Nicaragua : au 1er anniversaire des manifestations, Michelle Bachelet appelle à éviter la violence

16 avril 2019

Alors que le premier anniversaire du début de la crise au Nicaragua doit être marqué par d'importantes manifestations dans le courant de la semaine, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a exhorté mardi le gouvernement à veiller à ce que « ses forces de sécurité laissent aux populations la possibilité de se réunir en paix et d'exprimer leurs opinions conformément aux droits que leur confère le droit international ».

« Je crains que les manifestations prévues plus tard dans la semaine ne déclenchent une autre réaction violente », a déclaré Michelle Bachelet dans un communiqué de presse. Elle a appelé les autorités « à prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter un recours excessif à la force »

Plus de 300 personnes auraient été tuées, 2.000 blessées, 62.000 auraient quitté le pays et plusieurs centaines de personnes seraient privées de liberté

Selon le Bureau de la Haut-commissaire, au cours de l'année écoulée depuis la première répression violente des manifestations de masse au Nicaragua le 18 avril 2018, plus de 300 personnes auraient été tuées, 2.000 blessées, 62.000 auraient quitté le pays et plusieurs centaines de personnes seraient privées de liberté.

Les récentes manifestations des 16 et 30 mars auraient fait 10 blessés de plus, dont trois à la suite de coups de feu, et quelque 170 manifestants auraient été arrêtés puis ensuite libérés.

« Les violations commises au cours de l'année écoulée comprennent la criminalisation et le harcèlement de dirigeants étudiants, de défenseurs des droits de l'homme, de journalistes et d'autres personnes qui critiquent le gouvernement, ainsi que les agressions dont ils sont victimes. Les autorités ont également recouru à la censure des médias, à l'interdiction des manifestations et au recours persistant à la force excessive et aux arrestations arbitraires à grande échelle par la police. Inévitablement, ces actions, conjuguées à l'absence de responsabilité pour les excès illégaux commis par les membres des forces de sécurité, ont alimenté les tensions dans le pays plutôt que de les réduire », a souligné Mme Bachelet.

La Haut-Commissaire s'est également déclaré préoccupée par les informations faisant état de conditions de détention difficiles dans les prisons et les centres de détention, qui pourraient s'apparenter à de la torture et à des mauvais traitements. De récentes manifestations à La Modelo, une prison pour hommes à Tipitapa, au nord-est de la capitale Managua, où des personnes arrêtées lors de manifestations sont détenues aux côtés de criminels de droit commun, auraient été violemment réprimées, par des coups, l'utilisation de chiens et de gaz lacrymogènes.

Photo bureau régional HCDH
Des manifestants dans les rues de Managua, au Nicaragua, demandent justice pour les victimes de la répression.

Placer les victimes d’abus et de violations des droits de l’homme au cœur des négociations

La cheffe des droits de l'homme a souligné la nécessité de placer les victimes de violations des droits humains et d'abus depuis avril 2018 au centre des négociations.

Malgré deux accords conclus en mars par le gouvernement et l'Alliance civique pour la justice et la démocratie - l'un sur la libération des personnes détenues dans le cadre des manifestations et l'autre, plus important, sur le renforcement des droits et des garanties - les négociations se sont enlisées et les accords ne semblent pas avoir été appliqués.

« Le fait que les négociations soient au point mort et que le gouvernement n'honore pas les accords conclus jusqu'à présent compromet la possibilité d'établir un véritable dialogue sans exclusive pour résoudre la grave crise sociale, politique et des droits de l'homme à laquelle le pays est confronté », a dit Mme Bachelet.

S'attaquer aux failles institutionnelles et renforcer l'État de droit 

Selon la Haut-Commissaire, « une solution à la crise doit s'attaquer aux failles institutionnelles et renforcer l'État de droit ». « Il est d'une importance capitale qu'un processus de responsabilisation complet et transparent soit mis en place pour garantir la justice, la vérité et les réparations, ainsi qu'une garantie claire de non-répétition, conformément aux normes et règles internationales », a estimé Mme Bachelet.

