L’ONU appelle à combattre le racisme en repensant la notion d’égalité

18 février 2021

Combattre le racisme sous toutes ses formes passe par une véritable action en faveur de l’égalité et la mise en œuvre concrète et sans délai des Objectifs de développement durable (ODD), ont souligné, jeudi, deux hauts responsables de l’ONU.

Traditionnellement abordée à l’ONU dans l’enceinte du Conseil des droits de l’homme ou celle de l’Assemblée générale, la question de la lutte contre le racisme a été discutée le 18 février au Conseil économique et social (ECOSOC). L’un des six principaux organes de l’ONU, l’ECOSOC, dont la mission est dédiée à la réalisation du développement durable, a tenu une réunion sur les liens entre racisme structurel, inégalités et ODD.

Lors de cette réunion, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a appelé à rejeter et condamner « sans réserve, sans hésitation et sans condition » le racisme qui sévit partout dans le monde. « Le racisme est la répudiation de notre humanité commune - de la Charte des Nations Unies - de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous faisons », a-t-il déclaré.

« Vingt ans après la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance (Durban) qui y est associée, la promotion de l'égalité et de la non-discrimination doivent rester une priorité pour la communauté internationale », a, pour sa part, déclaré le Président de l’ECOSOC, Munir Akram.

Le Secrétaire général de l’ONU a reconnu qu’il restait encore beaucoup de chemin à faire dans la lutte contre le racisme et les inégalités raciales qui « imprègnent encore les institutions, les structures sociales et la vie quotidienne ».

Il a rappelé qu’une grande partie du racisme d’aujourd’hui est profondément ancrée dans des siècles de colonialisme et d’esclavage et que l’injustice raciale, en particulier contre les personnes d’ascendance africaine, a causé un traumatisme profond et des souffrances intergénérationnelles. « Nous devons faire plus que simplement condamner les expressions et les actes de racisme. Nous devons creuser plus profondément. Et nous devons agir », a dit M. Guterres.

Selon M. Akram, la solidarité et la coopération entre les pays, les sociétés, les communautés et les citoyens individuels sont la seule manière possible d'éliminer le racisme, la xénophobie et la discrimination pour tous.

« Les systèmes qui perpétuent le racisme et les inégalités doivent être démantelées », a insisté le Président de l’ECOSOC.

« Dans cette bataille idéologique, nous devons affirmer nos valeurs communes - les valeurs d'égalité, de non-discrimination, de respect mutuel - des valeurs profondément liées à l'affirmation des droits de l'homme », a rappelé M. Guterres, soulignant que « la lutte contre le racisme ne peut se limiter à un exercice ponctuel » mais qu’il doit être combattu en agissant au quotidien, à tous les niveaux.

« Les valeurs des Lumières - la primauté de la raison, de la tolérance et du respect mutuel - disparaissent. A leur place, on voit croître le nationalisme, le populisme, la xénophobie, voire la suprématie blanche et le néonazisme », a déploré le Secrétaire général, ajoutant que « le racisme est au cœur de cette irrationalité ».

Photo ONU/Ingrid Kasper
Munir Akram, Président du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC).

Investir davantage dans l’inclusion et la cohésion

La réunion de l’ECOSOC s’est penchée sur les conséquences socio-économiques du racisme et de la xénophobie qui, selon le chef de l’ONU, se traduisent par des opportunités limitées d'éducation et d'emploi, d'accès aux soins de santé et à la justice. « La pandémie de Covid-19 a révélé ces inégalités - et représente une accusation accablante de préjugés et de discrimination systématiques », a dit M. Guterres. 

Dans certains cas, les taux de mortalité liés à la Covid-19 sont jusqu'à trois fois plus élevés pour les groupes marginalisés. Les lignes de faille suivent souvent des lignes raciales et ethniques. Et l'impact de la pandémie est aggravé par des formes croisées de discrimination telles que le sexe, l'âge, la classe, la caste, la religion, le handicap, l'orientation sexuelle, ainsi que le statut minoritaire, économique et juridique. « Ceux qui sont déjà laissés pour compte le sont encore plus », a résumé le Secrétaire général.

Alors que le monde s’efforce de se remettre de la pandémie et de bâtir un monde meilleur, le Secrétaire général a appelé à forger un « nouveau contrat social » basé sur l'inclusivité et la durabilité.

« Cela signifie investir dans la cohésion sociale », a-t-il dit. « Alors que les sociétés deviennent de plus en plus multiethniques, multireligieuses et multiculturelles, nous avons besoin d'investissements politiques, culturels et économiques plus importants dans l'inclusion et la cohésion, pour exploiter les avantages de la diversité plutôt que de la percevoir comme une menace ».

Pour le chef de l’ONU, « c’est grâce au Programme de développement durable à l’horizon 2030 que nous pourrons promouvoir la justice et la dignité pour toutes et tous et combattre le racisme sous toutes ses formes ». 

Combattre le racisme à l’ONU

Si l’ONU appelle à combattre le racisme, l’Organisation même n’est pas immune de discriminations dans ses rangs. Un tel constat appelle « à sortir de nos zones de confort et reconnaître et traiter nos propres préjugés sous-jacents », a reconnu M. Guterres, qui a demandé que des mesures soient prises pour détecter, prévenir et combattre les cas de racisme et de discrimination raciale au sein de l’Organisation des Nations Unies.

En 2020, le Secrétaire général a lancé une campagne de dialogue et d’action visant à lutter contre le racisme et à promouvoir la dignité de toutes et de tous au sein de l’Organisation. Ces activités sont supervisées par l’Équipe spéciale pour l’éradication du racisme et la promotion de la dignité de toutes et tous à l’ONU.  

L’Équipe spéciale élabore actuellement un plan d’action stratégique à long terme pour promouvoir la diversité et l’inclusion et élaborer des politiques et des outils qui permettraient d’instaurer un climat de confiance dans lequel les cas de racisme au sein du Secrétariat et des agences de l’ONU pourraient être rapidement signalés et traités sans crainte de représailles. M. Guterres a exhorté tous les États membres à soutenir ces efforts. 

 

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