Afghanistan : l’ONU plaide pour davantage d’aide aux victimes des mines

6 février 2019

« Placer les victimes et les survivants au centre des stratégies d’assistance », tel est l’objectif affiché par le Service de lutte anti-mines de l’ONU à l’occasion d’une conférence à Genève des Directeurs de programmes nationaux de lutte antimines.

Depuis hier mardi et ce jusqu’au vendredi 8 février, l’ONU et ses partenaires entendent insister sur l’urgence d’assurer la dignité des survivants. Les victimes de mines veulent davantage d’assistance pour retrouver une existence à long terme.

L’objectif est de mettre en avant ces projets visant à rétablir des conditions de vie décentes et à améliorer l’accès aux zones touchées par les mines et les engins non explosés. « Un des volets importants dans notre travail, c’est l’assistance aux victimes. Nous nous concentrons sur le déminage », a d’ailleurs déclaré le Directeur du Programme de l’ONU de lutte antimines en Afghanistan. 

Dans un entretien accordé à ONU Info, Patrick Fruchet soutient que depuis le développement du Traité d’Ottawa, les organismes humanitaires engagés dans ce combat « ont toujours compris que le survivants, les victimes ont le droit d’avoir une aide ». Donc, à Genève, l’idée est de se repencher sur la question pour savoir ce qu’il est possible de faire « pour améliorer la qualité de vie des survivants des mines ». 

D’autant que le responsable onusien admet que dans son pays d’action par exemple, « il y a déjà un niveau de pauvreté ». « En Afghanistan, il y a des manques et des lacunes un peu partout, notamment au niveau de l’éducation, des services de santé », fait-il valoir. Donc l’objectif des Nations Unies est de s’assurer dans un premier temps « que les victimes de guerre, les victimes d’accident de route, les victimes d’autres traumatismes ont accès à des services de santé ».

Il s’agit de se pencher sur la question socio-économique, « notamment pour voir comment les gens vont gagner leur vie, aborder la question de la pension alimentaire, voir comment vont-ils vivre en dignité après avoir survécu suite à un incident impliquant des mines ».

Les obus et les engins improvisés font 100 victimes par mois

L’ONU veut démarrer dès 2019 le déminage des engins improvisés (IED) en Afghanistan. Dans ce pays, 2 à 3% du 1,5 milliard de dollars dépensé en 29 ans par le Service de la lutte antimines de l’ONU (UNMAS) ont été consacrés à l’assistance aux deux tiers des 30.000 victimes qui ne sont pas décédées. Le reste couvre la prévention et le déminage.

Les sols d’Afghanistan sont constellés d’engins qui n’ont pas explosé au cours des près de quatre décennies de guerre ayant ravagé le pays. Et l’aide aux victimes demeure un vaste chantier. En 2018, dernière année pour laquelle l’ONU dispose de chiffres détaillés, ce sont près de 1.415 civils afghans qui auraient été tués ou blessés par des mines et des restes explosifs de guerre, ces derniers étant principalement constitués de munitions qui n’ont pas réussi à détonner lorsqu’elles ont été tirées. Ce taux de victimes est plus de cinq fois supérieur au niveau enregistré en 2012. Selon l’ONU, les enfants représentent environ 82% des victimes de restes explosifs de guerre et un tiers de l’ensemble des victimes.

Si la menace est réelle dans tout le pays, les mines font plutôt des victimes dans les régions situées au sud et à l’ouest de l’Afghanistan. « Il y a des obus et de nouvelles armes improvisées qui font des victimes aujourd’hui. Nous estimons que ces armes font plus de 100 victimes par mois », a ajouté M. Fruchet.  Une situation d’autant plus préoccupante que Kaboul doit faire face à l’apparition de nouvelles mines depuis 2010.

« Les Talibans ont planté des mines en Afghanistan depuis 2010 et ces mines font des victimes », a précisé le Directeur du Programme de l’ONU de lutte antimines en Afghanistan.

Dans ce contexte, le responsable onusien admet que c’est « compliqué » de procéder à un travail de déminage dans un contexte de conflit. « On essaie de continuer à travailler, apporter une protection à la population civile dans un contexte où il faut se dissocier du conflit », fait-il valoir.

Plus de 730.000 mines antipersonnel neutralisées 

Dans ces conditions, l’ONU tente, dans les zones sous contrôle gouvernemental, d’apporter directement une aide financière au gouvernement afin que les autorités afghanes puissent livrer des services à la population afghane. « Dans les territoires où le gouvernement n’est pas présent, c’est plutôt aux humanitaires, notamment aux ONG de fournir une aide aux populations civiles », a-t-il ajouté.

« Bien entendu, on aimerait qu’il y ait la paix en Afghanistan pour que le gouvernement puisse livrer des services dans toutes les provinces du pays », a souligné M. Fruchet, comme pour dire qu’il y a des zones où les humanitaires n’ont pas « la permission de travailler car les groupes armés ne nous ont pas donné les garanties pour travailler en tant qu’humanitaires ».

L’Afghanistan est l’un des pays les plus touchés par les mines dans le monde. Jusqu’à présent, l’ONU et ses partenaires ont tout de même retiré plus de 730.000 mines antipersonnel et 18 millions de fragments. « Il y a beaucoup de mines à détruire, mais le travail se fait au fur et à mesure. On a pratiquement détruit entre 80 à 95 % des champs de mines qui se trouvent en Afghanistan », a fait remarquer M. Fruchet. Selon l’ONU, c’est un travail qui prend du temps et qui coûte de l’argent. « Il y a encore beaucoup de travail à faire », insiste l’ONU. 

Plus largement, ce sont plus de 31.000 zones dangereuses qui ont été déminées ou nettoyées d’une autre manière depuis 1989. Cela représente 2.930 communautés et plus de 2.820 kilomètres carrés de terres libérées. Mais il reste encore plus de 1.500 communautés touchées par les mines et les restes explosifs de guerre en Afghanistan.

Désormais, le Programme collabore avec les autorités de Kaboul pour établir un système national d’identification, une numérisation de données sur les personnes handicapées et leur ajout au plan d’indemnités du gouvernement.

Le Programme de lutte antimines de l’ONU en Afghanistan travaille depuis 29 ans dans ce pays. Depuis 1989, plus de 26 millions de personnes ont été formées aux risques d’explosifs. 

 

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