Myanmar : la cheffe des droits de l’homme de l’ONU demande à l’armée d’arrêter sa répression sanglante

4 mars 2021

La cheffe des droits de l'homme des Nations Unies a demandé jeudi à l'armée du Myanmar de mettre fin à sa « répression brutale » des manifestations pacifiques, alors qu’au moins 54 personnes auraient été tuées depuis le 1er février, dont une trentaine rien que mercredi.

L’armée birmane a pris le pouvoir le 1er février, date à laquelle le Parlement birman devait faire sa rentrée après la victoire aux élections de novembre 2020 de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti de la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi. Les militaires ont déclaré l’état d’urgence pour un an. Aung San Suu Kyi et d’autres dirigeants birmans ont été arrêtés. 

« Il est absolument odieux que les forces de sécurité tirent à balles réelles contre des manifestants pacifiques à travers le pays », a déclaré Michelle Bachelet, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme.

« Je suis également consternée par les attaques documentées contre le personnel médical d'urgence et les ambulances qui tentent de fournir des soins aux personnes blessées», a-t-elle ajouté.

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), sur les 54 cas qu’il a documentés, au moins 30 personnes ont été tuées mercredi à Yangon, Mandalay, Sagaing, Magway et Mon par les forces de sécurité. Une autre personne aurait été tuée mardi, 18 personnes dimanche et cinq auparavant.

Le nombre réel de morts, selon le HCDH, pourrait cependant être beaucoup plus élevé car ce sont les chiffres qu'il a pu vérifier. Il est également difficile d'établir le nombre de blessés, mais des informations crédibles indiquent qu'au minimum des centaines de personnes ont été blessées lors de manifestations.

En outre, plus de 1.700 personnes ont été arbitrairement arrêtées et détenues en raison de leur participation à des manifestations ou de leur engagement dans des activités politiques, depuis la prise de pouvoir militaire le 1er février. Rien que mercredi, au moins 700 personnes ont été arrêtées, a déclaré le Bureau des droits de l'homme de l'ONU. Cela comprend des parlementaires, des militants politiques et des responsables électoraux, des défenseurs des droits, des enseignants, des travailleurs de la santé, des fonctionnaires, des journalistes, des moines et des célébrités.

Des enfants aussi parmi les personnes tuées

Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), au moins cinq enfants ont été tués, au moins quatre autres grièvement blessés et plus de 500 détenus arbitrairement par les forces de sécurité depuis le début des manifestations le mois dernier.

De nombreux enfants sont également exposés aux méfaits des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes et assistent à d'horribles scènes de violence, dans certains cas dirigés contre des parents ou des membres de leur famille, les exposant à un risque de détresse psychosociale grave, a déclaré l’agence onusienne dans un communiqué.

L'UNICEF a ajouté qu'avec ses partenaires elle fournissait un soutien psychosocial aux enfants, aux parents, aux soignants, par le biais d'une ligne d'assistance, qui fonctionne dans différentes langues locales, et des services d'aide juridique pour les enfants détenus arbitrairement par les forces de sécurité.

Selon le HCDH, des dizaines de personnes recherchées par les autorités militaires se cachent, et dans de nombreux cas, des soldats et des policiers effectueraient des fouilles à domicile et détiendraient des personnes.

Alors que certaines personnes sont finalement libérées, dans de nombreux cas, des proches ont informé le Bureau des droits de l'homme des Nations Unies qu'ils n'avaient reçu aucune information sur le lieu de détention de leurs proches.

« Bon nombre des arrestations et détentions arbitraires effectuées depuis le 1er février peuvent constituer des disparitions forcées », a déclaré Mme Bachelet, appelant à la libération immédiate de tous ceux qui restent arbitrairement détenus.

La Haut-Commissaire a également sonné l'alarme face au ciblage des journalistes. Au moins 29 journalistes auraient été arrêtés ces derniers jours, dont au moins huit ont été accusés de crimes, notamment d'incitation à l'opposition, de haine du gouvernement ou d'assister à un rassemblement illégal.

« J'exhorte tous ceux qui disposent d'informations et d'influence - y compris les responsables du Myanmar qui rejoignent maintenant le mouvement de désobéissance civile - à soutenir les efforts internationaux visant à tenir les chefs militaires responsables des graves violations des droits de l'homme qui ont été commises aujourd'hui et dans le passé », a dit Mme Bachelet. « C’est le moment de renverser la situation en faveur de la justice et de mettre fin à l’emprise de l’armée sur la démocratie au Myanmar ».

La stabilité de la région remise en question

Mercredi, l'Envoyée spéciale de l'ONU pour le Myanmar, Christine Schraner Burgener, a averti que la situation dans le pays remettait en question « la stabilité de la région » et pourrait conduire à une « vraie guerre ».

S'exprimant lors d'une conférence de presse virtuelle, Mme Schraner Burgener a déclaré que les nouvelles venant du Myanmar étaient choquantes.

Elle a précisé que lors de discussions avec l'armée, elle a averti que les États membres de l'ONU et le Conseil de sécurité pourraient prendre des « mesures fortes ». Il lui a été répondu : « Nous sommes habitués aux sanctions et nous avons survécu à des sanctions dans le passé ».

Soulignant que tous les outils disponibles étaient désormais nécessaires pour mettre fin à cette situation, l’envoyée de l’ONU a précisé que l'unité de la communauté internationale était essentielle.

Tout en continuant à maintenir le dialogue ouvert, elle a exhorté les États membres à « prendre des mesures très énergiques ».

 

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