La pandémie de Covid-19 entraîne la faim et le désespoir pour les réfugiés nicaraguayens (HCR)

Les Nicaraguayens se retrouvent au Parque de la Merced, à San José. Ces dernières années, c'est devenu un espace où les personnes déplacées viennent s'informer auprès de certains des dizaines de milliers de Nicaraguayens qui vivent au Costa Rica.
Photo : HCR/Roberto Carlos Sanchez
Les Nicaraguayens se retrouvent au Parque de la Merced, à San José. Ces dernières années, c'est devenu un espace où les personnes déplacées viennent s'informer auprès de certains des dizaines de milliers de Nicaraguayens qui vivent au Costa Rica.

La pandémie de Covid-19 entraîne la faim et le désespoir pour les réfugiés nicaraguayens (HCR)

Aide humanitaire

Plus des trois quarts des réfugiés et des demandeurs d’asile nicaraguayens au Costa Rica souffrent de la faim. Ils ne se nourrissent qu’une ou deux fois par jour en raison de l’impact socio-économique de la pandémie de Covid-19. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), craint que cela n’entraîne des retours dans des conditions défavorables.

 

« La majorité des réfugiés et demandeurs d’asile nicaraguayens dans le pays, soit 63%, déclarent ne prendre que deux repas par jour, a déclaré lors d’un point de presse à Genève », Shabia Mantoo, porte-parole du HCR.

« Les communautés d’accueil de réfugiés sont confrontées à des conditions similaires et le ralentissement économique de ces pays rendra encore plus difficile le rétablissement des réfugiés et de leurs hôtes », a-t-elle ajouté.

Avant le début de la pandémie, et grâce à des initiatives d'intégration locale efficaces au Costa Rica, seulement 3% des réfugiés ne prenaient qu’un repas par jour ou moins. Aujourd'hui, ce chiffre a plus que quadruplé pour atteindre 14%.

C'est le résultat d'une évaluation humanitaire menée par le HCR en juillet et août, visant à aider les autorités costaricaines à répondre aux besoins de plus de 81 000 Nicaraguayens arrivés dans le pays en quête de protection internationale.

Le Costa Rica accueille généreusement près de 80% de tous les réfugiés et demandeurs d’asile nicaraguayens qui ont fui les violations des droits humains et la persécution, soit quelque 81 000 personnes. Ce pays fait partie des dix pays du monde qui ont reçu le plus grand nombre de nouvelles demandes d’asile l’année dernière, soit quelque 59 200.

La majorité des personnes déracinées en Amérique latine dépendent de l’économie informelle, surtout lorsqu’elles commencent à s’intégrer dans les communautés qui les accueillent. De ce fait, les mesures de quarantaine liées à la pandémie de Covid ont aujourd’hui un impact sur les moyens de subsistance et entraînent l’insécurité alimentaire.

Seulement 59% des familles de réfugiés au Costa Rica déclaraient avoir des revenus réguliers liés à leur travail à la fin du mois de juillet, ce qui représente une baisse stupéfiante par rapport aux 93% enregistrés avant la pandémie. Beaucoup d’entre elles risquent donc d’être expulsées et de se retrouver sans abri. Un réfugié nicaraguayen au Costa Rica sur cinq a déclaré ne pas savoir où il allait vivre le mois prochain.

Des difficultés dans d’autres pays de la région

Les difficultés rencontrées par les réfugiés et les demandeurs d’asile nicaraguayens, notamment la perte de leurs moyens de subsistance, l’expulsion et la faim, ont également été signalées ailleurs dans la région, notamment au Panama, au Guatemala et au Mexique.

Vingt et un pour cent des réfugiés et demandeurs d’asile nicaraguayens interrogés ont déclaré qu’au moins un membre de leur foyer envisage désormais de retourner au Nicaragua, principalement en raison d’un manque de revenus ou de nourriture et ce, malgré les risques qu’ils ont déclaré avoir fui. Plus de 3000 demandes d’asile au Costa Rica ont été annulées à ce jour, principalement par des ressortissants nicaraguayens.

« Le HCR continue de fournir des informations objectives aux personnes qui envisagent de retourner au Nicaragua, où la crise sociale et politique a déjà poussé plus de 102 000 personnes à fuir à l’étranger en quête de protection », a fait valoir Shabia Mantoo.

Du fait de cette aggravation de la situation, le HCR travaille avec les gouvernements et ses partenaires pour s’assurer que les demandeurs d’asile et les réfugiés - pour lesquels le retour n’est pas une option - reçoivent le soutien et l’assistance dont ils ont besoin dans les pays d’accueil.

Depuis le début de la pandémie, le HCR a intensifié ses programmes d’allocations d’aide en espèces à travers toute l’Amérique centrale pour soutenir les personnes déracinées vulnérables. Au Costa Rica, le HCR a aidé 1221 familles vulnérables et à risque.

Partenariat

Grâce à son partenariat avec le régime de sécurité sociale du Costa Rica, le HCR assure également la couverture sanitaire de 6000 demandeurs d’asile souffrant de maladies graves et chroniques.

Au Panama, le HCR, par l’intermédiaire de ses partenaires, a aidé près de 700 personnes en leur fournissant une allocation d’aide en espèces, et a aidé des dizaines de familles pour le versement de leur loyer ou en assurant une médiation pour éviter les expulsions.

Toutefois, une sévère pénurie de financement entrave la capacité à répondre aux besoins humanitaires urgents. L’opération du HCR au Costa Rica, dont les besoins financiers pour 2020 s’élèvent à 26,9 millions de dollars, n’est financée qu’à 46% à ce jour.

« Le HCR continue à soutenir les efforts des Etats pour répondre aux besoins des personnes forcées de fuir en Amérique centrale, dans le cadre du cadre régional pour la protection et les solutions globales aux déplacements forcés en Amérique centrale – connu sous le nom de MIRPS », a déclaré Shabia Mantoo.

« Il appelle également tous les États membres du MIRPS à renforcer la coordination et le soutien face aux nouveaux défis liés à la pandémie de Covid-19 », a-t-elle ajouté.