Yémen : le PAM appelle à agir pour éviter le spectre de la famine

10 juillet 2020

La situation humanitaire se détériore à un rythme alarmant au Yémen, poussant les gens au bord du gouffre, a alerté vendredi le Programme alimentaire mondial (PAM). 

Alors que le Yémen est confronté à « une crise sur plusieurs fronts », l’aide alimentaire du PAM est la seule chose qui empêche la population yéménite de faire face à « des niveaux de faim paralysants ».  

Nous devons agir maintenant. Si nous attendons que la famine soit déclarée, il sera déjà trop tard car des gens mourront déjà, Elisabeth Byrs, porte-parole du PAM 

L’agence onusienne a urgemment besoin de 737 millions de dollars jusqu’à la fin de l’année pour maintenir « ce filet de sécurité vital pour les millions de personnes au Yémen qui dépendent de l’aide humanitaire pour survivre », a dit une porte-parole du PAM à Genève, Elisabeth Byrs. 

En attendant, le PAM a dû réduire son aide alimentaire d’urgence à un moment où le Yémen a le plus besoin de l’aide internationale. « Nous devrons peut-être réduire encore plus », a mis en garde Mme Byrs. 

Sur le terrain, les importations ont diminué et les prix des denrées alimentaires s’envolent. Dans le même temps, le riyal est en chute libre et les réserves de devises étrangères sont proches de l’épuisement total. « En outre, les combats se sont intensifiés et le coronavirus se propage sans contrôle dans tout le pays », a détaillé la porte-parole du PAM.  

En 2019, grâce à une intensification massive, le PAM et ses partenaires ont pu tirer le Yémen du bord de la famine. Or les signes d’alerte sont déjà revenus. Et avec la pandémie de coronavirus qui s’ajoute au tableau, « la situation pourrait s’aggraver considérablement si l’action humanitaire est retardée ».

Par manque de fonds, le PAM risque de réduire encore son aide

Face à ce déficit de fonds, les agences humanitaires ont dû réduire leur aide. Le PAM a ainsi commencé à distribuer depuis avril une aide alimentaire tous les deux mois dans certaines régions du Yémen afin d’utiliser au mieux les ressources limitées. « Il se peut que nous devions réduire nos activités dans d’autres régions également. Notre objectif est de maintenir un filet de sécurité pour les populations aussi longtemps que possible », a averti Mme Byrs. 

L’agence onusienne pourrait devoir réduire les programmes de prévention, qui fournissent une alimentation complémentaire générale à tous les enfants de moins de deux ans et aux femmes enceintes ou allaitantes. Dans ces conditions, la priorité est donnée « aux zones où la prévalence de la malnutrition est la plus élevée ».  

Au total, plus de 20 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire, dont 13 millions reçoivent une aide alimentaire humanitaire. Près de 10 millions de personnes sont confrontées à de graves pénuries alimentaires. Dans ce lot, figurent les plus de 3,65 millions de déplacés internes en plus de 5 ans de conflit. 

Alors que moins de la moitié des établissements de santé sont pleinement opérationnels, environ un million de femmes enceintes ou allaitantes ont besoin d’un traitement contre la malnutrition aiguë. Près de la moitié des enfants souffrent d’un retard de croissance dû à la malnutrition. Plus de deux millions d’enfants ont besoin d’un traitement contre la malnutrition aiguë, dont environ « 360.000 risquent de mourir sans traitement ». 

Cette situation risque de s’empirer d’autant que le Yémen continue de traverser une crise économique qui entraîne « une réduction de l’approvisionnement alimentaire, une flambée des prix des denrées alimentaires et une aggravation rapide de l’insécurité alimentaire ».

Le coût des denrées alimentaires a augmenté de 35% dans certaines régions depuis le début de l’année. Ce qui le rapproche des niveaux observés pour la dernière fois en 2018. Les prix des denrées alimentaires importées ont déjà considérablement augmenté depuis le début de l’année. Le prix de l’huile végétale a ainsi augmenté de 43% et celui du sucre de 32%.

PAM/Saleh Bahulis
Une famille reçoit une aide alimentaire à un point de distribution de vivres à Ras al’Arah, dans le gouvernorat de Lahj, au Yémen.

Le PAM entend venir en aide à 13 millions de personnes

Le PAM appréhende également les chocs subis par la chaîne d’approvisionnement mondiale au Yémen qui risquent d’avoir « de graves répercussions sur la réponse humanitaire ainsi que sur la disponibilité des denrées alimentaires sur les marchés locaux ». « Le Yémen dépend des importations pour environ 90% des produits de base, y compris les denrées alimentaires », relève l’agence onusienne basée à Rome.  

En outre, les importations via les ports de Hodeïda et de Saleef - les deux principaux points d’entrée des marchandises au Yémen - continuent de diminuer. Une situation qui n’est pas étrangère à la faiblesse de la situation économique du Yémen (épuisement des réserves de devises étrangères) et par une réduction des flux commerciaux mondiaux à la suite de la Covid-19. Selon le PAM, les envois de fonds sont en baisse, les économistes prévoyant une diminution pouvant atteindre 70% au cours des prochains mois.

Sur un autre plan, les organismes humanitaires redoutent également les conséquences de l’inflation. Le riyal yéménite a d’ailleurs perdu 17% de sa valeur depuis le début de l’année (de 700 riyal à 1 dollar - niveau atteint pour la dernière fois en 2018). Depuis le début du conflit en 2015, la monnaie yéménite a perdu 60% de sa valeur. « Les experts avertissent que le taux de change pourrait atteindre 1.000 riyal pour 1 dollar d’ici la fin de l’année », a fait valoir la porte-parole du PAM.  

Ces facteurs économiques ont un impact très immédiat et direct sur les Yéménites vulnérables. Lorsque les familles n’ont pas les moyens d’acheter de la nourriture, elles réduisent le nombre de repas ou sur la diversité des aliments consommés. Par exemple, le petit-déjeuner n’est plus composé de haricots et de pain, mais uniquement de pain. Le dîner n’est plus composé de riz et de légumes, mais uniquement de riz. 

Par ailleurs, le nouveau coronavirus a un impact très réel sur l’opération du PAM au Yémen. Jusqu’à présent, trois membres du personnel national sont morts après avoir contracté la Covid-19 et beaucoup d’autres sont tombés malades.

« Les restrictions de mouvement, les couvre-feux et la période de quarantaine de 14 jours imposée aux navires dans les ports entraînent des retards dans la chaîne d’approvisionnement de l’aide alimentaire du PAM. Nous avons affrété un navire supplémentaire pour compenser ces retards », a fait remarquer Mme Byrs.

En pleine pandémie de Covid-19, l’objectif du PAM est de venir en aide à 13 millions de personnes. Il s’agit aussi de fournir un traitement nutritionnel à 1,6 million de femmes et d’enfants. Chaque mois, les programmes de prévention de la malnutrition chez les femmes et les enfants visent 900.000 bénéficiaires dans 158 districts prioritaires. En prévision de la rentrée scolaire prévue en septembre prochain, 950.000 enfants doivent pris en charge dans le cadre de l’alimentation scolaire.

 

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