Face aux manifestations dans de nombreux pays, l’ONU appelle à éviter la répression

22 novembre 2019

Alors que de nombreux pays à travers le monde sont secoués par des manifestations qui dénoncent notamment les inégalités, la cheffe des droits de l’homme des Nations Unies, Michelle Bachelet, a appelé vendredi les gouvernements concernés à éviter la répression.

« Le problème le plus important dans la réponse aux manifestations et à la dissidence est que les autorités évitent des réponses hâtives fondées sur une répression violente », a déclaré Mme Bachelet dans un discours à la conférence de l'Association internationale de science politique à l’université de la Sorbonne, à Paris.

« Si les gouvernements et les forces de sécurité traitent leur peuple comme un ennemi, il peut devenir un ennemi. Toutes les personnes ayant recours à la violence doivent être tenues pour responsables de leurs actes - et j'y inclus non seulement les manifestants, mais également les membres des forces de sécurité qui ont recours à un usage disproportionné et excessif de la force », a-t-elle ajouté.

Selon la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, « les décideurs doivent investir dans le dialogue et dans la cohésion sociale, avant qu'il ne soit trop tard ».

« Les manifestants d’aujourd’hui protestent clairement contre un certain nombre d’échecs perçus ou fondamentaux de la politique et de l’économie contemporaines », a-t-elle noté.

« Un grand nombre des revendications que nous observons dans ces récentes manifestations a trait aux inégalités économiques et sociales et aux droits », a-t-elle souligné. « Les gens ont le sentiment d’être victimes d’injustice économique parce que leur voix est rejetée et pas respectée - ou, dans certains cas, punie et niée ».

Mme Bachelet a rappelé que le Programme de développement durable à l'horizon 2030, adopté par toutes les nations, est un programme relatif aux droits humains, qui reconnaît les inégalités et ouvre la voie pour les surmonter. « En dépit de cet engagement à s'attaquer à ce qui est manifestement un problème grave et d'une portée considérable, les inégalités économiques se sont en réalité accélérées à l'ère des objectifs de développement durable », a-t-elle souligné. « Alors que chacune des manifestations de masse se déroule dans son propre contexte, pour des raisons qui lui sont propres, les inégalités sont un facteur dans la plupart, voire dans toutes les situations ».

La cheffe des droits de l’homme a ajouté avoir le sentiment que les personnes attirées par le nationalisme ont le sentiment d’avoir perdu quelque chose.

« Elles sentent que les élites, peut-être les élites urbaines, les méprisent. Elles ont le sentiment d'avoir perdu leur statut social, un rôle économique central et productif, une influence culturelle décisive. Ce sont des problèmes qui ne peuvent pas être résolus rapidement. Mais je pense qu’ils peuvent être abordés avec un respect attentif », a-t-elle dit.

Inquiétude concernant l’Iran

De leur côté, des experts des droits de l'homme des Nations Unies ont exprimé leur grave préoccupation face à la situation en Iran alors que des manifestations se sont propagées dans tout le pays au cours de la semaine écoulée.

« Nous sommes profondément préoccupés par les informations faisant état d'homicides et de blessures, et par le fait que les autorités auraient eu recours à une force excessive contre les personnes qui ont participé aux manifestations », ont déclaré ces experts dans un communiqué de presse conjoint. « Nous rappelons aux autorités que, en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le recours à la force meurtrière ne doit être utilisé que lorsque cela est strictement inévitable pour protéger la vie ».

Ces experts indépendants des Nations Unies sont : Javaid Rehman, Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme en République islamique d'Iran, Clement Nyaletsossi Voule, Rapporteur spécial sur le droit de réunion et d'association pacifiques, David Kaye, Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression, et Agnès Callamard, Rapporteure spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires.

Les experts ont noté des informations crédibles selon lesquelles au moins 106 personnes auraient été tuées entre le 15 et le 19 novembre et que 1.000 personnes auraient été arrêtées pour avoir participé aux manifestations. Des rapports récents suggèrent que ces chiffres pourraient être considérablement plus élevés.

« Nous rappelons au gouvernement ses obligations en vertu du Pacte et appelons les autorités à veiller à ce que les droits à la liberté d'opinion et d'expression, ainsi que la liberté de réunion et d'association pacifiques, soient respectés et protégés », ont-ils déclaré. Les experts ont également appelé les participants aux manifestations à s’assurer qu’ils le faisaient de manière pacifique.
 
Les manifestations ont commencé après que le gouvernement a annoncé une augmentation de 50% du prix de l'essence et un rationnement mensuel de l'essence.

 

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