Inquiétudes sur les risques de fuite d’ammoniac et autres dégâts sur le tissu industriel ukrainien

22 mars 2022

Les pays n’ont pas parfois besoin d’une guerre pour s’inquiéter de l’avenir de leur environnement, mais des agences humanitaires redoutent le pire de la guerre ukrainienne sur l’environnement et la biodiversité dans ce pays.

Entre pollution, des risques de fuites radioactives, des risques réels de fuites d’ammoniac, des animaux abandonnés, les dégâts causés par la guerre en Ukraine font craindre une catastrophe pour la biodiversité et de réels « risques environnementaux ».

« Au milieu des combats en cours, le potentiel d’une catastrophe sanitaire environnementale se profile à l’horizon », alerte le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) dans son dernier rapport de situation daté du 21 mars 2022.

Selon l’OCHA, le niveau de pollution de l’air dans la capitale ukrainienne, Kyïv, reste considéré comme « malsain ». « A la date du lundi 21 mars, la concentration de particules fines (PM2,5) dans la capitale ukrainienne a été plus de 12 fois supérieure à la valeur indicative de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour la qualité de l’air », a détaillé l’OCHA dans son bulletin humanitaire.

Par ailleurs, les conditions météorologiques extrêmes, y compris les températures négatives, augmentent le « risque de développement de l’hypothermie ». « Ce risque est encore exacerbé en l’absence de combustible et d’électricité pour chauffer les logements », a fait valoir le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA).

L’incidence de l’usine chimique de Sumykhimprom à Novoselytsia

Selon l’OCHA, un autre « problème de santé environnementale potentiellement grave » est apparu lorsque l’usine chimique Sumykhimprom à Novoselytsia (Sumska, nord-est) - située à seulement 6 km au sud-est de la ville de Soumy - a commencé à laisser échapper de l’ammoniac.

Cette importante fuite d’ammoniac depuis un site industriel ukrainien touché par un bombardement a réveillé les craintes.

D’autant que le pays compte de très nombreuses usines produisant des engrais, avec un risque réel de catastrophe chimique en cas d’attaque ciblée ou accidentelle. « A la suite de cette attaque, il y a eu une contamination d’une zone d’environ 2,5 km autour de l’installation », a souligné l’OCHA.

Les autorités de cette division administrative du nord-est de l’Ukraine ont conseillé aux « résidents proches de l’usine de se réfugier dans des abris et des sous-sols pour se protéger ». Dans le même temps, les services locaux d’urgence ont répondu à « l’incident potentiellement dangereux, mais selon eux, ne constituait pas une menace pour les quelque 250.000 personnes vivant à proximité de Soumy ».

S’agissant des risques sanitaires environnementaux, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a pour sa part rappelé que l’Ukraine compte quatre centrales nucléaires opérationnelles et une centrale déclassée à Tchernobyl. La sécurité de la centrale nucléaire de Tchernobyl a suscité des inquiétudes à la suite d’une récente panne de courant et du risque sanitaire lié à l’exposition aux radiations.

Le défi de la sécurité et de la surveillance des sites nucléaires

Si le courant a été rétabli à la centrale nucléaire de Tchernobyl grâce à des générateurs diesel de secours, l’OMS s’est inquiétée du « risque d’une urgence nucléaire résultant de dommages directs dus à des tirs d’artillerie et à des incendies dans les centrales nucléaires ». Mais selon l’agence onusienne, « aucune augmentation documentée des niveaux de radiation n’a été signalée jusqu’ici en Ukraine autour des centrales ou des sites nucléaire ».

Dans ce lot de préoccupations, l’OCHA relève toutefois un « fait positif ». « Près de la moitié du personnel de la centrale nucléaire de Tchernobyl a pu effectuer une rotation et rentrer chez lui le 20 mars, après avoir travaillé sans interruption pendant près d’un mois après l’occupation présumée de la centrale par les troupes de la Fédération de Russie le 24 février ».

Avant la rotation du dimanche 20 mars, la même équipe de travail était sur le site depuis la veille de l’entrée des forces russes dans la zone, ce qui «mettait en péril» selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) l’un des «piliers» de la sécurité nucléaire, à savoir que le personnel puisse prendre des décisions sans pression indue».

A noter que l’AIEA ne reçoit toujours pas de transmission de données à distance de ses systèmes de surveillance à Tchernobyl, mais ces données lui sont transférées depuis les autres centrales nucléaires d’Ukraine. Cette agence de l’ONU basée à Vienne a proposé d’intervenir sur place pour garantir la sécurité des installations nucléaires en Ukraine et dit «poursuivre les consultations» en ce sens.

 

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