A Doha, Kofi Annan appelle à lutter contre l'incompréhension entre les mondes islamique et occidental

27 février 2006

Déplorant la tendance actuelle à l'extrémisme dans de nombreuses sociétés et ouvrant la réunion du Groupe pour l'Alliance des civilisations hier à Doha, le Secrétaire général a rappelé que les menaces à la paix qui émanent de l'incompréhension entre les mondes islamique et occidental étaient bien réelles et appelé la communauté internationale à lutter contre l'ignorance qui suscite la violence.

L'Alliance des civilisations a été créée pour répondre « aux menaces émergentes qui émanent de l'incompréhension qui fomente la violence » et, plus particulièrement, pour répondre « au fossé grandissant et au manque de compréhension mutuelle entre les sociétés islamiques et occidentales », a rappelé le Secrétaire général, lors d'une allocution prononcée à l'ouverture de la deuxième rencontre du Groupe pour l'Alliance des civilisations, une initiative lancée en juillet dernier.

Cette rencontre avait lieu au lendemain d'une réunion de haut niveau, organisée par Kofi Annan également à Doha au Qatar, pour tenter de calmer la situation après les violences provoquées par la publication de caricatures du prophète Mahomet.

« Les passions provoquées par les récentes publications de dessins insultants du prophète Mahomet ont clairement montré non seulement la réalité de ces menaces mais aussi le besoin aigu d'un effort engagé de la communauté internationale », a affirmé le Secrétaire général.

« L'Alliance n'a pas été lancée pour gérer des crises immédiates de la sorte. Mais l'intensité des sentiments que nous avons observée au cours de ces dernières semaines vient d'une méfiance et d'un mécontentement profonds, bien antérieurs à la publication offensante des caricatures », a-t-il estimé.

« En réalité, l'actuelle crise peut-être considérée comme l'expression d'une crise beaucoup plus profonde et de longue date, une crise à laquelle l'Alliance était précisément censée remédier », a-t-il insisté.

« Cette crise montre qu'il y a une tendance vers l'extrémisme dans de nombreuses sociétés […]. Peu de gens se considèrent comme extrémistes, mais beaucoup peuvent se laisser aller à un point de vue extrême, presque sans même le remarquer, quand ils estiment que le comportement ou le langage d'autres personnes est extrême », a-t-il fait observer.

« L'extrémisme d'un groupe est presque toujours nourri par la perception de l'extrémisme d'un autre groupe », a-t-il ajouté.

« Souvenons nous que ni les sociétés islamiques, ni les sociétés occidentales ne sont monolithiques. En fait, elles ont toutes les deux des points d'interconnexion », a fait remarquer le Secrétaire général.

« Au cours des siècles passés, on pouvait parler d'une civilisation islamique distincte d'une civilisation occidentale ou chrétienne, mais nombre de nos sociétés modernes possèdent un héritage de ces deux civilisations et beaucoup d'individus aujourd'hui ne voient pas de contradiction entre leur religion musulmane et leur appartenance à la société occidentale », a-t-il déclaré.

« En vérité, les conflits et les incompréhensions actuels viennent plus probablement d'une proximité que d'une distance », a-t-il souligné.

« Les caricatures offensantes du prophète Mahomet ont été d'abord publiées dans un pays européen qui a récemment acquis une population musulmane significative […]. Et certaines des réactions les plus fortes […] ont été observées dans les pays musulmans où les populations se sont senties victimes d'une influence ou d'une interférence excessive de l'Ouest », a-t-il expliqué.

« Que les gens qui ont publiés ces caricatures l'aient fait en cherchant ou non à provoquer, il n'y a aucun doute que certaines des réactions violentes ont encouragé les groupes extrémistes au sein des sociétés européennes, dont le but est de diaboliser les immigrés musulmans, voir de les expulser », a indiqué Kofi Annan.

« De la même manière, la republication des caricatures et leur soutien par certains leaders européens, a renforcé ceux qui dans le monde musulman voient l'Europe, ou l'Ouest dans son ensemble, comme irrémédiablement hostile à l'Islam et encouragent les Musulmans à se voir toujours comme victimes », a-t-il ajouté.

« L'incompréhension nourrit l'extrémisme, et l'extrémisme semble valider l'incompréhension. C'est le cercle vicieux que nous devons casser. C'est l'objectif de l'Alliance », a-t-il rappelé.

Créé pour combattre les divisions entre les cultures, notamment entre le monde musulman et l'occident, qui menacent de manière potentielle la paix dans le monde, le Groupe pour l'Alliance des civilisations avait tenu une première réunion de travail en novembre dernier à Majorque en Espagne.

Coprésidé par l'ancien directeur de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), l'Espagnol Frederico Mayor et le ministre et professeur de théologie turc Mehmet Aydin, la composition du Groupe de haut niveau avait été annoncée le 2 septembre dernier.

Parmi les 19 membres figurent l'ancien président iranien Seyed Mohamed Khatami, l'ancien ministre des Affaires étrangères français Hubert Védrine, le conseil spécial du roi Mohammed VI du Maroc André Azoulay et l'historienne britannique spécialiste des religions Karne Amstrong.

Le président espagnol José Luis Rodriguez Zapatero et le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan sont à l'origine de cette initiative, lancée par le Secrétaire général, le 14 juillet 2005.

Dans une déclaration conjointe publiée samedi, le Secrétaire général, l'Organisation de la Conférence islamique et la Ligue des Etats arabes ont lancé un appel à l'exercice rigoureux mais responsable de la liberté d'expression ainsi qu'au respect de la liberté de culte, deux piliers d'une « société internationale tolérante ».

 

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