Aide aux réfugiés : le chef de l'ONU appelle à un partage plus équitable de la solidarité

17 décembre 2019

Au 2ème jour du Forum mondial sur les réfugiés à Genève, le Secrétaire général de l’ONU a lancé un plaidoyer en faveur des réfugiés, « l’une des grandes causes de notre temps et de toujours ».

Dans la Salle des Assemblées du Palais des Nations, António Guterres a invité la communauté internationale à « soulager la détresse de celles et ceux que la guerre, les conflits ou les persécutions ont chassé de chez eux ».

Le chef de l'ONU a surtout insisté sur la réaffirmation des droits humains des réfugiés « à l’heure où le droit d’asile est attaqué, où tant de portes sont fermées aux réfugiés et où tant d’enfants réfugiés sont détenus et séparés de leur famille ».

Pourtant « partout et de tous temps, il y a toujours eu des gens prêts à offrir un refuge à leur prochain, rien que par sens du devoir et par humanité », a-t-il déclaré. « La solidarité est profondément ancrée » dans le caractère humain.

 Le Pacte mondial sur les réfugiés représente notre feuille de route - António Guterres

Et dans ce devoir de solidarité envers ces personnes vulnérables, « le Pacte mondial sur les réfugiés représente notre feuille de route », a dit M. Guterres, plaçant ainsi le rendez-vous au bord du Lac Léman comme une occasion d’insuffler énergie et dynamisme à la mise en œuvre de ce Pacte.

Selon le chef de l’ONU, « l’heure est à l’ambition ». Il a exhorté les délégués présents à être « audacieux et concrets » dans leurs annonces.

Il a appelé à « renoncer à un modèle de soutien » qui revient trop souvent à mettre la vie des réfugiés entre parenthèses pendant des décennies ». Confinés dans des camps, ces derniers vivent au jour le jour, sans pouvoir s’épanouir ni apporter leur contribution à la société.

Il s’agit donc de se mobiliser pour faire réellement avancer l’accès à l’éducation, aux moyens de subsistance et à l’énergie, pour renforcer la résilience des réfugiés et de leurs communautés d’accueil, pour préserver l’espace humanitaire et l’accès à celles et ceux qui sont dans le besoin et pour renforcer les services, en particulier ceux qui sont destinés aux victimes de violences sexuelles ou fondées sur le genre.

OCHA/Giles Clarke
Un travailleur humanitaire de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) s'occupe d'un bébé dans un centre de santé soutenu par l'ONU dans la région nord du Burkina Faso.

« Nous sommes aux côtés des réfugiés » - Antonio Guterres 

Mais pour arriver à mieux intégrer les réfugiés, le chef de l’ONU précise qu’il faudra « tisser diverses coalitions » qui vont des États, aux réfugiés et apatrides,  en passant par des organisations internationales et régionales, des chefs d’entreprise, des institutions financières et des représentantes et représentants de la société civile, d'organisations religieuses, des arts et du monde du sport. L’objectif est de permettre à ces personnes d’accéder aux services publics dans les pays d’origine, les pays de transit et les pays qui les accueillent.

« Nous sommes aux côtés des réfugiés », a répété le Secrétaire général de l’ONU, qui invite tout le monde à tout faire pour qu’aujourd’hui, « cet esprit humanitaire ne succombe pas sous les coups de ses ennemis acharnés ».

Nous ne pouvons nous permettre d’abandonner les réfugiés au désespoir ni laisser leurs hôtes en porter la responsabilité seuls -  António Guterres

« Nous ne pouvons nous permettre d’abandonner les réfugiés au désespoir ni laisser leurs hôtes en porter la responsabilité seuls », a insisté M. Guterres, non sans rappeler « la dette de reconnaissance du monde » envers tous les pays et toutes les communautés qui ont su faire une place en leur sein à un grand nombre de réfugiés.

« Mais il ne suffit pas d’être reconnaissant », a-t-il prévenu. Car en « ces temps troubles », la communauté internationale doit en faire beaucoup plus pour assumer collectivement cette responsabilité.

« Le contexte mondial peut sembler menaçant », a-t-il dit. Partout, la discorde et les rivalités contribuent à l’imprévisibilité et l’insécurité. La crise climatique accentue les fragilités. « Nombreux sont celles et ceux qui, dans nos sociétés, se sentent aliénés et laissés de côté », a regretté le chef de l’ONU.

Les pays riches invités à assumer leur part

Le Forum est organisé un an exactement après l’adoption à New York d’un Pacte mondial sur les réfugiés, censé apporter une réponse collective aux mouvements massifs de déplacés. Le Secrétaire général de l’ONU a donc appelé la communauté internationale à en faire beaucoup plus pour assumer collectivement la charge des déplacés, plus nombreux que jamais.

« Il est temps de répondre plus équitablement aux crises des réfugiés en partageant les responsabilités », a relevé M. Guterres qui a rappelé que l’humanité rassemblée a su relever bien des défis de ce type au cours du XXème siècle. « Il n’y a donc pas de raisons que nous ne puissions en faire autant au XXIème. Nous ne sommes pas complètement démunis », a-t-il déclaré.

Antonio Guterres a expliqué devant les nombreux chefs d’Etat, ministres et entreprises réunis à Genève que « les pays en développement accueillent admirablement la grande majorité des réfugiés et doivent être davantage soutenus ».  

« Plus que jamais, nous avons donc besoin de coopération internationale et de réponses concrètes et efficaces.  Il nous faut mieux aider celles et ceux qui sont contraints à la fuite et mieux soutenir les communautés et les pays qui les accueillent », a-t-il dit. 

Avec un record de plus de 70 millions de déplacés en 2018, dont 25 millions de réfugiés, « les perspectives sont sombres », a toutefois constaté Filippo Grandi, Haut-Commissaire des Nations Unies aux réfugiés, qui a également appelé la communauté internationale à « ne pas fermer les yeux devant la réalité » de la crise des réfugiés.

Nous voyons des réfugiés qui ont fui pour sauver leur vie être diabolisés et transformés en figures de la peur - Filippo Grandi, chef du HCR

« L’environnement de protection actuel est complexe et troublant. Nous voyons des réfugiés qui ont fui pour sauver leur vie être diabolisés et transformés en figures de la peur », a-t-il dit, dénonçant ceux qui tirent un profit politique « en alimentant l’anxiété du public et en l’orientant vers certaines des personnes les plus marginalisées et les plus vulnérables du monde ». « Ce n’est pas seulement immoral, mais cela réduit l’espace pour des solutions pratiques », a déclaré M. Grandi.

Toutefois, selon le chef du HCR, « le contrepoids  » à cet environnement hostile reste ce Pacte mondial « fondé sur des principes et des valeurs, « un modèle d’action internationale fondé non pas sur la culture de la peur, mais sur l’offre de solutions fondées sur des principes, mais réalisables ». Dans ces conditions, les hauts responsables onusiens demandent à la communauté internationale de tracer un chemin « fait d’audace et de pragmatisme » pour amener protection et dignité à des millions de personnes. 

Car malgré l’extraordinaire travail du HCR et du personnel humanitaires, il reste beaucoup à faire : « les réfugiés restent nombreux, la haine n’a pas reculé et les normes et règles admises de longue date demeurent menacées ». Or le sort du monde a partie liée avec celui des réfugiés.  Surtout quand « des vies entières peuvent basculer sous l’effet d’un conflit ou d’une catastrophe ». A cet égard, le chef de l’ONU a rappelé aussi ce « trait fondamental de l’humanité : la volonté de bienveillance ».

 

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