Au Burkina Faso, l’artiste Smarty s’engage avec l’UNICEF contre le mariage des enfants

7 juillet 2019

Légende du hip-hop burkinabè, Smarty s’est engagé avec le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), comme porte-voix de Ne m’appelez pas Madame, une campagne contre le mariage des enfants dans son pays.

Le chanteur a signé une chanson puissante – Ombre de la nuit - inspirée de la vie d’une jeune fille de 16 ans, mariée de force, qui l’a contacté via les réseaux sociaux. Le vidéo clip de la chanson, montre une réalité crue et raconte l’histoire d’une jeune fille mariée avant de le vouloir. On y voit une jeune fille dans des habits trop grands pour elle, parée de bijoux, en robe de mariée, entourée d’une foule agitée et heureuse de l’union à venir.

En réalisant cette chanson, le rappeur âgé de 40 ans s’est fixé un objectif : sensibiliser, mais ne pas choquer. « Autour de nous, on a tous des proches qui ont vécu ça, des mères d’amis qui n’ont pas choisi leur époux. Plusieurs générations sont nées de ce genre de mariage, au sein desquels les femmes ont appris à trouver une forme d’équilibre. C’est donc sensible et il faut l’aborder avec beaucoup de respect et de tact », a souligné Smarty dans un communiqué de presse rendu public vendredi par l’UNICEF.

Au Burkina Faso, une fille sur deux (52%) est mariée avant l'âge de 18 ans et une sur 10 (10%) avant l'âge de 15 ans. Le pays d’Afrique de l’Ouest affiche le cinquième taux de prévalence du mariage d'enfants le plus élevé au monde bien que le mariage y soit pourtant interdit avant 17 ans.

Avec l’appui de la Première Dame du pays, Sika Kaboré, l’UNICEF est engagé dans un plaidoyer pour que l’âge légal du mariage au Burkina Faso soit relevé à 18 ans.

« L’engagement contre le mariage des enfants doit être total car cette pratique détruit non seulement les filles et les garçons qui la subissent mais elle déchire le tissu social, le bien-être et la prospérité de la société toute entière », a expliqué le Dr Anne Vincent, Représentante de l’UNICEF au Burkina Faso. « Nous avons besoin de toutes les forces pour lutter contre ce fléau. L’art, en particulier la musique est une arme puissante qui peut toucher les esprits et les cœurs », a-t-elle souligné lors du lancement de la chanson de Smarty et de son vidéo clip.

Lorsque les filles sont mariées durant leur enfance, leurs perspectives de mener une vie épanouissante diminuent considérablement, enclenchant un cycle de pauvreté qui se perpétue de génération en génération. Les filles épouses sont plus susceptibles d'être déscolarisées et victimes de violences domestiques, d’être contaminées par le VIH/SIDA et de mourir de complications durant la grossesse et l'accouchement. Les enfants de mères adolescentes ont un plus grand risque d’être mort-nés, de décéder juste après la naissance ou d’avoir un poids insuffisant à la naissance.

« Quand on s’attaque à ce phénomène, pour toucher les anciens, il faut parler leur langage, un peu enrobé, utiliser des proverbes. J’ai fait cette chanson pour qu’ils puissent se dire ‘cette petite fille, elle pourrait être ma fille’ », a expliqué l’artiste burkinabè.

Au Burkina Faso, l’UNICEF œuvre avec le gouvernement et la société civile pour éradiquer le fléau du mariage des enfants. Le lancement de la nouvelle chanson a coïncidé avec le coup d’envoi d’une caravane nationale itinérante pour sensibiliser la population au problème du mariage des enfants. Elle s’arrêtera dans cinq villes du pays où Smarty et des artistes locaux donneront de la voix pour soutenir cette cause.

Dans le monde, toutes les deux secondes, une jeune fille est mariée, avant même d’avoir atteint la maturité physique ou émotionnelle requise pour devenir épouse ou mère. « Si nous n’agissons pas, le nombre de filles-épouses doublera d’ici 2050 et l’Afrique deviendra la région avec le plus grand nombre de filles-épouses au monde », a alerté l’agence onusienne.

 

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