L’argent, nerf de la guerre contre le coronavirus et de la bataille pour le développement durable

28 mai 2020

Lors d’une réunion de haut-niveau jeudi sur le financement pour le développement, plusieurs responsables des Nations Unies et gouvernementaux ont plaidé en faveur d’un appui financier plus important aux pays en développement dont la vulnérabilité a été accentuée par la pandémie de Covid-19.

Lutter contre le coronavirus tout en ne perdant pas de vue la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD). C’est le double défi et la double urgence auxquels est confrontée la communauté internationale. Une urgence qu’a tenu à souligner le Secrétaire général des Nations Unies. « Si nous n’agissons pas maintenant, la pandémie de Covid-19 causera des ravages et des souffrances inimaginables dans le monde entier », a prévenu António Guterres qui s’exprimait lors d’une réunion sur le financement du développement co-organisée par le Canada et la Jamaïque.

Pour le chef de l’ONU, le coût de l’inaction serait lourd aussi bien pour les pays en développement que pour les bailleurs de fonds : une faim et une famine sans précédent, 60 millions de personnes de plus dans l’extrême pauvreté et jusqu’à 1,6 milliard de personnes - la moitié de la population active mondiale - privés de moyens de subsistance.

La crise du coronavirus pourrait aussi faire chuter la production mondiale de 8,5 billions de dollars – soit le plus fort déclin depuis la Grande Dépression des années 1930. « Nous devons l’éviter », a dit M. Guterres.

Le chef de l’ONU a appelé les Etats à faire face à cette « crise humaine sans précédent » dans l’unité et la solidarité. « Un aspect essentiel de la solidarité est le soutien financier », a-t-il rappelé, se félicitant à cet égard des mesures déjà été prises par le Fonds monétaire international (FMI), le Groupe de la Banque mondiale, les banques régionales de développement et d’autres institutions financières internationales et le G20.

Justin Trudeau : les pays en développement ne pourrons pas vaincre le virus par leurs propres moyens

Malgré les efforts déjà déployés, « nombre de pays en développement n’ont pas les moyens de lutter contre la pandémie et d’investir dans la relance », a toutefois rappelé le Secrétaire général.

Un constat partagé par le Premier Ministre du Canada. Bien que membre du G7 (groupe des sept pays les plus industrialisés), Ottawa mesure le « défi sans précédent et très couteux » que représente la lutte contre le coronavirus, la protection des citoyens et la relance post-crise pour son économie. « Alors on ne peut pas s’attendre à ce que les petits pays qui n’ont ni les mêmes ressources, ni les mêmes infrastructures que les nôtres et qui font face à des circonstances beaucoup plus grave que nous, vaincrons le virus par leurs propres moyens », a dit le Premier ministre canadien.

« Nous devons prendre conscience des difficultés particulières auxquels font face les pays en développement d’Afrique ainsi que les petits Etats insulaires », a insisté M. Trudeau, soulignant qu’une « réponse d’envergure internationale, exhaustive et durable » doit être mise en œuvre.

Une analyse dont s’est fait écho Tijjani Muhammad-Bande. Le Président de l’Assemblée générale des Nations Unies a tenu à rappeler que bien avant la crise de la Covid-19, de nombreux pays n’étaient pas en mesure d’atteindre les Objectifs de développement durable en raison de contraintes financières.

« Nous devons nous concentrer sur les principaux défis liés aux ressources financières publiques, privées et externes qui doivent être mobilisés non seulement pour une reprise rapide, mais aussi pour des progrès à plus long terme dans la réalisation du Programme de développement durable à l'horizon 2030 », a déclaré M. Muhammad-Bande.

Selon le Président de l’Assemblée générale, il est clair que de nombreux pays en développement ne disposent pas actuellement des moyens financiers pour arrêter la propagation de la pandémie de Covid-19 et les conséquences sociales et économiques de la pandémie. « Les pays les plus vulnérables sont encore davantage confrontés au recul des investisseurs étrangers ainsi qu'à la baisse des revenus provenant des envois de fonds, du tourisme et des exportations de produits de base », a-t-il rappelé, ajoutant que les flux financiers illicites aggravent encore plus ces difficultés.

Prendre des mesures collectives dans six domaines d’importance capitale

Lors de cette réunion, le chef de l’ONU a demandé que des « mesures collectives » soient immédiatement prises dans six domaines revêtant une importance capitale :

1/ Renforcer les liquidités mondiales.

2/ Alléger le poids de la dette pour tous les pays en développement et pays à revenu intermédiaire.

3/ Encourager les créanciers du secteur privé à alléger la dette des pays en développement.

4/ Relancer les investissements dans les secteurs favorisant le développement durable.

5/ Lutter contre les flux financiers illicites.

6/ Reconstruire le monde post-coronavirus sur des bases plus durables.

Surmonter la pandémie de Covid-19 et reconstruire sur des bases plus durables sera coûteux, a reconnu le Secrétaire général de l'ONU. Mais ne pas le faire serait plus coûteux encore, a-t-il prévenu.

« Nous vivons une époque aussi difficile que dangereuse, et nous devons relever ce défi avec toute l’urgence, tout le sérieux et toute la responsabilité qui s’imposent », a souligné M. Guterres. « Il s’agit là d’une crise mondiale, et il nous appartient à tous de la régler ».

 

 

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