Colombie : cinq ans après la signature de l'Accord de paix, Guterres constate les progrès, mais aussi les défis

23 novembre 2021

Cinq ans après la signature de l'Accord de paix en Colombie, le Secrétaire général de l'ONU s’est rendu mardi dans le nord-ouest du pays, dans le département d’Antioquia, qu'il a qualifié de « laboratoire de paix », pour voir comment le processus de réinsertion des ex-combattants dans la vie civile se déroule et quels sont les défis qui restent à relever.

Accompagné du Président colombien, Iván Duque, et de l'ancien commandant des rebelles des FARC-EP, Rodrigo Londoño, connu par le passé sous le nom de « Timochenko » et aujourd'hui président du parti Comunes, le chef de l'ONU a souhaité « voir de ses propres yeux les acquis de la paix » en Colombie, mais aussi les défis qui l'attendent.

António Guterres a commencé sa visite en se rendant à Llano Grande, dans le département d'Antioquia.

Le choix de cette région est très symbolique, puisque c'est l'un des départements qui a subi les effets les plus sévères des 50 ans de conflit. On estime que jusqu'à 80% de la population a été touchée.

Llano Grande est un village de 150 habitants, où cohabitent d'anciens ennemis et victimes. Avec l'aide des Nations Unies, du gouvernement et des ex-combattants et voisins eux-mêmes, il est devenu un lieu où règne la paix, à tel point qu'ils se considèrent comme une famille.

A Llano Grande, M. Guterres a pu s'entretenir de manière décontractée avec des ex-combattants et des habitants de la commune qui bénéficient des projets de réinsertion des premiers.

« Je suis content d'être à Llano Grande et je constate de visu les réalisations de la paix », a déclaré le Secrétaire général, qui a eu l'occasion de visiter l'atelier de confection de la ville. Là, il s'est entretenu, notamment, avec Monica Astrid Oquendo, qui a récemment expliqué à ONU Info que l'Accord de paix a apporté des projets qui ont grandement profité à la communauté.

Avec elle et des ouvriers de l'atelier, le chef de l’ONU a pu parler à la fois des vêtements qui y sont confectionnés et de l'importance du travail des femmes dans le cadre du processus de paix.

La réinsertion d'ex-combattants des FARC dans la société civile est facilitée dans le village de Llano Grande, en Colombie.
UNMVC/Esteban Vanegas
La réinsertion d'ex-combattants des FARC dans la société civile est facilitée dans le village de Llano Grande, en Colombie.

Coopérative de café

Il a continué sa visite à travers Llano Grande et a eu l'occasion de s'entretenir avec un groupe d'ex-combattants qui a profité de la visite du Secrétaire général pour présenter « Trópicos », une marque de café qui, selon l'un de ses créateurs, Frey Gustavo de Maté, appartient à une coopérative de 1200 membres.

M. Guterres s'est particulièrement intéressé à la culture de la plante et aux différents types de café qui sont produits en Colombie, ainsi qu'au café que produisent ces ex-combattants en particulier.

« Trópicos est une marque (…) dont la géographie offre des caractéristiques particulières. La rébellion des tropiques rend ce café spécial. Spécial car il vient de la communauté, des personnes en réinsertion (…) Nous avons sélectionné grain par grain pour pouvoir atteindre une haute qualité et pouvoir offrir Trópicos au monde », a expliqué M. Gustavo de Maté à ONU Info.

Le Secrétaire Général a été informé d'autres projets qui ont été lancés pour parvenir à la réinsertion et à la réconciliation, tels que l'école, l'usine d'arepas et la fabrique de savon.

Plus tard, dans un bref discours devant la communauté sur le terrain de football du village, Guterres a félicité tout le monde pour « leur enthousiasme et leur dévouement » dans ces projets, qui sont soutenus par le gouvernement et la communauté internationale. Il a jugé nécessaire de redoubler d'efforts pour garantir leur pérennité et d'impliquer le secteur privé.

M. Guterres a également reconnu tout le travail de la communauté dans la municipalité de Dabeiba et dans d'autres municipalités voisines, qu'il a salué « comme un exemple d'intégration et de réconciliation pour avoir accueilli les ex-combattants à bras ouverts et normaliser la vie démocratique ». « Cela montre de vraies qualités humaines de générosité, d'espoir et de courage pour construire un avenir meilleur ».

Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, parle à des habitants de Llano Grande, en Colombie, où il est venu observé les progrès du processus de paix.
UNMVC
Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, parle à des habitants de Llano Grande, en Colombie, où il est venu observé les progrès du processus de paix.

La paix ne vient pas du jour au lendemain

Après avoir écouté les membres de la communauté, le chef de l’ONU a estimé qu'ils « savent mieux que quiconque que la paix ne vient pas du jour au lendemain. Cela demande des efforts pour la construire, en prendre soin, la maintenir ».

« Il y a un paradoxe : l'objectif de la paix est qu'il n'y ait pas d'ennemis dans une société, mais malheureusement il y a des ennemis de la paix », a-t-il dit avant d'exprimer sa solidarité avec les victimes et leurs familles.

Depuis 2017, rien que dans le département d'Antioquia, il y a eu 30 homicides et quatre disparitions, la grande majorité des hommes. Dans toute la Colombie, le nombre de meurtres s'élève à 303 ex-combattants et le nombre de disparitions à 25. Des défenseurs des droits humains et des leaders sociaux sont également ciblés.

Pour cette raison, Guterres a admiré « la ténacité et l'engagement des ex-combattants », des leaders sociaux et des défenseurs des droits humains qui « continuent de parier sur la construction de la paix en Colombie au quotidien ».

Mais il a averti que « garantir leur sécurité est vital pour consolider la paix ».

A cet effet, il a promis « l'engagement des Nations Unies » à soutenir le processus de paix, et a assuré qu'il discuterait avec le gouvernement à la fois de la question de la sécurité et du logement : « Nous allons tous profiter de cette rencontre pour mieux travailler».

Cependant, M. Guterres a estimé que le travail de l'ONU était secondaire et que le travail essentiel dans la construction de la paix appartient aux Colombiens : « si c'était un film nous ne serions pas candidats à l'Oscar du meilleur acteur, mais du meilleur second rôle».

 

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