COVID, sur fond de tensions politiques croissantes et de détérioration de la sécurité.

Lors de la Journée internationale des Casques bleus de l’ONU, en mai, la major Winnet Zharare du Zimbabwe a reçu le prix de la défenseure militaire de l’égalité des sexes de l’année, en reconnaissance de son travail avec la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud, au sein de laquelle elle s’est révelée une ardente championne de l’égalité des sexes et de la promotion des femmes décideuses et dirigeantes.

« Sa diligence et ses compétences diplomatiques lui ont rapidement valu la confiance des commandants militaires locaux qui bénéficiaient de ses conseils sur les droits et la protection des femmes », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lors de la cérémonie. « Son approche a aidé la MINUSS à renforcer ses liens avec les communautés locales et à remplir efficacement son mandat ».

Neuf officies de police du Libéria ont reçu une médaille prestigieuse de l'ONU pour leurs efforts pour ramener la paix au Soudan du Sud.
MINUSS
Neuf officies de police du Libéria ont reçu une médaille prestigieuse de l'ONU pour leurs efforts pour ramener la paix au Soudan du Sud.

En juillet, lors d’une cérémonie historique au Soudan du Sud, les membres du tout premier déploiement de Casques bleus de l’ONU du Libéria, dont plusieurs femmes, ont reçu la prestigieuse Médaille des Nations Unies.  

Leur réussite reflète un revirement positif spectaculaire de la situation du Libéria, qui a subi une guerre civile brutale dans les années 1990 et au début des années 2000, avant de parvenir à un cessez-le-feu surveillé par la Mission des Nations Unies dans le pays. Cette dernière, la MINUL, a également soutenu les activités humanitaires et de défense des droits de l’homme; et contribué à la réforme de la sécurité nationale, en particulier au travers de la formation de la police nationale et  d’une nouvelle armée restructurée.

« Notre expérience de 14 ans de guerre civile et l’impact des Casques bleus de l’ONU sont réels et tangibles pour ceux que nous servons sur le terrain », a confié Elfreda Dennice Stewart, officier de police des Nations Unies (UNPOL). « Les Casques bleus nous ont tant apporté, et c’est un honneur pour nous de servir dans cette jeune nation sous ce drapeau bleu emblématique ».