Afghanistan : des Experts de l’ONU exhortent les États-Unis à débloquer les avoirs étrangers de la banque centrale afghane 

Des Afghans attendant une distribution de nourriture dans la province d'Hérat, en Afghanistan.
© WFP/Sadeq Naseri
Des Afghans attendant une distribution de nourriture dans la province d'Hérat, en Afghanistan.

Afghanistan : des Experts de l’ONU exhortent les États-Unis à débloquer les avoirs étrangers de la banque centrale afghane 

Droits de l'homme

Alors que la famine menace de nombreux Afghans, des experts indépendants de l’ONU ont demandé, lundi, la levée des sanctions et la possibilité pour le gouvernement des Talibans d’accéder à ces milliards de dollars gelés par les Etats-Unis.

Pendant que Kaboul se débat avec une grave crise humanitaire critique et économique, les experts des droits de l’homme de l’ONU ont ainsi appelé le gouvernement américain à débloquer les avoirs étrangers de la banque centrale afghane, qui s’élèvent à plus de 7 milliards de dollars américain. 

« Nous appelons le gouvernement des États-Unis à prendre en compte la crise humanitaire croissante en Afghanistan et à réévaluer sa décision de bloquer les actifs étrangers de la Da Afghanistan Bank », ont déclaré dans un communiqué une dizaine d’experts indépendants onusiens dont Alena Douhan, Rapporteure spéciale de l’ONU sur l’impact négatif des mesures coercitives unilatérales sur la jouissance des droits de l’homme.

Le Président des Etats-Unis a signé, vendredi 11 février, un décret permettant la saisie de 7 milliards de dollars de réserves de la banque centrale afghane déposés aux Etats-Unis. Joe Biden veut qu’une moitié de cette somme, déposée jusqu’ici aux Etats-Unis, soit réservée pour des demandes d’indemnisation, faites en particulier par des familles de victimes des attentats du 11 septembre 2001.

Une mère tient son enfant souffrant de malnutrition à l'hôpital régional Mirwais de Kandahar, en Afghanistan.
© UNICEF/Omid Fazel
Une mère tient son enfant souffrant de malnutrition à l'hôpital régional Mirwais de Kandahar, en Afghanistan.

Washington doit revenir sur cette « mesure unilatérale »

Les experts indépendants estiment toutefois que Washington doit revenir sur cette « mesure unilatérale » et contribuer ainsi de manière décisive aux efforts internationaux visant à faire face à la crise humanitaire croissante en Afghanistan.

« Nous nous faisons l’écho des propos du Secrétaire général de l’ONU, qui a qualifié la situation de crise humanitaire épique au bord de la catastrophe en matière de développement, et nous appelons les États à lever tous les obstacles à la fourniture de l’aide financière et humanitaire nécessaire », ont ajouté les experts. 

En attendant, ils ont regretté la récente décision du gouvernement américain (Executive Order n° 14064) de renouveler le blocage des avoirs étrangers de la banque centrale d’Afghanistan, et d’en utiliser une partie à « d’autres fins aux États-Unis, au lieu de répondre aux besoins humanitaires immédiats et à plus long terme de l’Afghanistan ». A ce sujet, ils ont noté avec inquiétude les dispositions de la section 3 de l’ordre exécutif présidentiel n° 14064 interdisant « tout acte de terrorisme ». 

Ils se sont préoccupés notamment des dispositions de la section 3 du décret présidentiel n° 14064, qui interdit « toute transaction » et « toute conspiration formée pour violer l’une des interdictions énoncées dans ce décret ».

Selon les experts indépendants onusiens, ces « formulations trop larges » risquent d’exacerber le climat d’incertitude parmi les acteurs concernés, y compris les banques, les entreprises et les donateurs humanitaires. 

Ils redoutent qu’un tel dispositif entraîne « un respect trop zélé des sanctions », empêchant ainsi la population afghane d’avoir accès aux biens humanitaires de base.

Le Programme alimentaire mondial distribue de la nourriture aux familles vulnérables durant l'hiver rigoureux à Kaboul, en Afghanistan.
©PAM/Sadeq Naseri
Le Programme alimentaire mondial distribue de la nourriture aux familles vulnérables durant l'hiver rigoureux à Kaboul, en Afghanistan.

La faim menace 23 millions d’Afghans

Les agences de l’ONU ont averti que 23 millions d’Afghans, soit plus de la moitié de la population du pays, seraient menacés par la famine cet hiver, sous les effets combinés de la sécheresse causée par le réchauffement climatique et de la paralysie économique.

« Environ 95 % de la population aurait une consommation alimentaire insuffisante », ont détaillé les experts, relevant la vulnérabilité de plus de 4 millions déplacés internes et plus de 3,5 millions de réfugiés.

Plus largement, cette crise humanitaire croissante en Afghanistan met gravement « en danger la vie de plus de la moitié de la population du pays », avec un impact disproportionné sur les femmes et les enfants.

« Si la violence sexiste constitue depuis longtemps une menace grave pour les femmes et les filles, elle a été exacerbée par les mesures imposées par les États-Unis, ainsi que par la sécheresse et la discrimination adoptée par les autorités de facto », ont conclu les experts, qui regrettent de n’avoir pas encore reçu de réponse aux préoccupations envoyées à Washington.

Outre les cinq expertes du Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles, le communiqué a été soutenu par une dizaine d’experts indépendants dont Alena Douhan, Rapporteure spéciale sur l’impact négatif des mesures coercitives unilatérales sur la jouissance des droits de l’homme ; Saad Alfarargi, Rapporteur spécial sur le droit au développement ; Obiora C. Okafor, Expert indépendant sur la solidarité internationale ; Olivier De Schutter, Rapporteur spécial sur l’extrême pauvreté; Reem Alsalem, Rapporteure spéciale sur la violence contre les femmes ; et Michael Fakhri, Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation.

 

NOTE :

Les Rapporteurs spéciaux et Experts indépendants font partie de ce que l'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, le plus grand groupe d'experts indépendants du système des droits de l'homme des Nations Unies, est le nom général des mécanismes indépendants d'enquête et de suivi du Conseil qui traitent soit de situations spécifiques à des pays, soit de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel de l'ONU et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et siègent à titre individuel.