Au Nicaragua, la répression se poursuit et le monde détourne le regard (ONU)

29 août 2018

La liberté d’expression est dangereusement menacée au Nicaragua et requiert une action urgente de la communauté internationale, a prévenu le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) dans un rapport rendu public mercredi.

De nombreuses personnes ayant participé aux manifestations au Nicaragua qui ont commencé le 18 avril, défendu les droits de ces manifestants ou exprimé des opinions dissidentes, ont été forcées de se cacher, de quitter le pays ou tentent de le faire, a indiqué le HCDH, tirant la sonnette d’alarme sur le niveau de persécution dans ce pays d’Amérique centrale plongé depuis plus de quatre mois dans une crise politique.

« La répression et les représailles contre les manifestants se poursuivent au Nicaragua alors que le monde regarde ailleurs », a dénoncé Zeid Ra’ad Al Hussein, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme dans un communiqué. « La violence et l’impunité de ces quatre derniers mois ont révélé la fragilité des institutions du pays et de l’Etat de droit et créé un climat de peur et de méfiance », a-t-il ajouté.

Le Haut-Commissaire a exhorté le Conseil des droits de l'homme et l'ensemble de la communauté internationale à prendre des mesures concrètes pour empêcher que la crise actuelle au Nicaragua ne s’enlise dans des troubles sociaux et politiques plus profonds. « Une telle action devrait viser à assurer la pleine reddition des comptes pour les violations et des abus des droits de l’homme, permettre aux victimes d’avoir un accès concret à la justice et à des recours appropriés, y compris des réparations et le droit de connaître la vérité », a dit M. Zeid, qui termine son mandat de Haut-Commissaire à la fin du mois.

Parmi les violations et les abus des droits de l’homme cités dans le rapport figurent l’usage disproportionné de la force par la police, certaines ayant parfois entraîné des exécutions extrajudiciaires ; des disparitions forcées ; des détentions arbitraires généralisées ; des actes de torture et des mauvais traitements ; et des violations du droit à la liberté d'opinion, d'expression et de réunion pacifique.

Photo HCR/Roberto Carlos Sanchez
Un étudiant en médecine âgé de 21 ans, Lobo, montre les marques de la violence qu'il dit avoir subi au Nicaragua.

Une répression organisée avec le consentement des autorités

Le rapport note que la première phase de la crise (du 18 avril à mi-juin) au Nicaragua a été marquée par une réponse répressive de la police et des éléments armés pro-gouvernementaux aux manifestations. Au cours de la deuxième phase dite de ‘nettoyage’, allant de la mi-juin à la mi-juillet, des éléments armés pro-gouvernementaux, notamment des ‘forces de choc’ (fuerzas de choque) et des bandes (turbas) ont démantelé des barrages routiers et des barricades.

Les informations obtenues par le HCDH indiquent clairement que ces éléments armés ont agi avec le consentement de la police nationale et des autorités au plus haut niveau, souvent de manière conjointe et coordonnée. « Bien que le gouvernement ne nie plus l'existence d'éléments armés pro-gouvernementaux, il tolère leurs actions et leur permet d'opérer en toute impunité », indique le rapport.

Selon plusieurs sources, environ 300 personnes auraient été tuées et 2.000 autres blessées depuis le début de la crise. La plupart de ces violences se sont produites de la mi-avril à la mi-juillet. L'analyse des informations disponibles confirme que la plupart des victimes étaient des hommes de moins de 30 ans, ce qui reflète le profil moyen des manifestants, parmi lesquels des étudiants universitaires et de jeunes professionnels.

Le rapport du HCDH note également que des membres du parti sandiniste, des responsables gouvernementaux et des membres des forces de sécurité, en particulier la police nationale, ont été attaqués et que 22 policiers ont été tués.

« Le niveau de brutalité dans certains de ces épisodes, y compris l'incendie, les amputations et la profanation de cadavres, illustre la grave dégénérescence de la crise », indique le rapport, soulignant que ces abus doivent faire l’objet d’une enquête et ne légitiment en aucune manière une réponse de l’État qui ne soit pas conforme aux normes internationales en matière de droits de l’homme.

Des manifestants et opposants accusés de terrorisme et de coup d’Etat

Après la répression des manifestations, les manifestants et d'autres personnes considérées comme des opposants au gouvernement, continuent d’être persécutés et criminalisés.

Selon les informations dont dispose le HCDH, au 18 août, au moins 300 personnes étaient poursuivies, notamment pour terrorisme et crime organisé, en raison de leur participation ou de leur soutien aux manifestations. Selon le rapport, ces procès présentent de graves lacunes et ne respectent pas les procédures régulières, y compris l’impartialité des tribunaux.

Des fonctionnaires, y compris les enseignants et les médecins, ont été licenciés et les personnes jugées critiques à l’égard du gouvernement ont été harcelées, intimidées et même attaquées.

Dans son rapport, le HCDH a appelé aux autorités du Nicaragua à mettre fin immédiatement au harcèlement, à l'intimidation et à la criminalisation. Il appelle également le gouvernement à démanteler et à désarmer immédiatement les éléments pro-gouvernementaux, à mettre un terme à toutes les arrestations illégales et à libérer toutes les personnes détenues arbitrairement.

Le rapport demande instamment au gouvernement de prendre des mesures urgentes pour garantir l’indépendance et l’impartialité du pouvoir judiciaire et reprendre le dialogue national entre les responsables gouvernementaux et les représentants de divers segments de la société nicaraguayenne afin de parvenir à des accords reposant sur les droits de l’homme et les principes démocratiques.

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