Italie : une experte de l’ONU condamne la criminalisation du secours aux migrants en Méditerranée

8 octobre 2020

Une experte indépendante des droits de l’homme de l’ONU a condamné, jeudi, la criminalisation en Italie de 11 défenseurs des droits de l’homme qui sont venus en aide à des migrants en mer Méditerranée.

La Rapporteure spéciale de l’ONU sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, Mary Lawlor, estime, au contraire, que leurs efforts de recherche et de sauvetage des migrants et demandeurs d’asile en détresse en Méditerranée devraient plutôt être applaudis.

« Carola Rackete, l’ancienne capitaine du navire de sauvetage Sea-Watch 3, et les membres de l’équipage du bateau Iuventa 10 sont des défenseurs des droits de l’homme et non des criminels », a déclaré Mme Lawlor.

Carole Rackete, de nationalité allemande, a été arrêtée le 29 juin 2019 pour avoir pénétré avec son navire dans les eaux territoriales italiennes puis accosté sans autorisation pour faire débarquer une cinquantaine de migrants. Ces derniers finalement secourus étaient bloqués à bord du Sea-Watch 3 pendant plus de deux semaines.

Au début de cette année, la Cour suprême de cassation italienne, statuant en appel, a décidé qu’elle n’aurait pas dû être arrêtée. Malgré cela, Mme Rackete continue de faire face à des accusations, notamment de complicité dans la commission d’un crime d’immigration illégale. Elle risque jusqu’à 20 ans d’emprisonnement et diverses amendes allant jusqu’à 50.000 euros.

Depuis 2014, au moins 16.000 migrants ont perdu la vie en Méditerranée

En septembre 2016 déjà, une enquête criminelle avait été ouverte contre certains membres de l’équipage du navire de sauvetage Iuventa 10. Ils sont accusés de complicité de « crime d’immigration illégale », un délit passible d’une peine de prison de cinq à 20 ans et d’une amende de 15.000 euros. Le 18 juin 2019, une demande de rejet de l’enquête criminelle préliminaire contre les membres de l’équipage du Iuventa 10 a été déposée, mais une décision formelle est toujours attendue.

D’une manière générale, plusieurs Etats européens ont décidé de paralyser coûte que coûte les opérations de sauvetage en mer des migrants. « Je regrette que les procédures pénales à leur encontre soient toujours ouvertes et qu’elles continuent à être stigmatisées en raison de leur travail de protection des droits de l’homme des migrants et des demandeurs d’asile en danger en Méditerranée », a déclaré Mme Lawlor.

Depuis 2014, au moins 16.000 migrants ont perdu la vie en Méditerranée, selon le projet de l’OIM sur les migrants disparus. « Le gouvernement italien doit reconnaître publiquement le rôle important des défenseurs des droits de l’homme dans la protection du droit à la vie des migrants et des demandeurs d’asile en danger en Méditerranée et doit mettre fin à la criminalisation de ceux qui défendent leurs droits », a fait valoir l’experte indépendante onusienne.

 

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