Troubles au Kazakhstan : la cheffe des droits de l’homme de l’ONU appelle à résoudre pacifiquement les griefs

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet.
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La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet.

Troubles au Kazakhstan : la cheffe des droits de l’homme de l’ONU appelle à résoudre pacifiquement les griefs

Droits de l'homme

Alors que des informations alarmantes font état de violences meurtrières au Kazakhstan, la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a exhorté jeudi tout le monde, notamment les forces de sécurité et les manifestants, à s'abstenir de toute violence et à rechercher une résolution pacifique des griefs.

Un porte-parole de la police de la ville principale, Almaty, a déclaré que les forces de sécurité avaient tué des dizaines de manifestants. En outre, près de 1.000 personnes auraient été blessées lors des manifestations qui ont commencé le 2 janvier. Selon le ministère kazakh de l'Intérieur, 12 agents des forces de l'ordre sont morts dans les troubles et 317 policiers et membres de la Garde nationale ont été blessés, a précisé le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) dans un communiqué de presse.

« Le droit international est clair : les gens ont le droit de manifester pacifiquement et le droit à la liberté d'expression. Dans le même temps, les manifestants, quelle que soit leur colère ou leur mécontentement, ne devraient pas recourir à la violence contre les autres », a déclaré Mme Bachelet.

La police anti-émeute aurait utilisé des grenades lacrymogènes et des grenades flash lors d'affrontements avec des manifestants à Almaty. Les manifestants ont saisi certains bâtiments gouvernementaux de la ville, les ont incendiés et ont tenté de prendre d'assaut des postes de police. Selon certaines informations, le 6 janvier, des tirs intenses ont éclaté entre des militaires et des individus armés devant l'hôtel de ville d'Almaty.

La force meurtrière ne doit être utilisée qu’en dernier recours

La Haute-Commissaire a rappelé aux autorités kazakhes que la force doit être employée sous réserve de strictes exigences de nécessité et de proportionnalité. La force meurtrière, en particulier les balles réelles, ne devrait être utilisée qu'en dernier recours contre des individus spécifiques pour faire face à une menace imminente de mort ou de blessure grave.

L'état d'urgence décrété dans plusieurs endroits le 5 janvier, notamment dans la ville principale d'Almaty et la capitale, Nur-Sultan, a désormais été étendu à l'ensemble du pays. L'état d'urgence, comprenant un couvre-feu de 23 heures à 7 heures du matin, devrait rester en place jusqu'au 19 janvier.

« Les États ont le droit de déclarer l'état d'urgence dans certaines circonstances restreintes, mais toute dérogation aux droits de l'homme est soumise à des exigences strictes de nécessité et de proportionnalité. Certains droits, dont le droit à la vie, l'interdiction de la torture et autres mauvais traitements, et le droit de ne pas être arbitrairement détenu continuent de s'appliquer en toutes circonstances », a souligné la cheffe des droits de l'homme de l'ONU.

Appel à libérer les personnes arrêtées pour avoir exercé leur droit à manifester

À la lumière de la demande des autorités kazakhes d'envoyer des forces de sécurité dans le pays dans le cadre de l'Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), dont font partie le Kazakhstan, la Fédération de Russie, le Bélarus, le Tadjikistan, le Kirghizistan et l'Arménie, la Haut-Commissaire a souligné que l'usage de la force par toutes les forces de sécurité, y compris les forces étrangères, pour maintenir et rétablir l'ordre public, devrait être guidé par les normes du droit international applicables aux responsables de l'application des lois.

Selon des responsables kazakhs, plus de 2.000 personnes ont été placées en garde à vue. Bachelet a appelé à la libération de toutes les personnes arrêtées et détenues uniquement pour avoir exercé leurs droits à manifester pacifiquement et à la liberté d'expression. Elle a souligné que toutes les allégations de violations des droits humains devraient faire l'objet d'une enquête rapide, indépendante et approfondie. L'État a également le devoir de veiller à ce que tous les droits à une procédure régulière des personnes détenues soient pleinement respectés.

Depuis dimanche, les services Internet ont été considérablement perturbés au Kazakhstan, évoluant vers un arrêt complet.

« La fermeture d'Internet – en limitant l'accès des personnes à l'information et leur droit à la liberté d'expression, de réunion et de participation, ainsi que beaucoup d'autres droits – n'est pas la réponse à une crise mais risque d'alimenter la violence et les troubles », a dit Mme Bachelet.

« J'exhorte les autorités kazakhes à garantir que les services Internet, qui sont également vitaux pour les services de santé d'urgence pendant la pandémie de Covid-19, soient immédiatement et complètement rétablis », a déclaré la Haute-Commissaire.

« Je note que le gouvernement kazakh a exprimé son espoir qu'il puisse y avoir un dialogue inclusif et constructif avec les manifestants. Je les exhorte à prendre toutes les mesures pour garantir que le dialogue puisse être encouragé et que le respect et la protection des droits humains restent primordiaux pendant l'état d'urgence et au-delà », a-t-elle déclaré.