Cambodge : une experte de l'ONU appelle le gouvernement à choisir la voie des droits de l'homme

14 mars 2018

La Rapporteure spéciale sur la situation des droits de l'homme au Cambodge, Rhona Smith, a exprimé de sérieuses inquiétudes concernant les restrictions sur les médias, la liberté d'expression et la participation politique dans le pays.

A l’approche des élections nationales prévues en juillet, l’experte de l’ONU a appelé Phnom Penh à choisir la voie des droits de l’homme.

« Le Cambodge est à une croisée importante des chemins et doit adhérer aux droits de l'homme car ils sont indispensables pour maintenir la paix et le développement durement acquis », a déclaré mercredi Mme Smith à la fin de sa cinquième visite dans le pays.

Pour la Rapporteure spéciale, « restreindre les voix des Cambodgiens pourrait finir par menacer la stabilité même que le gouvernement et le peuple ont durement œuvré à construire ».

« Les libertés d'association, d'expression et de réunion pacifique devraient être protégées et développées, sans restriction, dans une démocratie multipartite libérale garantie par la Constitution du Cambodge », a souligné Mme Smith, faisant référence aux récents développements inquiétants dans ce pays d’Asie du sud-est.

Les partis politiques et les médias doivent fonctionner sans être menacés ou sanctionnés

Au Cambodge, plusieurs stations de radio locales et un journal national ont été fermés, le principal parti d'opposition a été dissolu et ses sièges au parlement réattribué, et des opposants politiques et des militants des droits de l’homme ont été arrêtés. Par ailleurs, les autorités cambodgiennes ont mis en place de nouvelles lois visant à restreindre les libertés, la participation politique et les activités de la société civile.

« Pour de nombreux Cambodgiens qui ont voté lors des élections nationales de 2013 et locales de 2017, les sièges de leurs représentants sont maintenant occupés par des personnes pour lesquelles ils n'ont pas votés ou qu’ils ne connaissent même pas, ce qui soulève de sérieuses inquiétudes concernant les droits à la participation politique », a alerté Mme Smith. L’experte a exhorté les autorités de Phnom Penh à « inverser de toute urgence le cours actuel des actions » et à lever l'interdiction faite à 118 hommes politiques de participer à la vie politique du pays.

« Le droit à la participation politique et à la liberté d'expression revêt une importance particulière pendant les processus électoraux, et les autorités ont la responsabilité de veiller à ce que les individus, les partis politiques et les médias puissent fonctionner sans être menacés ou sanctionnés », a souligné l’experte onusienne.

Mme Smith s’est également dite profondément préoccupée par des informations faisant état de tirs survenus le 8 mars dans la province de Kratie (nord-est du pays) concernant un différend foncier. « J'ai suivi la situation de près, soulevant mes préoccupations directement lors de mes rencontres avec des représentants du gouvernement et demandé une enquête rapide et indépendante », a-t-elle dit.

« Encore une fois, des incidents comme celui-ci soulignent que tous les droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux sont interconnectés et tout aussi importants », a déclaré la Rapporteure spéciale. « Les droits de l'homme ne devraient jamais être sacrifiés. Les causes profondes des tensions doivent être résolues et les différends doivent être résolus de manière pacifique et consultative », a-t-elle souligné.

 

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.

Suivre l'actualité : précédents articles sur le sujet

Cambodge : l'ONU préoccupée par la tenue des élections en 2018 après l'interdiction de l'opposition

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a fait part vendredi de ses profondes préoccupations quant à la tenue d'élections crédibles, libres et équitables au Cambodge l'année prochaine suite à la décision de la Cour suprême du pays de dissoudre le principal parti d'opposition.