Soudan : deux experts de l'ONU préoccupés par les tensions à Abyei

Soudan : deux experts de l'ONU préoccupés par les tensions à Abyei

Le Conseiller spécial du Secrétaire général sur la prévention du génocide, Francis Deng.
Les Conseillers spéciaux du Secrétaire général de l'ONU sur la prévention du génocide et sur la responsabilité de protéger, Francis Deng et Edward Luck, ont exprimé mercredi « leurs graves préoccupations devant la montée des tensions à Abyei, où les récentes violences entre les Arabes Missireya et les groupes ethniques Dinka Ngok ont fait plus de 100 morts et provoqué le déplacement d'au moins 20.000 habitants ».

A l'origine de ce regain d'inquiétude, les deux experts citent les récents rapports faisant état du déploiement des Forces armées soudanaises (SAF) et de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) dans la région.

« Compte tenu des perceptions selon lesquelles les Forces armées soudanaises soutiennent les Arabes Missireya, alors que l'Armée populaire de libération du Soudan appuis les Ngok Dinka, un face-à-face entre les deux armées est très dangereux », préviennent-ils, estimant qu'il pourrait « facilement déclencher de nouvelles violences fondées sur les appartenances ethniques à Abyei ».

« Dans ce contexte, nous exhortons les deux parties à s'abstenir de toute action qui pourrait mettre la vie des civils en danger et représenterait un risque de retour aux hostilités à grande échelle », ajoutent-ils.

Selon le Protocole d'Abyei à l'Accord de paix global (CPA) signé en 2005 et qui a mis fin à la guerre civile entre le Nord et le Sud du Soudan, les Dinka Ngok sont des citoyens ayant la double nationalité -Sud-Soudan et Nord-Soudan- pendant la période intérimaire précédant le référendum d'autodétermination prévu pour que les habitants d'Abyei choisissent entre leur rattachement au Sud ou leur maintien au Nord.

Dans leur communiqué conjoint, Francis Deng et Edward Luck rappellent donc au gouvernement du Soudan et à celui du Sud-Soudan « leur responsabilité de protéger toutes les personnes à Abyei, indépendamment de leur ethnie ou de leur religion ».

« Nous appelons les parties à ouvrir une enquête approfondie et impartiale sur les récents incidents à Abiye et à tenir leurs auteurs pour responsables, afin de décourager les actes de violence, notamment les déplacements forcés de population qui relèvent du crime contre l'humanité », insistent-ils.

Les deux conseillers spéciaux les exhortent enfin « à assurer rapidement la libre circulation des casques bleus et du personnel de la Mission de l'ONU au Soudan (MINUS), afin qu'elle puisse s'acquitter de son mandat, y compris pour la protection des civils, des personnes déplacées et des autres groupes vulnérables ».