Dans une résolution sur le Nicaragua adoptée récemment par le Conseil des droits de l'homme à Genève, le gouvernement a été invité à reprendre sa coopération avec le bureau de Mme Bachelet ainsi qu'avec d'autres organismes internationaux et régionaux de défense des droits de l'homme.

Mme Bachelet a souligné sa volonté de coopérer avec le gouvernement nicaraguayen et a déclaré que son personnel était prêt à retourner dans le pays pour aider les autorités à remplir les obligations internationales de l'État en matière de droits de l'homme, à condition que les conditions soient en place pour leur permettre d'opérer de manière efficace et crédible.

Artículo 66
A Managua, des manifestants participent à une marche pour exiger la fin de la violence au Nicaragua. (2018)

Plus de 60.000 personnes ont dû fuir le pays en un an

La vaste majorité (près de 55.500 personnes) des 62.000 personnes qui ont fui le Nicaragua ont trouvé refuge au Costa Rica, a souligné, pour sa part, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

« Sans solution politique à la crise qui touche le Nicaragua, les gens continueront vraisemblablement à fuir », a mis en garde Liz Throssell, porte-parole du HCR.

L'agence onusienne a noté qu’en mars 2019, 29.500 Nicaraguayens avaient officiellement introduit une demande d’asile au Costa Rica, selon l’autorité chargée des migrations dans ce pays. « Mais, face à des capacités d’accueil mises à rude épreuve, 26.000 autres attendent encore de pouvoir officialiser leur demande », a déclaré Liz Throssell lors d’une conférence de presse mardi à Genève.

Parmi ces demandeurs d’asile se trouvent des étudiants, d’anciens fonctionnaires, des personnalités de l’opposition, des journalistes, des médecins, des défenseurs des droits de l’homme et des agriculteurs.

Beaucoup de ces personnes ont franchi les frontières de manière irrégulière - dans ce qui fut un impressionnant afflux de réfugiés – afin d’éviter d’être repérées, souvent à pied, en marchant durant des heures sur des chemins difficiles, exposées à la chaleur, à l’humidité et au risque de paludisme.

« Au départ, il s’agissait principalement d’adultes traversant la frontière, mais maintenant des familles, notamment de jeunes enfants, sont également en train de fuir », a relevé Mme Throssell.

©HCR/Roberto Carlos Sanchez
Des demandeurs d'asile du Nicaragua attendent de déposer leur demande au bureau de l'immigration de la capitale du Costa Rica, San José (août 2018).

Préparation d’un plan de réponse humanitaire pour soutenir le Costa Rica

Dans ces conditions, le HCR a salué les efforts mis en œuvre par le Costa Rica afin de permettre aux Nicaraguayens d’entrer sur son territoire et d’accéder à la procédure d’asile. « Ces efforts sont d’autant plus louables que cela représente une pression considérable sur le système d’asile et les communautés locales », a fait valoir l'agence onusienne.

A cet égard, le HCR rappelle que l’enseignement primaire est ouvert à tous les enfants au Costa Rica, peu importe leur situation juridique. Les Nations Unies ont aidé les écoles primaires situées le long de la frontière nord à absorber les élèves nicaraguayens, en distribuant notamment des bancs, des chaises et des fournitures scolaires.

Afin de renforcer les capacités du Service des réfugiés du gouvernement, à la fois dans la capitale San José et dans son bureau situé à Upala, près de la frontière, le HCR a mis à disposition des bureaux ainsi que 30 personnes supplémentaires chargées d’arbitrer les dossiers. L'agence onusienne a également soutenu le déploiement d’agents d’organisations partenaires à la frontière et à San José, afin de faciliter la mise en œuvre d’un plan d’action global en coordination avec les autorités de l’État.

Devant cette situation, le HCR est en train de développer avec ses partenaires onusiens un plan de réponse humanitaire inter-agences en soutien au gouvernement pour subvenir aux besoins pressants des demandeurs d’asile vulnérables et des communautés locales.

 

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