Le chef de l’ONU donne 100 jours à la communauté internationale pour arriver à un cessez-le-feu mondial

22 septembre 2020

A l’ouverture du débat général de l’Assemblée générale des Nations Unies dans des conditions inhabituelles en raison de la pandémie de Covid-19, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a donné 100 jours à la communauté internationale pour arriver à un cessez-le-feu mondial.

En raison du coronavirus, les chefs d’Etat et de gouvernement ne sont pas venus à New York cette année et vont prononcer leurs discours dans des vidéos enregistrées.

« Avec la pandémie de Covid-19, notre réunion annuelle prend place sous un jour méconnaissable. Mais elle est plus importante que jamais », a déclaré le chef de l’ONU. « Nous devons faire face à la fois à une crise sanitaire historique, à la plus grande calamité économique et aux pertes d’emplois les plus importantes que le monde ait connu depuis la Grande Dépression, ainsi qu’à de nouvelles menaces pesant sur les droits humains ».

Selon M. Guterres, la pandémie de Covid-19 « a mis à nu les fragilités du monde » : le creusement des inégalités, la catastrophe climatique, les divisions de plus en plus marquées au sein de la société, la corruption rampante.

« Pour la première fois en 30 ans, la pauvreté augmente. Les indicateurs de développement humain sont en berne. Nous n’avons jamais dévié aussi loin des Objectifs de développement durable », a ajouté M. Guterres.

« Aujourd’hui, nous affrontons un moment historique semblable à 1945. Cette pandémie, c’est du jamais vu », a-t-il affirmé. « Mais c’est aussi le genre de crise que nous sommes condamnés à connaître de nouveau sous une forme ou une autre, encore et toujours. Plus qu’un avertissement, la Covid-19 est une répétition générale pour tous les défis dont le monde sera le théâtre ».

Selon le Secrétaire général, le monde doit avancer en faisant preuve d’humilité, en étant uni, en faisant preuve de solidarité, et en se fiant à la science. « Le populisme et le nationalisme ont fait la preuve de leur inefficacité. Loin de permettre de contenir le virus, ces approches n’ont souvent fait qu’aggraver la situation de manière flagrante », a-t-il noté.

Appel à un cessez-le-feu mondial

Lorsque la pandémie de Covid-19 s’est installée, le chef de l’ONU a appelé à un cessez-le-feu mondial.

« Aujourd’hui, j’engage la communauté internationale à redoubler d’efforts pour que ce cessez-le-feu mondial devienne une réalité d’ici à la fin de l’année. Nous avons exactement 100 jours », a-t-il lancé mardi à l’adresse des chefs d’Etat et de gouvernement.

L’appel initial du Secrétaire général a été approuvé par 180 États membres ainsi que par des chefs religieux, des partenaires régionaux, des réseaux de la société civile et d’autres. Certains mouvements armés ont aussi répondu présents, comme au Cameroun, en Colombie, aux Philippines et ailleurs, même si plusieurs des cessez-le-feu qu’ils avaient annoncés n’ont pas été maintenus.

Selon M. Guterres, les obstacles sont gigantesques à un cessez-le-feu mondial, mais il estime qu’il y a des raisons d’espérer. Il a ainsi noté qu’un nouvel accord de paix a été conclu au Soudan entre le gouvernement et les mouvements armés ; en Afghanistan, après des années d’efforts, le lancement des négociations de paix intra-afghanes a marqué une étape importante.

Dans plusieurs situations, les nouveaux cessez-le-feu tiennent mieux que par le passé – ou il y a, en l’absence de cessez-le-feu, un arrêt des combats. Ainsi, en Syrie, le cessez-le-feu à Idlib est en grande partie respecté. En Libye, les hostilités sont retombées. En Ukraine, le régime de cessez-le-feu instauré récemment demeure en place. En République centrafricaine, l’accord de paix conclu l’année dernière a permis de réduire considérablement la violence. Et au Soudan du Sud, malgré une montée inquiétante de la violence intercommunautaire, le cessez-le-feu a été dans l’ensemble respecté.

« L’heure est venue de donner ensemble une nouvelle impulsion à la paix et à la réconciliation. J’appelle la communauté internationale à redoubler d’efforts – sous la conduite du Conseil de sécurité – pour parvenir à un cessez-le-feu mondial d’ici à la fin de l’année », a déclaré le Secrétaire général. « Nous avons 100 jours. Le temps presse ».

Reconstruire en mieux

Face au défi posé par la pandémie sur tous les fronts, le chef de l’ONU a rappelé que les Nations Unies ont orchestré une riposte globale.

Sous la conduite de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le système des Nations Unies a aidé les États – et en particulier les pays en développement – à sauver des vies et à contenir la propagation du virus.

« Nous nous efforçons d’obtenir des progrès en ce qui concerne les traitements et les thérapies, compris comme un bien public mondial, et nous appuyons les efforts engagés pour développer un vaccin du peuple, qui soit abordable et accessible partout », a noté M. Guterres.

Il a toutefois regretté que certains pays cherchent à conclure de leur côté des marchés qui ne bénéficieraient qu’à leur propre population. « Le ‘vaccinationalisme’ n’est pas qu’injuste, il est aussi voué à l’échec », a-t-il dit. « Car personne ne peut se sentir en sécurité si nous ne le sommes pas toutes et tous ».

De même, il a rappelé que les économies ne peuvent tourner normalement si une pandémie se déchaîne.

L’ONU a demandé un plan de sauvetage massif représentant au moins 10% de l’économie mondiale. « Nous devons veiller à ce que le monde en développement ne s’embourbe pas dans la ruine financière, l’escalade de la pauvreté et les crises de la dette. Pour éviter une spirale fatale, il faut une mobilisation collective », a dit le Secrétaire général.

Au-delà des mesures d’urgence, les efforts de relance d’aujourd’hui doivent jeter les bases d’un monde meilleur pour demain, a-t-il ajouté. « Cette relance est notre chance de réinventer les économies et les sociétés », a-t-il dit.

Selon lui, cette relance doit renforcer la résilience. « Au niveau national, cela exige un Nouveau contrat social. Sur le plan international, un Nouveau pacte mondial », a-t-il souligné.

Selon le Secrétaire général, ce Nouveau contrat social doit permettre de bâtir des sociétés inclusives et durables, en plaçant les droits humains au cœur de tous les efforts. Cela signifie notamment l’égalité des droits et des chances pour les femmes et les filles.

Le chef de l’ONU estime également que pour être véritablement durable, le Nouveau contrat social doit assurer la transition vers les énergies renouvelables et ainsi atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici à 2050.

Enfin, le Secrétaire général a plaidé pour des institutions multilatérales modernisées qui représentent plus équitablement tous les peuples du monde.

« Nous n’avons pas besoin de nouvelles bureaucraties. Nous avons besoin d’un système multilatéral qui innove en permanence, qui bénéficie aux peuples et qui protège notre planète », a-t-il ajouté. « Pour venir à bout des fragilités et des problèmes actuels, il nous faut plus de coopération internationale, et non pas moins ; des institutions multilatérales renforcées, et non pas désertées ; une meilleure gouvernance mondiale, et non pas une mêlée chaotique ».

 

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