Face au Covid-19, Michelle Bachelet demande à la Syrie et l’Egypte de réduire leur population carcérale

3 avril 2020

Plus d’une semaine après son appel exhortant les gouvernements à réduire la surpopulation carcérale afin de prévenir la transmission du Covid-19, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, salue les mesures prises par plusieurs pays dont l’Iran qui a libéré des milliers de détenus.

« Mme Bachelet se dit encouragée de constater qu’un certain nombre de pays ont effectivement pris des mesures sur ce front », a déclaré Rupert Colville, porte-parole du Haut-Commissariat (HCDH), lors d’une conférence de presse virtuelle ce vendredi à Genève.

Les services de la Haut-Commissaire Bachelet notent que Téhéran a augmenté le nombre de prisonniers libérés, « au moins temporairement, pour atteindre environ 100.000, soit environ 40% du total de sa population carcérale ». Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Iran compte 3.160 décès sur 50.468 cas de contamination.

Par ailleurs, le HCDH souligne que l’Indonésie a également annoncé sa décision de libérer « quelque 30.000 prisonniers condamnés pour des délits mineurs, notamment la consommation de drogue ». « Et nous croyons savoir que la Turquie envisage également de libérer plusieurs détenus », a ajouté M. Colville.

D’autres pays ont également annoncé des libérations de prisonniers en nombre variable, notamment de groupes à risque spécifiques tels que les femmes enceintes, les personnes handicapées, les prisonniers âgés, les malades, les délinquants mineurs et à faible risque, les personnes en fin de peine ainsi que d’autres détenus pouvant être réintégrés en toute sécurité dans la société.

Le HCDH demande donc instamment aux États de libérer « toutes les personnes détenues sans base juridique suffisante, y compris les prisonniers politiques et les personnes détenues pour avoir exprimé leur opinion ».

Toutefois, ces mesures de libération temporaire ne doivent pas concerner « les personnes équitablement condamnées pour des crimes graves » et les prisonniers pouvant représenter un risque grave pour autrui.

Pour les autres détenus, la Haut-Commissaire Bachelet exhorte tous les pays à prendre dès que possible des mesures pour que la mise à distance physique nécessaire devienne possible pour prévenir la propagation du Covid-19.

Des centres de détention souvent surpeuplés et insalubres

S’agissant de la situation en Syrie, « l’un des pays où le risque d’infections massives dans les prisons est extrêmement élevé », la Haut-Commissaire regrette que Damas n’ait pas encore pris de mesures en ce sens.

S’ils prennent acte du récent décret d’amnistie législative publié par le 22 mars dernier et qui accorde une amnistie pour certains crimes et pour les déserteurs militaires, Mme Bachelet demande instamment au gouvernement syrien et aux groupes armés de prendre d’urgence des mesures.

« A l’instar d’autres pays, ils doivent libérer un nombre suffisant de détenus afin d’éviter que le Covid-19 n’entraîne de nouvelles pertes en vies humaines et de nouvelles misères après neuf années de mort implacable, de destruction du système de santé et de déplacements », a insisté Rupert Colville.

Nous demandons donc instamment au gouvernement égyptien de suivre l’exemple d’autres États dans le monde et de libérer les personnes condamnées pour des délits non violents et celles qui sont en détention préventive - Rupert Colville

De plus, la Haut-Commissaire plaide pour un assouplissement ou une suspension des sanctions internationales pendant la durée de cette pandémie. Il s’agit notamment des sanctions qui entravent actuellement la fourniture de médicaments et d’équipements médicaux à toute partie de la Syrie.

« Si elles ne sont pas modifiées, elles entraveront l’intervention rapide et efficace des services de santé nécessaires pour prévenir ou contenir la propagation du coronavirus et pourraient donc contribuer à des pertes de vies importantes », a prévenu le porte-parole du Haut-Commissariat.

Concernant l’Egypte, même si la situation n’est en aucun cas comparable à celle de la Syrie, le HCDH se préoccupe de la surpopulation carcérale et des risques de propagation rapide du coronavirus parmi les plus de 114.000 détenus du pays.

Les prisons et les centres de détention égyptiens sont souvent surpeuplés, insalubres et souffrent d’un manque de ressources. Les détenus se voient régulièrement refuser l’accès à des soins et des traitements médicaux adéquats.

« Nous demandons donc instamment au gouvernement égyptien de suivre l’exemple d’autres États dans le monde et de libérer les personnes condamnées pour des délits non violents et celles qui sont en détention préventive, qui représentent un peu moins d’un tiers des personnes incarcérées », a plaidé M. Colville.

 

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