Holocauste : « J’ai survécu à tout cela avec de la chance »

3 février 2019

Benjamin Orenstein est l’un des derniers rescapés d’Auschwitz aujourd’hui en vie. A 92 ans, il est venu à l’ONU à Genève pour partager son témoignage à l’occasion de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste.

« Je suis entré à Auschwitz en tant que Benjamin Orenstein. J’en suis sorti en tant que ‘matricule B4416’ ». Des mots qui ont retenti dans les oreilles des écoliers réunis le 28 janvier à l’Office des Nations Unies à Genève pour écouter le témoignage en français de ce survivant de la Shoah.

« J’ai souffert de faim comme vous ne pouvez pas l’imaginez. Quand on dit en français : ‘Je meurs de faim’, c’est juste des mots. Mais il y a des centaines de milliers de gens qui sont morts de faim », a-t-il rappelé. 
Érigé en système de persécution et de meurtre organisé par les Nazis, l’Holocauste a tué six millions de juifs.

« La chance. Uniquement la chance ». C’est à elle que Benjamin Orenstein doit sa vie. « J’ai survécu à tout cela grâce à la chance ». En 2019, il est l’un des derniers rescapés d’Auschwitz encore en vie à pouvoir témoigner de son vécu de l’Holocauste.

Le 27 janvier 1945, les Soviétiques ont libéré le camp d’extermination des juifs et autres minorités et prisonniers politiques mis en place par les Nazis dans le sud de la Pologne. 60 ans plus tard, cette date a été retenue par l’Assemblée générale des Nations Unies pour commémorer la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste.

Benjamin Orenstein avait 18 ans lorsque Auschwitz fut libéré. Ce Polonais fut interné dans son premier camp à l’été 1941 alors qu’il n’avait même pas 15 ans. Il passera son adolescence dans sept camps jusqu’à Auschwitz, non pas sans avoir survécu au début de l’année 1945 à la « marche de la mort » imposée par les Nazis aux détenus alors que les forces alliées progressaient en Europe. « On a mangé de la neige ramassée sur le ballaste pendant la marche de la mort », a-t-il dit.

Mineur durant sa déportation, Benjamin Orenstein constate que les enfants sont toujours aujourd’hui les premières victimes de la haine, des conflits et des massacres. « On m’a volé mon adolescence, qui m’a toujours manqué et qui me manquera jusqu’au dernier souffle », a dit l’homme aujourd’hui âgé de 92 ans et qui a choisi après la Seconde guerre mondiale de vivre en France.

Vivre après la Shoah ? « Il y avait deux solutions : accepter l’humanité telle qu’elle est ou me suicider. Comme je ne voulais pas me suicider, j’ai décidé de faire avec ».

Aujourd’hui, Benjamin Orenstein parcourt les écoles en France et en Europe pour témoigner de son expérience de l’Holocauste. Il effectue chaque année entre 45 et 50 interventions devant des élèves et leurs enseignants. Au cours de ses témoignages, il se rend compte qu’encore peu de jeunes savent ce que fut la Shoah.

Avant une intervention devant des groupes scolaires au Centre d’histoire de la déportation et de la résistance à Lyon, il a demandé aux professeurs accompagnateurs ce qu’ils connaissaient de la Shoah. « Ils ne savaient même pas ce que le mot voulait dire … ».

Alors que les théories négationnistes se répandent sur les réseaux sociaux et que la parole antisémite se libère sur la place publique et politique, Benjamin Orenstein continue de les combattre avec sa seule arme : la force de son témoignage. « A force d’enfoncer le clou, il rentre », dit-il.

« J’ai constaté depuis trois décennies que l’antisémitisme monte en flèche », a-t-il dit. « On m’aurait dit il y a deux décennies qu’on tue encore des femmes et des enfants parce qu’ils sont juifs, j’aurais dit : ‘Non. Ce n’est plus possible. Mais non, on a tué », faisant référence aux attaques antisémites meurtrières de Toulouse en 2012 et de l’Hyper Casher à Paris en 2015.

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Pendant 48 ans, Benjamin Orenstein s’est tu. « La question n’était pas si brulante », a-t-il expliqué. Mais le négationnisme répandu par des révisionnistes tels que Robert Faurisson et qui a pris de l’ampleur autour du procès de l’officier SS nazi Klaus Barbie en 1987 l’a poussé à agir. « J’ai décidé qu’il était temps d’entrer dans le combat contre les gens qui racontent n’importe quoi ».

Le populisme en poupe et les relents d’antisémitisme dans de nombreux pays rappelle à Benjamin Orenstein la période qu’il a vécu avant la Seconde guerre mondiale où les juifs furent désignés comme bouc-émissaires des maux traversant les sociétés européennes.

« ‘S’il y a du chômage, c’est la faute aux juifs. Si les gens ne peuvent pas acheter les produits dont ils ont besoin, c’est la faute des juifs. Tout est la faute des juifs’. Cela commence comme ça », a-t-il rappelé. « Cela me rappelle mon enfance des années 1930 en Pologne. Les gens disaient : ‘N’achète pas chez les juifs, Les juifs boivent ton sang. Les juifs sont des parasites’. Trois-quarts de siècle plus tard, « elle prend toujours cette mayonnaise », a-t-il déploré.

74 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, Benjamin Orenstein continue de sillonner les écoles pour que la Shoah ne tombe pas dans l’oubli et faire en sorte que l’humanité soit meilleure. « Il faut avoir de la volonté et prendre la décision de le faire ».

 

 

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