Dans les pays à faible revenu, les trois quarts des personnes épileptiques n’obtiennent pas de traitement

20 juin 2019

Dans les pays à faible revenu, les trois quarts des personnes épileptiques n’obtiennent pas le traitement dont elles ont besoin, ce qui augmente le risque de décès prématuré et condamne nombre d’entre elles à souffrir de stigmatisation leur vie durant.

C'est ce qu'indique un nouveau rapport intitulé Agir contre l’épilepsie : un impératif de santé publique publié par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la Ligue internationale contre l’épilepsie (ILAE) et le Bureau international de l’épilepsie (IBE).

La Dre Tarun Dua, du Département Santé mentale et abus de substances psychoactives de l’OMS a déclaré que « les lacunes en matière de traitement de l’épilepsie sont inacceptables : nous savons que 70% des personnes qui en sont atteintes pourraient vivre sans convulsions si elles avaient accès à des médicaments qui ne coûtent que 5 dollars par an et peuvent être fournis dans le cadre des systèmes de santé primaire ».

L’épilepsie est l’une des maladies neurologiques les plus courantes. Elle touche environ 50 millions de personnes dans le monde, toutes classes d’âge confondues. C’est une maladie cérébrale caractérisée par une activité électrique anormale provoquant des convulsions ou un comportement inhabituel, des sensations et parfois une perte de conscience. Elle a des conséquences neurologiques, cognitives, psychologiques et sociales.

Les causes de l’épilepsie incluent les traumatismes périnatals, les traumatismes cérébraux, les infections cérébrales (comme la méningite ou l’encéphalite) et les accidents vasculaires cérébraux (AVC). D’après les estimations, 25% des cas pourraient être évités.

Les décès prématurés sont trois fois plus nombreux chez les personnes épileptiques

Le risque de décès prématuré est jusqu’à trois fois plus élevé chez les personnes épileptiques que dans la population générale. La mortalité prématurée dans cette population est, en outre, nettement supérieure dans les pays à revenu faible ou intermédiaire par rapport aux pays à revenu élevé. Cela tient sans doute au manque d'accès aux services de santé en cas de crises longues ou survenant à intervalles rapprochés sans rétablissement intermédiaire, et à des causes évitables comme les noyades, les traumatismes crâniens et les brûlures.

La moitié environ des adultes épileptiques présentent au moins un autre problème de santé. Les plus fréquents sont la dépression et l’anxiété. Ainsi, 23% des adultes épileptiques souffriront de dépression clinique au cours de leur vie et 20% connaîtront des épisodes anxieux.

De tels problèmes de santé mentale peuvent aggraver les crises et réduire la qualité de vie. De plus, 30 à 40% des enfants atteints d'épilepsie éprouvent des difficultés de développement et d’apprentissage.

UNICEF/Dhiraj Singh
De nombreux enfants touchés par l'épilepsie sont déscolarisés. Des filles dans une école dans le district de Chandrapur, à Nagpur, en Inde.

Une stigmatisation très fréquente

La stigmatisation à l’égard de cette maladie est également courante. « C’est l’un des principaux facteurs qui empêchent les gens de se faire soigner », a expliqué le Dr Martin Brodie, Président du Bureau international de l’épilepsie (IBE).

« De nombreux enfants touchés sont déscolarisés tandis que les adultes se voient refuser du travail, le droit de conduire ou de se marier. Les violations des droits fondamentaux dont les épileptiques sont victimes doivent cesser », a-t-il ajouté.

Des campagnes d'information dans les écoles, au travail et dans la communauté en général, afin de réduire la stigmatisation, et l’adoption de lois visant à prévenir la discrimination et les violations des droits humains, sont d’autres éléments majeurs de l’action de santé publique.

Le traitement de l’épilepsie peut être intégré aux services de santé primaires

Cependant, le rapport montre aussi que lorsqu’une volonté politique existe, le diagnostic et le traitement de l’épilepsie peuvent être intégrés avec succès aux services de santé primaires.

Les programmes pilotes lancés au Ghana, au Mozambique, au Myanmar et au Viet Nam dans le cadre du programme de l’OMS pour réduire les lacunes thérapeutiques dans le domaine de l’épilepsie ont beaucoup amélioré l’accès : 6,5 millions de personnes supplémentaires peuvent désormais bénéficier du traitement de l’épilepsie en cas de besoin.

« Nous savons comment réduire les lacunes en matière de traitement de l’épilepsie. Il faut maintenant accélérer la mise en place des mesures requises pour faire avancer les choses », a expliqué le Dr Samuel Wiebe, Président de la Ligue internationale contre l’épilepsie. « Les grandes priorités sont notamment d’assurer un accès ininterrompu aux médicaments antiépileptiques et de former les non-spécialistes qui travaillent dans les centres de santé primaires ».

Des interventions efficaces de prévention de l’épilepsie peuvent être mises en œuvre dans le cadre d’interventions de santé publique plus larges de promotion de la santé maternelle et néonatale, de lutte contre les maladies transmissibles, de prévention des traumatismes et de santé cardiovasculaire.

Toute une série de mesures contribuent à réduire les taux d’épilepsie : le dépistage des complications de la grossesse et la présence d’un personnel qualifié, car cela contribue à prévenir les traumatismes périnatals; la vaccination contre la pneumonie et la méningite; les programmes de lutte contre le paludisme dans les zones d'endémie; les initiatives pour réduire les accidents de circulation, la violence et les chutes; et les mesures communautaires et sanitaires visant à prévenir l’hypertension, le diabète et le tabagisme.

 

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