Covid-19 : « le monde n’a pas besoin d’une crise alimentaire en ce moment », souligne la FAO

17 avril 2020

Avec la pandémie de Covid-19, « le monde n’a pas besoin d’une crise alimentaire en ce moment », a rappelé vendredi l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

« Il n’y a aucune raison d’avoir une crise des prix alimentaires comme celle que nous avons eue en 2007. (Le monde) a suffisamment de nourriture disponible, c’est juste le résultat de problèmes logistiques », a déclaré Maximo Torero, Economiste principal et Directeur général adjoint du département du développement économique et social de la FAO, lors d’une conférence de presse virtuelle ce vendredi à Genève.

M. Torero a déclaré que l’un des défis majeurs de cette pandémie est que les mesures de confinement affectent la disponibilité de la nourriture. Les blocages ont affecté à la fois l’offre et la demande, y compris l’accès aux marchés, l’accès aux intrants et la possibilité de faire circuler les marchandises. L’approvisionnement en poisson a également été affecté par la fermeture de nombreux aéroports.

Cette situation est la conséquence indirecte des restrictions mondiales sur les mouvements, à l’intérieur des pays et entre les Etats. Cela a eu un impact sur les systèmes agricoles, entraînant des retards de transport et des goulets d’étranglement dans la circulation des biens et des services.

« Les mesures actuelles visant à contenir la propagation du virus affectent les exportations et les importations de denrées alimentaires.  Les denrées alimentaires doivent circuler à travers les frontières sans restriction et dans le respect des normes de sécurité alimentaire existantes », a fait valoir M. Torero.

Selon la FAO, restreindre la circulation des aliments est le pire scénario qui puisse arriver. « Toutes les mesures contre le libre-échange seront contre-productives. Des mesures rapides pour protéger la circulation des denrées alimentaires entre les pays sont essentielles pour atténuer le risque de chocs importants qui auraient un impact considérable sur tout le monde, en particulier sur les pauvres et les plus vulnérables », a plaidé l’économiste de l’agence onusienne.

Plus de 800 millions de personnes sous-alimentées

Pour la FAO, les produits à forte intensité de main-d’œuvre comme les fruits, les légumes et la viande doivent être mis en avant comme un secteur prioritaire. Cela permettrait à la chaîne de valeur de continuer à fonctionner et que ces types de vivres puissent également circuler.

En réponse à une question sur l’impact du coronavirus sur les populations, M. Torero a indiqué qu’il s’agissait « d’une situation sans précédent » dans laquelle tous les pays du monde étaient touchés. Selon lui, le niveau de reprise en Chine est très lent pour le moment, ce qui indique une reprise mondiale plus longue et plus lente.

Une réduction considérable des transferts de fonds est également prévue, car la plupart des migrants envoient de l’argent chez eux depuis des pays fortement touchés par les pandémies. « Compte tenu du niveau élevé d’incertitude, il est difficile de prédire les niveaux de chômage et de sous-alimentation éventuels », a-t-il fait remarquer.

Plus globalement, la FAO estime que des niveaux de production plus faibles que prévu en Chine à la suite de l’assouplissement des mesures de confinement pourraient indiquer que des dizaines de millions de personnes supplémentaires auront trop peu à manger dans le monde.

« Aujourd’hui nous avons 821 millions de personnes sous-alimentées, nous parlons donc d’une augmentation d’environ 8 à 10% de ce nombre s’il y a des changements dans la croissance du PIB ; donc essentiellement notre scénario le plus bas avec une croissance du PIB de 2% est une augmentation d’environ 30 millions, notre scénario le plus haut est que 88 millions de personnes vont être sous-alimentées », a analysé M. Torero.

Face à de tels scénario, la FAO plaide, en priorité, pour la sécurisation des chaînes de valeur alimentaires en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est. Et pour atténuer les effets de la pandémie sur l’alimentation et l’agriculture, l’agence onusienne exhorte également les pays à répondre aux besoins alimentaires immédiats de leurs populations vulnérables, à renforcer leurs programmes de protection sociale, à maintenir le commerce mondial des denrées alimentaires.

L’objectif est de faire tourner les rouages de la chaîne d’approvisionnement nationale et à soutenir la capacité des petits exploitants agricoles à accroître la production alimentaire.

L’UNICEF s’inquiète des effets de la gravité de la récession sur les enfants

De son côté, l’UNICEF s’inquiète « des effets catastrophiques » du Covid-19 sur les enfants, en raison notamment « des effets de la pandémie dans toutes ses dimensions » et « de la gravité de la récession dans laquelle se trouve actuellement le monde ». Selon l’agence onusienne, la réduction des revenus au niveau des ménages et la diminution des dépenses de santé et d’alimentation, en particulier pour les familles pauvres, créent « une situation désastreuse » pour les enfants des ménages qui vivent au jour le jour.

Pourtant, l’accent est parfois mis sur les personnes âgées, négligeant les effets de la pandémie sur les enfants. « L’impact de Covid-19 sur les enfants est quasi universel, étant donné l’ampleur sans précédent de la maladie, mais que les enfants pauvres en subissaient les conséquences de manière disproportionnée », a déclaré Laurence Chandy, Directeur du Bureau des perspectives et politiques mondiales à l’UNICEF.

Par ailleurs, les écoles du monde entier sont aujourd’hui vides et les services de protection de l’enfance ont fermé, ce qui signifie que les effets sur les enfants vont bien au-delà de la santé. De nombreuses mesures d’atténuation adoptées par les pays sont nécessaires, mais elles affectent fortement les enfants et font parfois plus de mal que de bien. « Lorsque les ménages voient leurs revenus diminuer, cela a immédiatement des effets sur les enfants, surtout si les ménages vivent déjà dans une pauvreté relative », fait remarquer l’UNICEF.

Selon l’agence onusienne, il est difficile d’imaginer que des enfants du monde entier aient vu leur éducation interrompue ou mise en veilleuse. La situation est sombre pour ces enfants coincés dans des foyers où sévit la violence domestique.« Il doit y avoir peu d’enfants dont la vie n’a pas été touchée », a ajouté M. Chandy.

En attendant, la fermeture sans précédent d’écoles touche 1,5 milliard d’enfants. Près de 60% des enfants vivent dans des pays où la fermeture totale ou partielle des écoles est en vigueur. Selon l’UNICEF, 29 pays ont fermé des écoles avant même qu’un seul cas de coronavirus ne se déclare et rappelle que la fermeture des écoles est normalement une dernière étape réticente car elle est très perturbatrice.

 

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