La Colombie doit être fière des acquis indéniables de l’Accord de paix signé il y a cinq ans, selon Guterres

24 novembre 2021

En visite en Colombie à l'occasion du cinquième anniversaire de la signature de l'Accord de paix qui a mis fin à 50 ans de conflit, le Secrétaire général de l’ONU a estimé mercredi que les acquis étaient « indéniables » et que le pays devait en être fier.

Il a toutefois mis toutefois en garde contre les risques qui existent depuis que la violence est réapparue dans certaines régions, avec des meurtres d'ex-combattants, de leaders sociaux et de défenseurs des droits humains.

Dans la capitale Bogotá, António Guterres a visité mercredi la Juridiction spéciale pour la paix (JEP), un tribunal créé dans le but de rendre justice aux victimes du conflit.

« Alors que nous faisons le bilan aujourd'hui, nous pouvons affirmer avec confiance que le processus de paix s'enracine profondément », a déclaré le chef de l’ONU lors d'un événement marquant l'anniversaire de l'Accord de paix entre le gouvernement colombien et les rebelles des FARC=EP en 2016.

Selon lui, le cinquième anniversaire « est un témoignage de l'engagement des parties, mais aussi de l'État et de la société civile colombienne ».

Parmi ces réalisations, il a cité le fait qu'une guérilla qui a pris les armes pendant un demi-siècle est aujourd'hui un parti politique et que la majorité des ex-combattants, quelque 13.000, s'efforcent « admirablement » de construire une nouvelle vie dans la paix.

« Dans un monde marqué par des conflits, dont beaucoup sans fin prévisible, un accord de paix négocié pour mettre fin à un conflit que beaucoup croyaient insoluble est quelque chose d'extrêmement unique et précieux », a-t-il déclaré.

Des risques pour la paix

Cependant, malgré les progrès, le Secrétaire général a analysé les risques qui pèsent actuellement sur la mise en oeuvre de l'Accord de paix.

« La violence est réapparue dans les régions touchées par les conflits. Les communautés ethniques, les femmes et les filles sont particulièrement touchées. Menaces et meurtres d'ex-combattants, de leaders sociaux et de défenseurs des droits humains, souvent des femmes et des populations autochtones ; déplacement et confinement ; violence contre les femmes et violence sexuelle; recrutement d'enfants. Tout cela contrevient à la paix. Chaque mort est en soi une tragédie. Chaque décès envoie un message dévastateur à ces communautés qui attendent toujours les promesses de l'Accord », a-t-il déclaré.

La veille de sa visite à la Juridiction spéciale pour la paix, António Guterres a condamné dans un tweet le recours à la violence et le meurtre de défenseurs des droits humains et d'anciens combattants de la rébellion des FARC-EP en Colombie.

Depuis la signature de l'Accord de paix, plus de 300 ex-combattants et 477 défenseurs des droits humains et leaders sociaux ont été assassinés, selon des données de la Mission de vérification des Nations Unies en Colombie.

Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, rencontre des habitants de Llano Grande, en Colombie.
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Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, rencontre des habitants de Llano Grande, en Colombie.

La tendance peut être inversée

Malgré ces défis à la paix, Guterres a déclaré qu'il n'était « pas trop tard pour inverser cette tendance ». Pour cela, il est nécessaire de respecter pleinement les dispositions sécuritaires de l'Accord et les chapitres sur la réforme rurale et de lutter contre le trafic de drogue.

Il a rappelé que l'Accord de paix lui-même reflétait la réalité du fait que des transformations de cette ampleur prendront du temps. « Les défis font partie des processus de paix », a-t-il dit.

« Il y a beaucoup de questions sur lesquelles on peut être en désaccord dans une démocratie, mais la paix ne peut plus en faire partie », a-t-il soutenu avant d'appeler la Colombie « à rester sur cette voie de consolidation de la paix et à persister à surmonter les défis ».

Pour ce faire, il a encouragé à suivre la feuille de route énoncée dans l'Accord de paix, qui prévoit de s’attaquer aux causes profondes du conflit pour permettre aux blessures de commencer à cicatriser et empêcher que les atrocités commises par toutes les parties ne se reproduisent.

Avec ces objectifs à l'esprit, M. Guterres s’est félicité de « la création d'un système de justice transitionnelle qui vise à rendre justice aux victimes et aux survivants, ainsi qu'à assurer une paix durable ».

En ce sens, le chef de l'ONU est encouragé par le fait que la Colombie prend des mesures pour faire face à son passé douloureux et a reconnu les progrès réalisés par la justice transitionnelle. « Nous avons vu des actes d'accusation historiques pour crimes de guerre et la reconnaissance d'une responsabilité sans précédent. Nous avons assisté à des rencontres émotionnelles entre des victimes et des responsables. Et on a vu comment les familles sortent enfin de l'incertitude sur le sort de leurs proches disparus », a-t-il déclaré.

Enfin, il a assuré qu'après « plus de cinq décennies de conflit, et conscients des souffrances qu'il a causées, nous avons l'obligation morale de garantir le succès de ce processus de paix ».

Témoignages de victimes : un espoir infini

Avant son intervention, le Secrétaire général a pu entendre des témoignages de victimes, dont celui d'Ana Sofía Martínez, dont le père a disparu il y a vingt ans après avoir été détenu par des rebelles des FARC-EP.
Après avoir demandé à toutes les parties, au gouvernement et aux FARC-EP, de mettre de côté leurs différents désaccords et de remplir leurs obligations, Ana Sofía Martínez a déclaré qu'elle se sentait fatiguée, triste et heureuse.

« Fatiguée de la bureaucratie ; triste car les faits de disparition continuent de se produire et les garanties que donne l'Etat pour franchir le pas vers l'après-conflit ne sont pas données et sont de plus en plus éloignées ; et heureuse parce que face à tant d'adversité, nous continuons à rêver, soutenus par un espoir infini », a-t-elle affirmé.

Un autre participant était le Père Francisco de Roux, président de la Commission pour la clarification de la vérité, qui a énuméré les mesures positives qui ont été prises jusqu'à présent d'un côté et de l'autre, mais a souligné qu'elles n'ont malheureusement pas encore été prises dans le pays, les étapes nécessaires à ce qu'il a qualifié de « grande paix », une paix qui est avant tout les intérêts des partis.

L'ancien Président Juan Manuel Santos et l'ancien commandant des FARC-EP Rodrigo Londoño, signataires de l'Accord de paix, et l'actuel Président Iván Duque, ainsi que l'actuel Président du tribunal de la Justice spéciale pour la paix, Eduardo Cifuentes Muños, et d'autres acteurs ont également participé à l'événement. Tous ont reconnu qu'il restait de nombreux défis, mais ont souligné que le processus de paix continuait d'avancer.

 

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