Guerre en Ukraine : avec l’intensification des combats, le nombre de victimes civiles se multiplie - ONU

8 mars 2022

Les rapports faisant état de victimes civiles se multiplient dans un contexte d’intensification des combats dans plusieurs villes ukrainiennes, a annoncé mardi le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH), qui recense 1.335 victimes civiles dans le pays.

Les services de la Haute-Commissaire Michelle Bachelet ont confirmé la mort de 474 civils, dont 17 enfants, ainsi que plus de 861 blessés depuis le début de l’offensive russe en Ukraine le 24 février dernier. Les derniers décomptes du HCDH, qui a une mission de surveillance en Ukraine, couvrent la période du 24 février au 7 mars.

Ce nouveau chiffre est à comparer aux 406 décès confirmés dans son rapport d’hier lundi.

« Nous pensons que les chiffres exacts sont probablement beaucoup plus élevés car les hostilités en cours ont entravé notre capacité à vérifier les cas possibles dans de nombreuses régions du pays », a déclaré lors d’un point de presse à Genève, Liz Throssell, porte-parole du HCDH.

La plupart des victimes civiles sont dues aux frappes aériennes et aux armes explosives utilisées par les forces russes avec des effets à grande échelle, notamment l’artillerie lourde et les systèmes de roquettes à lancement multiple. « En conséquence, des centaines de bâtiments résidentiels ont été endommagés et détruits dans de nombreuses villes, notamment à Tchernihiv, Kharkiv, Kherson, Marioupol et Kyïv », a-t-elle ajouté.

Passages à tabac et détentions arbitraires de militants pro-ukrainiens

« Depuis le débat d’urgence du Conseil des droits de l’homme, le nombre de victimes civiles n’a cessé d’augmenter », avait d’ailleurs confirmé plus tôt la cheffe des droits de l’homme de l’ONU. Elle s’est notamment inquiétée du sort « des civils pris au piège par les hostilités actives dans de nombreuses zones » en Ukraine.

Le HCDH a aussi reçu des informations faisant état de détentions arbitraires de militants pro-ukrainiens dans des zones qui sont récemment passées sous le contrôle de groupes armés dans l’est du pays.

« Nous avons également reçu des rapports faisant état de passages à tabac de personnes considérées comme pro-russes dans les territoires contrôlés par le gouvernement », a dit Michelle Bachelet.

S’exprimant devant le Conseil des droits de l’homme, elle s’est dite également alarmée par les nombreuses informations faisant état de menaces et d’atteintes réelles à l’encontre de journalistes.

Le 1er mars, un journaliste a été tué dans l’attaque de la Tour de la télévision à Kyïv. La chaîne CNN Turk a également signalé qu’un de ses véhicules a été touché par des tirs d’armes mais que, heureusement, le reporter et le caméraman qui se trouvaient dans le véhicule n’ont pas été blessés.

Face à ces allégations d’abus, la cheffe des droits de l’homme de l’ONU a réitéré son appel urgent à une fin pacifique des hostilités en Ukraine. Elle a demandé aux belligérants de prendre des mesures efficaces pour permettre aux civils pris au piège par les combats « de quitter en toute sécurité les zones touchées par le conflit ukrainien ». 

Des personnes fuient l'Ukraine, cherchant refuge en Moldavie ou transitant par le pays pour se rendre en Roumanie et dans d'autres pays de l'UE.
© ONU Femmes/Aurel Obreja
Des personnes fuient l'Ukraine, cherchant refuge en Moldavie ou transitant par le pays pour se rendre en Roumanie et dans d'autres pays de l'UE.

12.700 manifestants contre la guerre en Ukraine arrêtés en Russie

Par ailleurs, la répression des voix anti-guerre continue en Russie. Plus de 12.700 personnes qui manifestaient sans autorisation contre l’intervention militaire en Ukraine ont été arrêtées. Selon l’ONU, ces personnes  ont été arbitrairement arrêtées pour avoir organisé des manifestations pacifiques contre la guerre.

Cette vague répressive n’épargne pas les médias, qui sont tenus de « n’utiliser que des informations et des termes officiels ». A ce sujet, Michelle Bachelet s’est dite préoccupée par le recours à « une législation répressive qui entrave l’exercice des droits civils et politiques et criminalise les comportements non violents ».

« Des définitions vagues et trop larges - par exemple, de l’extrémisme ou de l’incitation à la haine - ont conduit à des interprétations juridiques qui ne sont pas conformes aux obligations de la Russie en matière de droits humains », a affirmé Mme Bachelet, rappelant qu’une nouvelle législation criminalisant les circonstances de "discrédit" des forces armées poursuit sur « cette voie inquiétante ».

Dans ce contexte, les libertés fondamentales et le travail des défenseurs des droits de l’homme continuent d’être mis à mal par l’utilisation généralisée de la loi de 2012 dite « sur les agents étrangers », comme en témoigne la fermeture judiciaire de deux organisations créées par le groupe de la société civile très respecté Mémorial.

L’accueil des Ukrainiens contraste avec le traitement réservé à d'autres réfugiés en Europe

S’agissant des mouvements de populations aux frontières ukrainiennes, la cheffe des droits de l’homme a salué « l’accueil et la réaction rapide des pays voisins » de Kyïv et qui constitue « une lueur d’espoir dans une situation désespérément triste ».  Toutefois, un tel accueil « contraste fortement avec le traitement réservé aux migrants d’autres pays aux frontières européennes ».

Dans l’un des exemples les plus frappants de l’impact mortel de ces politiques, plus de 2.000 migrants sont morts ou ont disparu en Méditerranée l’année dernière. Selon l’ONU, cela porte le total depuis 2017 à plus de 10.000. « Cette perte tragique n’est pas inévitable », a regretté la Haute-Commissaire Michelle Bachelet. 

« Actuellement, les refoulements, l’accès limité à l’asile, la criminalisation des migrants et des défenseurs des droits humains ; les conditions d’accueil inadéquates et l’absence de mécanismes de surveillance indépendants exacerbent la vulnérabilité des migrants et violent leurs droits », a-t-elle fait remarquer. Pour y remédier, elle prône « une action coordonnée pour rechercher et secourir les migrants en mer ».

Il s’agit ainsi de garantir le débarquement dans des lieux sûrs et surtout d’élargir les voies de migration sûre et régulière afin que les migrants ne soient pas contraints de faire des voyages plus précaires. « J’appelle également tous les États à cesser les actions qui criminalisent ou entravent le travail des organisations humanitaires qui fournissent une assistance aux migrants », conclut-elle.

 

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