L'ONU hausse le ton contre le régime syrien

Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.
ONU/Mark Garten
Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.

L'ONU hausse le ton contre le régime syrien

Le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon s'est entretenu au téléphone mercredi avec le Président Bachar Al-Assad de la République arabe syrienne.

Le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon s'est entretenu au téléphone mercredi avec le Président Bachar Al-Assad de la République arabe syrienne et lui a fait part de son inquiétude sur les dernières informations qui font état d'importantes violations des droits de l'homme et de l'usage excessif de la force par les forces de sécurité en Syrie.

Il s'est notamment inquiété de la situation à Al Ramel, dans la région de Lattaquié, où vivent des milliers de réfugiés palestiniens.

Ban Ki-moon a souligné qu'il fallait que cessent immédiatement les opérations militaires et les arrestations de masse. Le Président Assad a affirmé que les opérations militaires et policières avaient déjà cessé, a indiqué le bureau du porte-parole du Secrétaire général dans un compte-rendu de cette conversation téléphonique.

« Le Secrétaire général a répété sa demande d'une enquête indépendante sur toutes les allégations de meurtres et d'actes de violence, et d'un accès libre aux médias. Il a demandé au gouvernement syrien de coopérer pleinement avec le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) », précise le compte-rendu.

Le HCDH a publié jeudi un rapport qui couvre la période du 15 mars au 15 juillet 2011 et qui a été rédigé par une équipe de 13 enquêteurs sous l'autorité de la Haut commissaire adjointe aux droits de l'homme, Kyung-wha Kang. L'équipe n'a pas obtenu la permission de se rendre en Syrie et a donc dû récolter les témoignages de 180 réfugiés syriens dans trois pays voisins, et visionner des photos et vidéos corroborant les témoignages.

Les enquêteurs ont constaté une tendance aux violations des droits de l'homme qui pourraient constituer des crimes contre l'humanité, selon le rapport.

Les témoignages font état d'un mode opératoire des forces de sécurité qui consiste à tirer pour tuer. Ces témoignages sont consistants avec le fait que la plupart des victimes photographiées ou filmées ont reçu une balle, soit dans la tête, soit dans la poitrine.

Selon le rapport, « il apparaîtrait qu'une politique systématique soit en place en vertu de laquelle les forces de sécurité visent les personnes suspectées d'avoir participé à des manifestations afin d'intimider et de terroriser pour réprimer les manifestations. Des enfants n'ont pas seulement été visés par les forces de sécurité, ils ont subi les mêmes violations des droits de l'homme et crimes que les adultes, y compris la torture, sans aucune considération pour leur statut vulnérable ».

Le rapport du HCDH rappelle que lorsqu'un Etat faillit à sa responsabilité de protéger sa population contre des crimes graves, la communauté internationale est tenue d'intervenir de manière collective et déterminée pour assurer une telle protection aux civils.

« En refusant de suivre les appels de la communauté internationale de cesser les opérations militaires et paramilitaires contre la population, le gouvernement syrien ne remplit manifestement pas sa responsabilité de protéger sa population civile. Dans ces circonstances, le Conseil de sécurité pourrait référer la Syrie à la Cour pénale internationale », a déclaré la Haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, lors de sa présentation du rapport au Conseil de sécurité réuni en séance à huis clos jeudi.

Sur demande notamment de l'Union européenne, le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies tiendra pour sa part une session spéciale sur la « situation des droits de l'homme en République arabe syrienne » le 22 août 2011 à Genève. Une session spéciale peut être organisée sur demande d'au moins un tiers des membres du Conseil.

Dans sa conversation téléphonique, Ban Ki-moon a encouragé le Président Assad d'engager un processus crédible et pacifique de réformes. Le Président syrien a répondu en énumérant les réformes qu'il prévoit d'entreprendre dans les mois à venir, y compris une révision de la Constitution et l'organisation d'élections législatives. Le Secrétaire général a souligné la nécessité de la mise en œuvre rapide des réformes sans davantage d'interventions militaires.

Ban Ki-moon a exprimé sa satisfaction de la décision du gouvernement syrien d'accepter de recevoir une mission des Nations unies chargée d'évaluer les besoins humanitaires. Il a jugé important que cette mission ait accès, de façon indépendante et sans entraves, à toutes les zones affectées par la violence pour pouvoir apporter l'aide humanitaire adéquate, ce à quoi le Président syrien a répondu que la mission aurait accès à différents sites en Syrie.