Le Covid-19 souligne la vulnérabilité du personnel infirmier, colonne vertébrale des services de santé 

7 avril 2020

Les infirmières et infirmiers sont en première ligne dans la lutte contre le Covid-19. Mais « une défaillance alarmante » de l'offre mondiale de vêtements de protection et de nouveaux tests de dépistage du coronavirus - ainsi qu'un surmenage « sans précédent » lié aux pénuries de personnel dans le monde - ont mis en évidence leur vulnérabilité, a déclaré mardi l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

A l'occasion de la Journée mondiale de la santé (7 avril), le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a remercié les professionnels de la santé dans le monde pour leur dévouement et leur courage.

« Aujourd'hui, nous vous sommes plus profondément reconnaissants que jamais, alors que vous travaillez, 24 heures sur 24, en vous mettant en danger, pour lutter contre les ravages de cette pandémie », a déclaré le chef de l'ONU, s'adressant aux « infirmières et infirmiers, sages-femmes, techniciens, paramédicaux, pharmaciens, médecins, chauffeurs, nettoyeurs, administrateurs et bien d'autres - qui travaillent jour et nuit pour assurer notre sécurité ».

Dans le premier rapport du genre sur les soins infirmiers et obstétricaux dans 191 pays, l’OMS et d'autres représentants clés des professionnels du secteur de la santé ont également exprimé leur inquiétude face à la violence ou à l'intimidation à laquelle ces derniers sont confrontés et à la nécessité de mesures de protection spéciales.

« Nous assistons à une défaillance sans précédent du marché mondial de la fourniture d’équipements de protection individuelle », a déclaré Giorgio Cometto, Coordonnateur du programme ressources humaines pour les politiques et normes de santé, au Département des personnels de santé de l’OMS.

Impacts du surmenage sur la santé mentale

« Nous avons constaté des niveaux de surmenage sans précédent chez les infirmières et infirmiers, en particulier celles et ceux spécialisés dans les unités de soins intensifs, les cadres ou les personnes les plus directement impliquées dans la réponse à la pandémie de Covid-19, qui souvent n’ont pas suffisamment de temps pour se reposer et récupérer, sont sans soutien ni assistance, avec peu de considérations pour leur santé mentale et leur bien-être », a expliqué ce responsable de l’agence onusienne.

Les niveaux de transmission du Covid-19 chez les travailleurs de la santé ont également sonné l'alarme, les données indiquant un taux d'infection de 9% en Italie il y a deux semaines et de 14% en Espagne.

Au total, plus de 100 professionnels de la santé sont morts du nouveau coronavirus depuis son apparition en Chine fin décembre, a déclaré Howard Catton, chef du Conseil international des infirmiers et infirmières (CII) et coprésident du rapport.

« Nous pensons que le manque d'équipements de protection individuelle et les problèmes d'approvisionnement sont sans aucun doute liés aux taux d'infection élevés et à certains des décès que nous avons également vus », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse virtuelle, avant d'appeler davantage de pays à fournir des données ventilées sur les professionnels de santé tombés malades.

Les infirmières perçues comme un risque et non comme une solution

Concernant les attaques contre les agents de santé engagés dans la lutte contre la pandémie, les auteurs du rapport ont noté comment les professionnels de la santé étaient perçus comme « un risque potentiel, et non comme une solution » au Covid-19.

« Cela renforce vraiment la nécessité d'avoir une communication adéquate avec le public ainsi que des mesures spécifiques à mettre en place pour protéger les travailleurs, en particulier en réponse à la pandémie actuelle », a déclaré M. Cometto de l'OMS. Il est « totalement inacceptable » de menacer les agents de santé et cela devrait être considéré comme une infraction dans tous les pays du monde, a-t-il insisté.

Co-auteure du rapport, Mary Watkins, de l’Université de Plymouth, au Royaume-Uni, a réitéré l’appel urgent de l'OMS depuis le début de la flambée sur la nécessité de mettre davantage de kits de test du Covid-19 à la disposition des agents de santé et de la population en général. Cette professeure en sciences des soins infirmiers a déclaré que la situation actuelle présentait certaines similitudes avec le manque de tests disponibles dans certains pays lors de l’apparition du VIH/Sida.

Au Zimbabwe par exemple, les infirmières étaient en grève parce qu’elles n’avaient pas accès à l’équipement de protection « et elles ont peur », a déclaré M. Catton du CII.

Aujourd'hui, les tests pour le Covid-19 sont essentiels pour les agents de santé « afin qu'ils soient rassurés et qu'ils puissent retourner au travail », a poursuivi la Mme Watkins, « parce que nous sommes conscients à travers le monde en ce moment que nous avons une proportion de travailleurs de la santé qui ne vont pas travailler parce qu'ils ont peur d'avoir été affectés ou qui n'ont pas contracté une infection ou qu'ils l’ont eue et que c'est fini. Nous devons donc vraiment pousser à investir dans les tests et à développer les bons tests »

Sur une note plus positive, M. Catton s'est félicité de « l'énorme effusion de reconnaissance positive » à l’égard des professionnels de santé - comme lors des manifestations de solidarité nocturne dans de nombreux pays - qui laissait entendre que « nous pourrions assister à des changements d'attitude envers les infirmières et infirmiers ».

Le manque de personnel mondial affecte désormais les Philippines et l'Inde

Le rapport sur l’état des soins infirmiers dans le monde - publié conjointement par l’OMS, l’organisation Nursing Now et le CII - a mis en évidence un manque de personnel infirmier et de sages-femmes à travers le monde.

La main-d'œuvre infirmière mondiale est composée de 27,9 millions de personnes, dont la majeure partie - 19,3 millions - sont des infirmières et infirmiers professionnels.

Outre les risques immédiats pour la santé des travailleurs que la pénurie mondiale de personnel a créé au cour de la pandémie, les infirmières et infirmiers estiment que cette insuffisance compromet également les efforts pour atteindre l'objectif de développement durable de la santé pour tous d'ici 2030 - un engagement pris par la communauté internationale en 2015.

« Nous devons augmenter le nombre d'infirmières d'au moins six millions d'ici 2030 », a déclaré Mme Watkins. « Actuellement, 80% du personnel infirmier dans le monde ne sert que 50% de la population mondiale ».

Le manque d’infirmières et infirmiers pourrait également s'aggraver au cours des prochaines années, comme l'ont indiqué les Philippines et l'Inde - deux grands fournisseurs de personnel infirmier dans le monde - avec des « pénuries émergentes » potentiellement importantes au sein de leurs propres services de santé nationaux, a alerté M. Catton. Et cela, alors que les deux pays forment plus de professionnels de la santé qu'ils n'en ont besoin, nombre d’entre eux partant travailler à l'étranger.

Le manque de travailleurs de la santé en Afrique et dans certaines régions des Amériques est beaucoup plus préoccupant, a averti Mme Watkins, soulignant également une autre conclusion du rapport : l’Asie du Sud-Est et la région de la Méditerranée orientale connaissent aussi de grandes lacunes en matière de personnel médical.

 

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