Bélarus : l’ONU demande la libération du journaliste Roman Protassevitch

25 mai 2021

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) a demandé, mardi à Genève, la libération immédiate de Roman Protassevitch et de sa compagne, interpellés à Minsk après le déroutement d’un avion de ligne le 23 mai et qui a permis l’arrestation du journaliste par les autorités du Bélarus.

« Nous demandons la libération immédiate de Roman Protassevitch et de Sofia Sapéga, qui devraient tous deux être autorisés à rejoindre leur destination prévue en Lituanie », a déclaré lors d’un point de presse à Genève, le porte-parole du HCDH, Rupert Colville. Les services de la Haut-Commissaire Michelle Bachelet craignent d’ailleurs « pour la sécurité de Roman Protasevich ».

« Nous sommes également préoccupés par le sort de la petite amie de M. Protassevitch, Sofia Sapaga, qui aurait également été arrêtée de manière arbitraire », a ajouté M. Colville.

Le HCDH souhaite obtenir l’assurance qu’il est traité humainement et n’est pas soumis à des mauvais traitements ou à la torture. Mais « son apparition à la télévision d’État hier soir n’était pas rassurante, étant donné les contusions apparentes sur son visage, et la forte probabilité que son apparition n’était pas volontaire, et que ses {aveux} de crimes graves ont été forcés ».

L’arrestation du journaliste équivaut à une « extradition extraordinaire »

A ce sujet, le Haut-Commissariat rappelle que les informations obtenues « sous la contrainte » ne peuvent être utilisées contre M. Protassevitch dans une quelconque procédure judiciaire. De tels aveux forcés sont interdits par la Convention contre la torture.

Plus largement, le HCDH s’est dit « choqué par l’arrestation illégale et la détention arbitraire du journaliste biélorusse. « L’avion Ryanair dans lequel il voyageait a été détourné de force vers Minsk, apparemment sous de faux prétextes et dans le but exprès de capturer M. Protassevitch », a fait valoir le porte-parole du Haut-Commissariat.

Selon l’ONU, la manière dont Roman Protassevitch a été enlevé, sous la menace de la force militaire, de la juridiction d’un autre État et amené au Bélarus, équivaut à une extradition extraordinaire. » Un tel abus de pouvoir de l’État à l’encontre d’un journaliste pour avoir exercé des fonctions protégées par le droit international reçoit et mérite la plus forte condamnation », insisté M. Colville.

D’une manière générale, les services de Mme Bachelet estiment que la pénalisation d’un journaliste pour le seul fait d’avoir critiqué le gouvernement ne peut jamais être considérée comme une restriction nécessaire de la liberté d’expression et constitue donc une violation de l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Des manifestants lors de la Marche pour la paix et l'indépendance à Minsk, au Bélarus (photo d'archives).
Unsplash/Andrew Keymaster
Des manifestants lors de la Marche pour la paix et l'indépendance à Minsk, au Bélarus (photo d'archives).

Le chef de l’ONU inquiet de « la détérioration » de la situation des droits de l’homme

Pour l’ONU, cet épisode étonnant constitue « une nouvelle phase de la campagne de répression » des autorités biélorusses contre les journalistes et la société civile en général.

« Cette arrestation arbitraire est le signe d’une escalade extrêmement inquiétante dans la répression des voix dissidentes, non seulement des journalistes mais aussi des défenseurs des droits de l’homme biélorusses et d’autres acteurs de la société civile, y compris ceux qui vivent à l’étranger », a conclu le porte-parole du Haut-Commissariat.

De son côté, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a exprimé sa « profonde préoccupation » du « détournement apparent d’un avion de ligne au Bélarus ». Le chef de l’ONU s’est notamment inquiété de « la détérioration de la situation des droits de l’homme au Bélarus après l’élection présidentielle du mois d’août dernier ».

Il a exhorté les autorités de Minsk à honorer pleinement leurs obligations, en vertu des droits de l’homme, y compris celles liées aux libertés d’expression, de réunion et d’association. Le Secrétaire général a également appelé à une enquête indépendante, transparente et complète sur cet incident perturbant et exhorté tous les acteurs concernés à y coopérer.

 

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