Syrie : l'ONU appelle à une cessation immédiate des opérations militaires dans le sud-ouest

29 juin 2018

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est dit profondément alarmé ce vendredi par l'offensive militaire dans le sud-ouest de la Syrie et ses conséquences dévastatrices sur les civils et a appelé à une cessation immédiate des opérations militaires.

“Le Secrétaire général rappelle que la zone sud-ouest de la Syrie fait partie d'un accord de désescalade conclu entre la Jordanie, la Russie et les États-Unis à Amman en juillet 2017, et appelle ses garants à respecter leurs engagements”, a dit son porte-parole dans une déclaration à la presse.

“Le Secrétaire général appelle toutes les parties à respecter leurs obligations en vertu du droit international humanitaire et des droits de l'homme, à protéger les civils et à faciliter un accès humanitaire sûr, sans entrave et durable”, a-t-il ajouté. “Toutes les parties prenantes doivent immédiatement cesser les attaques dirigées contre les établissements médicaux et éducatifs et mettre en place des conditions de sécurité pour que les livraisons humanitaires transfrontières des Nations Unies reprennent sans plus tarder”.

Le chef de l’ONU a exhorté la communauté internationale à s'unir pour mettre fin à ce conflit qui s’étend et risque de déstabiliser davantage la région et d'aggraver la profonde crise humanitaire en Syrie et dans les pays voisins. Il a appelé toutes les parties concernées à se concentrer sur la poursuite du processus politique en s'appuyant sur les récentes consultations à Genève.

“Le Secrétaire général et son Envoyé spécial pour la Syrie, Staffan de Mistura, continueront à faire tout leur possible pour atteindre cet objectif”, a dit son porte-parole

Photo ONU/Jean-Marc Ferré
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Plus tôt dans la journée, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a également appelé toutes les parties au conflit en Syrie à mettre fin à l’escalade de la violence dans le gouvernorat de Deraa et a demandé aux belligérants de respecter leurs obligations internationales et d’éviter la répétition de l’effusion de sang comme ce fut le cas dans la Ghouta orientale.

« Des milliers de personnes auraient déjà fui leurs foyers mais il y a aussi le risque que le conflit s’intensifie et que de nombreux civils soient pris au piège des combats entre les forces gouvernementales syriennes et leurs alliés d’une part et les groupes d’opposition armés et Daech d’autre part », a dit le Haut-Commissaire dans une déclaration de presse.

Selon l’ONU, de nombreux civils qui tentent de quitter les violences dans le sud-ouest de la Syrie sont empêchés de partir. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a également fait état de cas d’extorsions ou de personnes bloquées dans le désert.

« Des indications laissent penser que des civils ont été autorisés à se rendre dans des zones contrôlées par le gouvernement seulement contre une rémunération », a dénoncé Zeid Ra’ad al-Hussein. Ces montants atteindraient plusieurs centaines de dollars, a précisé la porte-parole du HCDH, Liz Throssell, lors d’un point de presse vendredi à Genève. D’autres informations indiquent que les combattants de l’Etat islamique (EI) qui contrôlent l’ouest de la région de Deraa empêchent les civils de fuir.

A Deraa, le risque d’une situation de siège similaire à la Ghouta orientale

Les services du Haut-Commissaire rappellent que les forces gouvernementales et leurs alliés ont capturé la ville clé de Busr Al-Harir, ainsi que de nombreuses localités situées à l’est de Deraa, notamment dans la région de Lajat.

Des civils pourraient se retrouver piégés dans la région de Deraa et connaître une situation de siège similaire à celle qu'ont vécue les habitants de la Ghouta orientale, a déclaré le chef des droits de l’homme de l’ONU. « J’ai parlé de la cruelle ironie de la Ghouta orientale qui était considérée comme une zone de désescalade, et comment la conduite de cette guerre a été totalement honteuse dès le début et a été une tache pour nous tous », a fait remarquer Zeid Ra’ad al-Hussein. « Maintenant, une autre zone supposée de ‘désescalade’ risque de devenir le théâtre de nombreuses victimes civiles. Cette folie doit cesser », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, la fermeture de la frontière jordanienne a non seulement interrompu les convois humanitaires depuis mardi, mais bloque aussi des milliers de civils qui tentent de rejoindre ce pays. Selon les Nations Unies, près de 70.000 personnes ont été déplacées en une dizaine de jours.

En Syrie, les civils continuent d’être utilisés « comme des pions par les différentes parties ». A ce jour, le HCDH a recensé au moins 46 victimes. « Je rappelle à toutes les parties au conflit que le droit international exige qu’elles fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger les civils et d’assurer un passage sûr à ceux qui souhaitent fuir, tandis que ceux qui souhaitent rester doivent être protégés en permanence », a conclu Zeid Ra’ad al-Hussein.

 

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