Le chef de l'ONU appelle toutes les sociétés à lutter contre la montée préoccupante de l’anti-sémistisme

26 janvier 2019

L'ONU restera toujours à l'avant-garde de la lutte contre toutes les formes de haine et redoublera d'efforts pour défendre la dignité humaine pour tous, s’est engagé le Secrétaire général des Nations Unies António Guterres, samedi, lors de la cérémonie de commémoration de l’Holocauste, organisée chaque année dans la Synagogue historique de Park East à Manhattan.

« Notre défi urgent aujourd’hui est de prendre en compte les leçons d’une période où la dignité humaine a été mise de côté pour une idéologie raciale », a déclaré M. Guterres avertissant que l'antisémitisme, le plus ancien préjugé du monde, continuait de tourmenter les nouvelles générations.

Le vieil antisémitisme est de retour et s’aggrave

Il a rappelé qu'il s'était adressé à l’événement, la dernière fois, seulement quatre jours après qu'un homme portant des armes de guerre ait pris d'assaut une synagogue lors du Shabbat à Pittsburgh en s’écriant: «Tous les Juifs doivent mourir».

« Lorsque les balles se sont arrêtées, 11 personnes étaient mortes. Des frères, des maris et des femmes. Une femme de 97 ans. Tous abattus alors qu’ils priaient et apparemment ciblés, au moins en partie, pour effectuer une mitsva - vivre leur foi et accueillir de nouveaux immigrants dans la région de Pittsburgh ».

« C’était un assaut barbare - le pire attentat antisémite de l’histoire des États-Unis. Dans notre chagrin, nous nous sommes unis dans cette chaire. Nous étions unis par nos sentiments d'horreur et de solidarité », a déclaré le chef de l’ONU, ajoutant que de nombreuses confessions avaient été représentées, juifs, chrétiens, musulmans et autres, y compris les plus hautes autorités de la fondation Appeal of Conscience, toutes déclarant leur totale opposition à la haine de toute sorte.

« Je crains toutefois que depuis, dans les mois qui ont suivi Pittsburgh, nous ayons eu d'autres motifs d'inquiétude profonde », a déploré M. Guterres.

Il a souligné que le mois dernier, les pierres tombales d'un cimetière juif de Strasbourg avaient été souillées de croix gammées, alors que ce mois-ci, des pierres ont été lancées à travers les fenêtres de la synagogue centrale de Sofia, et que depuis quelque temps, les attaques antisémites aux États-Unis et en Europe sont en augmentation.
 

Le chef de l’ONU a cité les sondages qui indiquent que les incidents antisémites aux États-Unis auraient augmenté de 57% en 2017, et que  28% des Juifs en Europe avaient subi une forme de harcèlement, soulignant forte persistance des motifs antisémites classiques.

« Le vieil antisémitisme est de retour et s’aggrave », a déclaré le chef de l’ONU, avertissant que les symboles et les slogans nazis restaient répandus, alors que les organisations anti-haine suivaient des centaines de groupes néo-nazis, pro-nazis et revendiquant lsuprématie blancs.

« Et comme nous le savons trop bien, la haine des Juifs est proche de celle des autres », a-t-il déclaré, notant que le monde assistait à une augmentation inquiétante d'autres formes de fanatisme.

Il a ainsi évoqué les attaques contre les musulmans à la hausse, l’intolérance qui se répand à une vitesse fulgurante sur Internet et les médias sociaux, et les groupes de haine qui utilisent les médias sociaux pour se connecter avec des bigots qui détiennent des opinions similaires à travers la planète.

« La haine reprend une place centrale - alors que les grands partis politiques intégrent les idées des marginaux et que les partis jadis légitimement considérés comme des parias gagnent en influence », a-t-il déclaré, ajoutant « Nous ne devrions pas exagérer les comparaisons avec les années 1930, mais nous ne devons pas non plus ignorer les similitudes ».
 

Le camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau, en Pologne. Auschwitz est devenu un symbole de la terreur, du génocide et de l'Holocauste.
Photo : ONU/Evan Schneider
Le camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau, en Pologne. Auschwitz est devenu un symbole de la terreur, du génocide et de l'Holocauste.

« C’est la toile de fond douloureuse de la célébration de l’anniversaire de la libération du camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau. Nous sommes ensemble pour honorer la mémoire des six millions de Juifs et des millions d'autres qui ont été systématiquement assassinés », a affirmé le chef de l’ONU.

Alors que le nombre de survivants diminue, il nous incombe de transmettre leur témoignage aux générations futures.

« Alors que le nombre de survivants diminue, il nous incombe de transmettre leur témoignage aux générations futures », a-t-il déclaré. 

Il a déclaré que l'ONU est fermement résolue à être à l'avant-garde de ce travail et à enseigner à « nos enfants à aimer avant que les autres ne leur apprennent à haine », soulignant que le Programme de sensibilisation à l’Holocauste de l’ONU avait des activités dans des dizaines de pays. 

António Guterres a également récemment demandé à son Conseiller spécial pour la prévention du génocide, Adam Dieng, de mettre au point un plan d’action mondial pour renforcer les efforts de l’organe mondial de lutte contre le discours de haine.

« Nous nous efforçons également, à un niveau plus profond, de nous attaquer aux racines des peurs et de la colère qui rendent les gens vulnérables au populisme et aux appels conflictuels de personnalités politiques opportunistes. Cela signifie travailler pour une mondialisation juste et construire des sociétés démocratiques ».

Les gouvernements et les organisations internationales doivent montrer qu'ils se soucient de la population et sont attentifs à leurs besoins et à leurs aspirations.

« Cela signifie également que les gouvernements et les organisations internationales doivent montrer qu'ils se soucient de la population et sont attentifs à leurs besoins et à leurs aspirations. J'inclus les Nations Unies dans cela. Et c'est un travail pour toutes les sociétés, partout dans le monde », a déclaré M. Guterres.

Pour sa part, le grand rabbin de la synagogue Park East, Arthur Schneier, a déclaré que « L'antisémitisme ne vise pas uniquement les Juifs. C'est un indicateur de la façon dont les sociétés traitent les autres minorités ».

« Si vous voulez juger une société, regardez comment la majorité traite la minorité », a-t-il ajouté, soulignant que « nous devons nous assurer que nous sommes du côté du bien et de la coexistence pacifique ».

 

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