La grâce accordée par les Etats-Unis aux gardes de Blackwater est un « affront à la justice » (experts onusiens)

30 décembre 2020

Un groupe d’experts indépendants des droits de l’homme de l’ONU a affirmé, mercredi, que les grâces accordées à quatre contractuels de sécurité privée condamnés pour des crimes de guerre en Iraq violaient les obligations des États-Unis en vertu du droit international. 

Les experts onusiens ont donc appelé tous les États parties aux Conventions de Genève à condamner ces grâces. « La grâce accordée aux contractants de Blackwater est un affront à la justice et aux victimes du massacre de Nisour Square et à leurs familles », a déclaré dans un communiqué, Jelena Aparac, Présidente-rapporteure du Groupe de travail sur l’utilisation de mercenaires.

Les quatre, tous d’anciens militaires américains, ont ouvert le feu sans provocation sur la place bondée en 2007 lors d’un incident qui a fait au moins 14 morts parmi les civils. Ils ont été par la suite poursuivis et condamnés pour de multiples actes criminels commis lors de ce massacre sur la place Nisour à Bagdad. 

En 2015, les tribunaux américains ont donc condamné Nicholas Slatten pour meurtre au premier degré, tandis que Paul Slough, Evan Liberty et Dustin Heard ont été condamnés pour homicide volontaire et tentative d’homicide.

« Garantir la responsabilité de ces crimes est fondamental pour l’humanité »

Mais le Président américain Donald Trump a gracié le 22 décembre dernier les quatre contractuels de Blackwater. « Garantir la responsabilité de ces crimes est fondamental pour l’humanité et pour la communauté des nations » a ajouté Mme Aparac. 

Pour ce groupe d’experts onusiens, « les grâces, les amnisties ou toute autre forme de disculpation pour les crimes de guerre ouvrent la porte à de futurs abus lorsque les États contractent des sociétés militaires et de sécurité privées pour des fonctions étatiques inhérentes ».

Or les Conventions de Genève « obligent les États à tenir les criminels de guerre pour responsables de leurs crimes, même lorsqu’ils agissent en tant qu’entrepreneurs de sécurité privée ». « Ces grâces violent les obligations des États-Unis en vertu du droit international et, plus largement, portent atteinte au droit humanitaire et aux droits de l’homme au niveau mondial », a fait valoir le Groupe de travail sur l’utilisation des mercenaires.    

L’ONU aussi « profondément préoccupée » par cette grâce 

Le Groupe de travail est extrêmement préoccupé par le fait qu’en autorisant les entreprises de sécurité privées à opérer en toute impunité dans les conflits armés, les États seront encouragés à contourner leurs obligations au titre du droit humanitaire, en externalisant de plus en plus les opérations militaires essentielles au secteur privé.

A noter que le Groupe de travail sur l’utilisation de mercenaires est composé de cinq experts indépendants : Jelena Aparac (Présidente-Rapporteure), Lilian Bobea, Chris Kwaja, Ravindran Daniel, et Sorcha MacLeod.             

Le mercredi 23 décembre dernier, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme s’était également dit « profondément préoccupé » par les récentes grâces présidentielles accordées par Donald Trump à ces quatre mercenaires de la société militaire privée Blackwater.  

« Leur pardonner contribue à l’impunité et a pour effet d’encourager les autres à commettre de tels crimes à l’avenir », avait déclaré dans un communiqué, Marta Hurtado, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

 

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