Guinée-Bissau : l’ONU souligne des progrès mais appelle à la vigilance sur les élections et la drogue

16 mai 2018

Depuis la prorogation d’une année supplémentaire du mandat du Bureau intégré des Nations Unies en Guinée-Bissau (BINUGBIS), des progrès encourageants ont été faits pour mettre fin à l’impasse politique et institutionnelle qui prévaut depuis bientôt trois ans dans le pays, a déclaré mercredi un haut-responsable de l’ONU devant le Conseil de sécurité.

Au Sommet des chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le 14 avril dernier, le Président de la Guinée-Bissau, José Mârio Vaz, a pris un certain nombre d’engagements qu’il a depuis mis en œuvre, a souligné Taye-Brook Zerihoun, Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, devant les membres du Conseil.

Ainsi, le Premier Ministre de consensus, Aristides Gomes, a prêté serment le 16 avril et un décret a fixé la date des élections législatives au 18 novembre 2018.  En outre, une séance de l’Assemblée nationale a eu lieu le 19 avril, une première depuis deux ans, permettant d’approuver la nomination du Président et du Secrétaire exécutif de la Commission nationale des élections et de fixer la fin du mandat de l’Assemblée à novembre prochain. De plus, avec la facilitation de la CEDEAO, un nouveau gouvernement est entré en fonction le 24 avril dernier.

Ces avancées ont été possibles grâce à un accord entre les deux principaux partis politiques, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) et le Parti du renouveau social (PRS), avec la facilitation de l’Église catholique. Cette embellie est aussi à mettre à l’actif de la pression constante de la CEDEAO sur les acteurs politiques, notamment l’imposition de sanctions à l’encontre d’individus bloquant le processus de dialogue.

Des aspects de l’Accord de Conakry restent encore lettre morte

M. Taye-Brook a tout de même souligné que des aspects de l’Accord de Conakry restent encore lettre morte, indiquant que des discussions entre les acteurs politiques devraient conduire à la tenue d’une table ronde nationale.

Le premier conseil des ministres, tenu le 10 mai dernier, était consacré à la préparation des élections. Un budget établi par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) prévoit 7,7 millions de dollars pour ce scrutin.  Le pays hôte a apporté 1,8 million dans la cagnotte et le PNUD a octroyé 200.000 dollars. Des fonds urgents sont donc attendus pour combler le déficit de 5,7 millions, fonds qui serviront à couvrir notamment l’enregistrement des électeurs et les coûts du déroulement du scrutin. Le Sous-Secrétaire général a appelé la communauté internationale à apporter les fonds restant pour éviter un autre report des élections.

M. Taye-Brook a précisé que la période allant jusqu’aux élections législatives, tout comme celle allant jusqu’à la présidentielle de 2019, seront cruciales et marquées d’incertitudes.

Les menaces liées à la drogue et à la criminalité

L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a rappelé pour sa part que le trafic de drogue et la criminalité transnationale organisée présente un danger évident pour la Guinée-Bissau et la région.

Intervenant par visioconférence depuis Vienne, le Directeur exécutif de l’ONUDC, Yuri Fedotov, a indiqué que l’Unité pour la criminalité transnationale, établie dans le cadre de l’Initiative Côte de l’Afrique de l’Ouest, avait enquêté sur 70 affaires de trafic de drogue, débouchant sur la condamnation de 113 personnes et la saisie de 71 kilogrammes de cocaïne et de 1.353 kg de marijuana.

En l’espace de cinq jours, cinq personnes qui cherchaient à transporter clandestinement de la drogue ont été arrêtées à l’aéroport de Bissau. Le chef de l’ONUDC a vu dans ces faits des exemples des effets positifs du renforcement des capacités de la justice pénale.

L’ONUDC a mis sur pied un ensemble de mesures d’appui technique pour la Guinée-Bissau qui identifient clairement les domaines d’action, notamment le renforcement des capacités et l’appui à la police judiciaire et aux unités inter-service d’élite moyennant notamment la collecte de données, l’acquisition de techniques de profilage et le partage d’information.

M. Fedotov a aussi appelé à appuyer la lutte contre les flux financiers illicites et à renforcer la capacité des forces de l’ordre à réprimer les crimes maritimes.

Mais l’argent est le nerf de la guerre contre la drogue et le crime. Le chef de l’ONUDC a rappelé que la lutte contre le trafic de drogue et le démantèlement des réseaux criminels nécessite une assistance spécialisée et des fonds. Il a déploré que le financement des activités de l’ONUDC en Guinée-Bissau ait été drastiquement réduit en 2017.

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