L'affrontement des positions sur le clonage se reproduit à l'ONU

21 octobre 2004

Question sensible dans son approche éthique, l'interdiction du clonage des êtres humains à des fins de reproduction, unanimement approuvée mais bloquant sur une clause permettant son utilisation à des fins thérapeutiques, revient à nouveau devant une commission de l'Assemblée générale.

Les représentants du Costa Rica et de la Belgique ont présenté aujourd'hui les deux projets de Convention internationale contre le clonage des êtres humains à des fins de reproduction qui s'affrontent à la Commission juridique de l'Assemblée générale.

Les deux textes traduisent deux approches philosophiquement opposées de la question avec d'un côté, l'interdiction totale de la création délibérée d'embryons humains à des fins de recherche qui est la position adoptée dans le projet du Costa Rica alors que dans l'autre approche défendue par ceux qui soutiennent le projet présenté par la Belgique, priorité est donnée à la recherche au service de l'humanité, laquelle peut passer par la technique du clonage thérapeutique.

Les différents projets se rejoignent pourtant sur un point central, le rejet de « toute tentative de créer des « copies » d'êtres humains », considérés comme des affronts à la dignité humaine et à la dignité de la femme.

Estimant que « la communauté internationale doit adopter une éthique donnant priorité, en toutes circonstances, aux êtres humains », le ministre des Affaires étrangères du Costa Rica, M. Roberto Tovar, présentant un projet soutenu par 56 autres États Membres dont les Etats-Unis, a souligné l'importance primordiale de la question du clonage pour l'avenir de l'humanité

Si le Costa Rica « soutient pleinement le développement de la science, [...] aucune circonstance ne peut justifier la violation de la dignité de l'être humain » a-t-il déclaré.

De l'avis de M. Tovar, le clonage réduit l'être humain à un simple objet de production et manipulation industrielles, et l'on ne peut « accepter la création délibérée d'embryons humains avec l'intention de les détruire aux fins de l'expérimentation scientifique, comme cela se fait dans le clonage 'thérapeutique' ».

Les embryons humains ne peuvent pas être traités comme des objets, a-t-il insisté, car il n'y a pas de différence substantielle entre embryon, foetus, enfant, adolescent et adulte, mais uniquement des différences de degrés de développement.

Selon lui, « le clonage expérimental n'est pas nécessaire car la recherche sur les cellules souches adultes a déjà fait ses preuves et ne pose en plus aucun problème éthique », et il ne doit pas être autorisé, compte tenu du « risque de créer des conditions favorables au développement du clonage à des fins de reproduction par des scientifiques peu scrupuleux. »

Enfin, le représentant du Costa Rica a évoqué l'exploitation des femmes donneuses d'ovocytes qui pourrait résulter du clonage thérapeutique. « Assurons-nous que la science soit toujours au service de l'homme et que ce ne soit pas l'homme qui soit au service de la science », a-t-il conclu.

C'est une plus grande liberté face à une question complexe qu'a réclamée le Représentant de la Belgique, M. Marc Pecsteen, présentant le projet concurrent, expliquant que sa proposition n'était pas nécessairement contraire à celle présentée par le Costa Rica.

Plaidant pour que « le mandat de la future convention » prévoie « la possibilité pour un pays d'interdire tout clonage », il a souligné que la proposition de la Belgique « se limitait à constater les divergences qui existent » sans chercher à les trancher.

Sans « justifier ou légitimer le clonage thérapeutique », il a reconnu qu'il s'agissait d'une question controversée mais que «certaines délégations estimaient qu'il fallait préserver la possibilité de recherche par clonage expérimental », cette approche étant soutenue par près de 21 États Membres dont la France.

D'autres pays ont adopté une législation interdisant cette recherche, a-t-il rappelé, soulignant que ce qui était proposé était « une approche sur ce qui nous rassemble plutôt que sur ce qui nous divise ».

En choisissant une position de principe fermement opposée au clonage reproductif mais posant un dénominateur commun, le projet de la Belgique a aussi pour objectif d'intégrer cette interdiction fondamentale dans une résolution de l'Assemblée générale, alors que le projet a déjà été reporté de nombreuses fois, notamment après de houleux débats à la Commission juridique l'année dernière (voir notre dépêche du 9 décembre 2003).

« En interdisant le clonage reproductif, la convention constituerait un « commun dénominateur » et serait soutenue par la plupart des États déjà engagés dans la recherche dans ce domaine », a expliqué M. Pecsteen, ajoutant que les pays pourraient choisir entre trois options concernant les autres formes de clonage: les interdire, leur imposer un moratoire ou les réglementer dans leur législation nationale.

Réglementer les autres formes de clonage signifie qu'il faudrait les soumettre à des contrôles stricts, a-t-il précisé. Le représentant a regretté que la Sixième Commission, la Commission juridique, n'ait pas rempli le mandat qui lui avait été assigné il y a trois ans, à savoir l'élaboration d'une convention internationale contre le clonage des êtres humains à des fins de reproduction.

« Si on avait suivi la voie pragmatique proposée par l'Allemagne et la France », a-t-il estimé, « on aurait sans doute déjà adopté cette convention. Souhaite-t-on vraiment aboutir à une convention ou plutôt parvenir à un vote symbolique? La Sixième Commission est-elle le lieu pour faire passer un tel message ? » s'est interrogé le représentant de la Belgique, qui a estimé qu'un vote, au lieu de la procédure habituelle qui est l'adoption par consensus, diviserait profondément la communauté internationale sur la question.

image  Radio de l'ONU : entretien sur le clonage avec le Représentant de la France, Jean-Marc de la Sablière (audio)

 

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