Suisse : faire face aux répercussions de la Covid-19 sur la santé mentale

3 juin 2020

Un médecin suisse estime que la santé mentale est l’une des principales préoccupations à gérer pour les personnes qui passent dans la phase de l’après-coronavirus.

« Les répercussions sur la santé mentale de ce qui se passe pendant cette pandémie pour les personnes, aujourd’hui et demain, seront vraiment un problème en général », a déclaré le Dr. Konstantinos Petsanis. « En général, pour beaucoup de gens, le stress est source de pas mal de problèmes », a-t-il dit.

Neurologue de formation, le Dr Petsanis, d’origine grecque, est spécialisé dans les troubles cognitifs généraux et la démence, et travaille actuellement à La Chaux-de-Fonds, en Suisse. Depuis le début de la pandémie de Covid-19, il a cependant été redéployé, aidant aux urgences et dépistant les patients potentiels.  Le medecin a constaté des signes d’alerte en matière de santé mentale dans toute la population.

« Le simple fait que quelqu’un se demande s’il est positif pour le nouveau coronavirus est comme un stigmate et quelque chose qui menace sa vie... et qui affecte, bien sûr, son comportement », explique-t-il. « Nous savons très bien que la panique conduit à un mauvais comportement et à des problèmes psychosomatiques, et que cela entraîne des problèmes somatiques très, très facilement, et nous devons être prudents et délicats dans la façon dont nous gérons cela », a insisté le neurologue.

Anxiété, chômage et hausse de l’incidence des maladies cardiaques

Le premier cas de Covid-19 en Suisse a été identifié fin février. Un mois plus tard, le nombre total de cas avait grimpé à près de 9.000. La Suisse se trouve maintenant sur la pente descendante de la courbe de la Covid-19. Le dernier décompte de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a révélé que 50 nouveaux cas par jour. Et à la date du 3 juin, l’agence onusienne fait état de 30.788 cas confirmés en Suisse dont 1.656 décès.

Malgré la diminution du nombre de cas, le Dr. Petsanis met en garde sur la particularité de certains facteurs de stress pour tous ces travailleurs de la santé en première ligne dans le combat contre le nouveau coronavirus. « Si nous devons nous occuper de personnes qui sont en état de panique, nous devons être bien soutenus. En cela, le stress est bien sûr doublé », a-t-il relevé. « Nous avons affaire à des personnes qui, en fin de compte, sont atteintes du coronavirus, mais nous devons rester calmes, passer directement par les critères et les règles, et ne pas transmettre notre stress au patient ».

Plus largement, les pays sont maintenant confrontés à une menace supplémentaire - une longue période d’instabilité économique. A cet égard, le Dr. Petsanis rappelle que le chômage pendant et après la Grande Dépression a entraîné une augmentation de l’incidence des maladies cardiaques. « Nous avions tellement de stress avant la Seconde Guerre mondiale que trop de gens ont eu des cardiopathies rhumatoïdes en corrélation avec le chômage. En fait, il n’y avait pas que la corrélation, la causalité a été établie. Nous savons que le stress tue, tout d’abord parce qu’il provoque deux choses, un vasospasme dans le système vasculaire et l’immunodépression, la suppression du système immunitaire », détaille-t-il.

L’appel d’António Guterres dans Time Magazine

Dans une tribune récemment publiée dans « Time Magazine », le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, avait souligné l’impact cumulé du stress, du chagrin et de l’anxiété. « Si nous n’agissons pas maintenant pour répondre aux besoins de santé mentale liés à la pandémie, les conséquences à long terme seront énormes pour les familles, les communautés et les sociétés » avait fait valoir le Secrétaire général.

L’ONU a exhorté les gouvernements du monde entier à prendre au sérieux les conséquences sur la santé mentale et à assurer une large disponibilité de l’aide à la santé mentale. De son côté, l’OMS a publié des lignes directrices à l’intention des communautés ... et même un livre pour enfants.

En conclusion, le Dr. Petsanis espère un changement. Il aimerait voir davantage d’investissements dans les établissements de soins de santé et dans les soins de santé eux-mêmes.  « Ainsi, nous aurons moins d’erreurs médicales, moins de problèmes dans les hôpitaux, moins de stress et de panique », a-t-il fait remarquer, estimant que « cette période de coronavirus est une grande alarme, un signal d’alarme pour investir dans les capacités humaines ».

 

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