Syrie : les besoins de la population augmentent sur fond de catastrophe humanitaire dans le nord-ouest (ONU)

Le 12 février 2020, des familles s'abritent dans un établissement informel récemment créé qui continue de recevoir des familles nouvellement déplacées du sud d'Idlib et des gouvernorats ruraux d'Alep dans le nord-ouest de la Syrie.
© UNICEF/Baker Kasem
Le 12 février 2020, des familles s'abritent dans un établissement informel récemment créé qui continue de recevoir des familles nouvellement déplacées du sud d'Idlib et des gouvernorats ruraux d'Alep dans le nord-ouest de la Syrie.

Syrie : les besoins de la population augmentent sur fond de catastrophe humanitaire dans le nord-ouest (ONU)

Paix et sécurité

La cheffe adjointe de l’humanitaire des Nations Unies a prévenu jeudi le Conseil de sécurité que les besoins de la population en Syrie restaient immenses et continuaient d’augmenter sur fond de catastrophe humanitaire dans le nord-ouest du pays.

« Le nombre de personnes en situation d'insécurité alimentaire a augmenté en 2019 de 1,3 million, atteignant 7,9 millions de personnes en 2020 », a expliqué Ursula Mueller, Sous-Secrétaire générale des Nations Unies aux affaires humanitaires, devant les membres du Conseil. « Le terrible bilan humain de la situation dans le nord-ouest de la Syrie exige l’attention et l’action de ce Conseil ».

« Je fais écho à l’appel renouvelé du Secrétaire général en faveur d’un cessez-le-feu immédiat pour mettre fin à la catastrophe humanitaire et éviter une escalade incontrôlable », a-t-elle ajouté.

Selon les dernières données dont dispose l’ONU, près de 950.000 personnes ont fui les combats dans le nord-ouest depuis le 1er décembre. La plupart se sont installées dans le nord-ouest du gouvernorat d'Idlib, une petite zone le long de la frontière syrienne avec la Turquie qui abrite déjà des centaines de milliers de personnes déplacées.

Une opération humanitaire massive est en cours dans le nord-ouest de la Syrie. En janvier, une aide alimentaire a été fournie à quelque 1,4 million de personnes via le mécanisme transfrontalier, de même que des fournitures médicales pour près d'un demi-million de personnes et des articles non alimentaires pour plus de 230.000 personnes.

« Le mécanisme transfrontalier est absolument essentiel à notre réponse dans le nord-ouest », a dit Mme Mueller.

Ursula Mueller, Sous-Secrétaire générale des Nations Unies aux affaires humanitaires, devant le Conseil de sécurité.
Photo : ONU/Loey Felipe
Ursula Mueller, Sous-Secrétaire générale des Nations Unies aux affaires humanitaires, devant le Conseil de sécurité.

Reprise des hostilités à Tal Tamer

S’agissant de la situation dans le nord-est de la Syrie, elle a rappelé au Conseil de sécurité que les civils restaient extrêmement vulnérables. Au cours des dernières semaines, la reprise des hostilités dans et autour du district de Tal Tamer a déplacé 1.600 civils supplémentaires à Qamishli, tandis que 800 autres personnes sont arrivés à Ar-Raqqa. Cela s'ajoute aux centaines de milliers de personnes déjà déplacées dans le nord-est de la Syrie.

Dans le nord-est, environ 1,9 million de personnes ont besoin d'une assistance humanitaire. La majorité - 1,34 million de personnes - se trouvent dans des zones hors du contrôle du gouvernement syrien.

Jusqu'au 10 janvier, les Nations Unies ont fourni une assistance transfrontalière au nord-est via le point de passage d'Al Yarubiyah, en Iraq. Mais le Conseil de sécurité a supprimé Al Yarubiyah comme point de passage autorisé dans une résolution adoptée en janvier et a demandé au Secrétaire général de faire rapport sur la possibilité d'utiliser des modalités alternatives.

Le rapport du Secrétaire général conclut que « pour que tous les besoins humanitaires soient satisfaits, le gouvernement syrien devrait faciliter un accès plus large au nord-est de la Syrie, en particulier pour l’assistance médicale. Le gouvernement syrien devrait également consentir à la livraison transfrontalière de l'aide humanitaire au nord-est de la Syrie, via des postes frontaliers sûrs et viables sur le plan logistique, en utilisant les itinéraires les plus directs », a indiqué Mueller.

Selon elle, si aucune alternative viable à Al Yarubiyah n'est trouvée pour les articles médicaux, l'écart entre la réponse humanitaire et les besoins humanitaires va encore augmenter.

« Si les médicaments s'épuisent et que les installations médicales ne sont pas en mesure d'effectuer des procédures vitales, des décès surviendront. Les premières pénuries sont déjà prévues pour le mois de mars pour les installations médicales fournissant des soins de santé reproductive, qui étaient auparavant soutenues par des opérations transfrontalières. Une pénurie plus importante en termes d’articles médicaux pourrait se produire d'ici mai », a souligné la cheffe adjointe de l’humanitaire.

Henrietta Fore, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), devant le Conseil de sécurité.
Photo : ONU/Evan Schneider
Henrietta Fore, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), devant le Conseil de sécurité.

Des enfants morts de froid

« La situation s’aggrave de jour en jour », a renchéri la Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), Henrietta Fore, devant le Conseil de sécurité. « Nous avons entendu et lu des rapports faisant état d'enfants morts de froid ».

« Nous ne pouvons pas nous permettre d’entamer une nouvelle année avec le même carnage, le même mépris du droit international humanitaire, la même inhumanité avec laquelle nous commençons 2020 », a-t-elle ajouté. 

Dans un communiqué de presse publié jeudi, la Conseillère principale humanitaire auprès de l’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Najat Rochdi, a également dénoncé « l’escalade militaire » dans le nord-ouest de la Syrie, aux « conséquences humanitaires catastrophiques ».

Lors d’une réunion du Groupe de travail humanitaire jeudi à Genève, Mme Rochdi s’est déclarée très inquiète « du nombre croissant de morts parmi les civils et du nombre sans précédent de personnes déplacées ». 

Dans un communiqué de presse publié jeudi, l’UNICEF s’est dit choqué par le fait qu’au moins neuf enfants et trois enseignants ont été tués et au moins 40 femmes et enfants ont été blessés dans des attaques contre dix écoles et jardins d’enfants mercredi à Idlib. Selon l’agence onusienne, au moins quatre de ces écoles étaient soutenues par les partenaires de l’UNICEF.

L’UNICEF « condamne fermement le meurtre et la mutilation d’enfants. Les écoles et autres institutions éducatives sont un sanctuaire pour les enfants ». « Les attaquer est une grave violation des droits de l’enfant », fait valoir l’agence onusienne qui appelle toutes les parties du conflit à « protéger les enfants » et à « cesser les attaques contre les installations civiles qui les accueillent, y compris les écoles ».