Yémen : le risque de famine met en danger des millions d'enfants (UNICEF)

23 novembre 2020

Le Yémen se rapproche lentement et s’achemine vers la « pire famine » que le monde ait connue « depuis des décennies », a alerté lundi la Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), Henrietta Fore, relevant que « des millions d’enfants sont en danger dans ce pays.

« Alors que le Yémen se rapproche lentement de ce que le Secrétaire général des Nations Unies a décrit comme étant potentiellement "la pire famine depuis des décennies", le risque pour la vie des enfants est plus élevé que jamais », a déclaré Mme Fore dans un communiqué, ajoutant que « les signes avant-coureurs sont clairs depuis bien trop longtemps ».

La pandémie de Covid-19 a transformé une crise profonde en une catastrophe imminente – Henrietta Fore, Directrice exécutive de l’UNICEF

Plus de 12 millions d’enfants ont besoin d’une aide humanitaire. Selon l’Agence onusienne, les taux de malnutrition aiguë des enfants ont atteint « des niveaux records » dans certaines régions du pays, marquant une augmentation de 10 % rien que cette année. « Près de 325.000 enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë sévère et se battent pour survivre », a alerté la Cheffe de l’UNICEF.

« La pandémie de Covid-19 a transformé une crise profonde en une catastrophe imminente », a-t-elle insisté, invitant « les donateurs à s’activer et à fournir des fonds supplémentaires dont le Yémen a un besoin urgent ».

A ce sujet, l’appel humanitaire de l’UNICEF n’a reçu que 237 millions de dollars sur les 535 millions nécessaires, soit un déficit de financement de près de 300 millions de dollars.

Or sur le terrain, plus de cinq millions d’enfants sont confrontés à une menace accrue de choléra et de diarrhée aqueuse aiguë. « La pauvreté chronique, des décennies de sous-développement et plus de cinq ans de conflits incessants ont exposé les enfants et leurs familles à une combinaison mortelle de violence et de maladie », a-t-elle fait valoir.

Pas de temps à perdre

« Le Yémen est un pays en proie à la violence, à la douleur et à la souffrance », a dit Mme Fore. Selon la cheffe de l’UNICEF, l’économie est en pagaille, avec un système de santé au bord de l’effondrement depuis des années.

D’innombrables écoles, hôpitaux, stations d’eau et autres infrastructures publiques essentielles ont été endommagés et détruits au cours des combats. « Le mépris du droit humanitaire international est scandaleusement flagrant », a dénoncé Mme Fore.

Présent sur le terrain depuis des décennies, l’UNICEF a même renforcé son dispositif ces dernières années pour accélérer l’acheminement de l’aide humanitaire à des millions d’enfants, contribuant ainsi à « atténuer les souffrances et à sauver des vies ». Mais pour Mme Fore, l’aide humanitaire à elle seule ne permettra pas d’éviter une famine ni de mettre fin à la crise au Yémen. Il est donc essentiel « de mettre fin à la guerre, de soutenir l’économie et d’accroître les ressources ».

En l’absence d’action immédiate, des millions de vies pourraient être perdues - António Guterres, Secrétaire général de l’ONU

« Il n’y a pas de temps à perdre », a-t-elle fait remarquer, ajoutant que « les enfants yéménites ont besoin de paix ». Dans ces conditions, la fin de ce conflit brutal est le seul moyen pour eux de réaliser leur potentiel, de reprendre leur enfance et, finalement, de reconstruire leur pays.

« Mais nous ne pouvons pas retenir la marée indéfiniment », a-t-elle conclu, invitant « toutes les parties au conflit à garder les enfants à l’abri du danger et permettre un accès sans entrave aux communautés dans le besoin - comme c’est leur devoir en vertu du droit humanitaire international ».

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, avait aussi appelé vendredi dernier tous les acteurs ayant une influence sur la situation au Yémen à agir de toute urgence pour éviter une famine dans ce pays.

« Le Yémen est maintenant confronté au danger imminent de la pire famine que le monde ait connue depuis des décennies. En l’absence d’action immédiate, des millions de vies pourraient être perdues », avait prévenu M. Guterres dans une déclaration à la presse.

 

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