« En 2017, plus d’enfants ont été tués en Syrie que depuis le début de la guerre » - António Guterres

12 mars 2018

Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a appelé lundi le Conseil de sécurité à ne suivre qu’un seul ordre du jour : « mettre fin aux souffrances du peuple syrien et trouver une solution politique au conflit ».

« En 2017, plus d’enfants ont été tués en Syrie que depuis le début de la guerre », a déclaré le Secrétaire général, se disant déçu « par tous ceux qui, année après année, en agissant ou en n’agissant pas, par dessein ou par indifférence, ont permis cet état de fait ».

M. Guterres a souligné que l’ONU ne peut avoir une vision d’ensemble de la manière dont la résolution 2401 (2018) du Conseil est mise en œuvre, à cause de l’accès limité sur le terrain. Si le conflit a diminué en intensité dans certaines zones, il n’y a pas eu de cessation des hostilités, a-t-il déploré, rappelant que la résolution réclame précisément cela. La violence se poursuit dans la Ghouta orientale et au-delà, à Afrin, dans certaines parties d’Edleb et à Damas, a déclaré le Secrétaire général.

Depuis l’adoption de la résolution 2401, les frappes et les combats se sont intensifiés dans la Ghouta orientale et ont fait des centaines de victimes civiles.  Contrairement à ce que demande la résolution, il n’y a pas d’accès humanitaire sûr et sans entrave et aucun siège n’a été levé, a poursuivi M. Guterres. « A notre connaissance, aucune personne gravement malade ou blessée n’a pu être évacuée ».

La Ghouta orientale désormais divisée en trois poches

Estimant que la situation dans la Ghouta orientale est « l’enfer sur terre », le Secrétaire général a noté la proposition russe d’une pause humanitaire de cinq heures par jour et indiqué que trois groupes de l’opposition armée ont adressé une lettre au Président du Conseil, dans laquelle ils s’engagent à mettre en œuvre la résolution. Ces trois groupes – Jaish al-Islam, Failaq al-Rahman et Ahrar al-Sham - ont également promis de garantir un accès humanitaire sûr et d’expulser de la Ghouta orientale les groupes armés comme le Front Al-Nusra et Al-Qaïda, a-t-il dit.

Le chef de l’ONU a déploré qu’aucune réunion n’ait pu avoir lieu entre ces trois groupes, le gouvernement syrien et la Russie. M. Guterres a insisté sur les frappes et l’offensive conduites par Damas, ce dernier contrôlant désormais 60% de la Ghouta orientale alors qu’il n’en contrôlait que 10 % le 3 mars dernier. M. Guterres a indiqué que les réunions des 8 et 10 mars entre des responsables russes et Jaish al Islam ont conduit au retrait des combattants d’Al-Nusra de l’enclave assiégée. Il n’a en revanche pas été possible d’organiser une rencontre entre la Fédération de Russie et Failaq al-Rahman, la première voulant une réunion sur le terrain et le dernier insistant sur une rencontre à Genève, a-t-il précisé.

Le soir du 10 mars, la Russie a informé l’ONU qu’un cessez-le-feu unilatéral serait mis en œuvre à minuit, a ajouté le Secrétaire général, avant de mentionner un autre accord entre les responsables russes et Jaish al Islam sur les évacuations médicales. Le Secrétaire général a précisé que la Ghouta orientale est désormais divisée en trois poches et que l’ONU fait tout son possible pour mettre en œuvre la résolution.

« Nous sommes loin de l’accès humanitaire sans entrave demandé par la résolution »

En Syrie, l’aide humanitaire n’a pas pu être acheminée comme prévu : un convoi de 19 camions de l’ONU n’a pu apporter de l’aide qu’à 33.500 personnes sur les 40.250 au nord de Homs, le 4 mars.

Peu de civils ont pu quitter la Ghouta orientale, a déploré le Secrétaire général. Dans ce contexte, même si la pause russe de cinq heures n’est pas suffisante pour garantir un accès humanitaire sans entraves comme le demande la résolution, l’ONU a envoyé le 5 mars un convoi inter-agences de 46 camions à Douma avec de la nourriture pour 27.500 personnes, soit un tiers des personnes dans le besoin.

M. Guterres a dénoncé la saisie par les autorités syriennes des articles médicaux, en violation de la résolution, et a déploré que le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) se soit vu refuser l’accès à la Ghouta orientale. Le 9 mars, un convoi de 13 camions a pu finir son déchargement mais le chef de l’ONU a ajouté que plus de 1.000 personnes attendent toujours leur évacuation médicale et mentionné les nouvelles allégations d’utilisation de gaz de chlore. Le Secrétaire général a appelé le Conseil à rester uni sur cette question. « Si nous ne pouvons pas vérifier ces allégations, nous ne pouvons pas les ignorer ».

M. Guterres a jugé qu’il est encore possible d’appliquer la résolution 2401 (2018). « Il est possible d’avoir une cessation des hostilités, il est possible d’acheminer l’aide humanitaire, il est possible d’évacuer les malades et les blessés, il est possible d’expulser les combattants terroristes des zones de conflit sans mener des attaques indiscriminées contre les civils ».

Nous ne pouvons pas laisser tomber les bras, a prévenu le Secrétaire général qui a demandé la pleine application de la résolution sur tout le territoire syrien, avant de plaider pour une solution politique. « Je n’ai pas renoncé à l’espoir de voir la Syrie renaître de ses cendres ».

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