Caricatures : Kofi Annan, l'OIC et la Ligue des Etats arabes lancent un appel au calme et au dialogue

27 février 2006

Constatant les blessures causées dans le monde musulman par la publication dans le monde occidental des caricatures du prophète Mahomet, le Secrétaire général, l'Organisation de la Conférence islamique et la Ligue des Etats arabes ont lancé samedi à Doha un appel à l'exercice rigoureux mais responsable de la liberté d'expression et au respect de la liberté de culte, deux piliers d'une « société internationale tolérante ».

« Nous appelons conjointement de nouveau à la retenue et à mettre fin immédiatement au climat actuel, qui menace de semer profondément la discorde entre les communautés, les sociétés et les pays », ont affirmé samedi le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, le secrétaire général de l'Organisation de la Conférence islamique, le secrétaire général de la Ligue des Etats arabes, le ministre des Affaires étrangères du Qatar, le ministre des Affaires étrangères de l'Espagne et le ministre des Affaires étrangères de la Turquie.

Les dirigeants étaient réunis à Doha, au Qatar, pour une réunion de haut niveau sur la crise provoquée par la publication des caricatures du prophète Mahomet, avant la tenue d'une réunion du Groupe de l'Alliance des civilisations.

« Nous regrettons profondément les offenses causées par les caricatures, ainsi que par les pertes en vies humaines et les dommages aux biens causés dans plusieurs pays », indique la déclaration conjointe.

« Nous réaffirmons le droit à la liberté d'expression. Nous appelons chacun à exercer ce droit de façon responsable et à ne pas s'en servir pour inciter à la haine ou insulter les convictions profondes d'une communauté, quelle qu'elle soit », affirme la déclaration.

« Nous réaffirmons aussi le droit de manifestation pacifique, en particulier lorsque des blessures profondes ont été causées, et nous reconnaissons que les Musulmans ont été profondément atteints du fait des caricatures. Nous applaudissons la vaste majorité des personnes qui ont protesté et manifesté de par le monde et qui ont choisi d'exprimer leur indignation de façon ordonnée et pacifique », ajoute la déclaration.

« Nous exhortons chacun à résister à la provocation, aux réactions extrêmes et à la violence, et à se tourner vers le dialogue. Sans dialogue il n'y a plus d'espoir de revenir à la raison, de panser les rancoeurs et de surmonter la méfiance », dit encore la déclaration.

Les signataires ont par ailleurs lancé un appel « sincère » à « tous les dirigeants religieux ou laïques, afin qu'ils usent de leur influence pour promouvoir les valeurs et croyances universelles que nous partageons tous ».

« En tant qu'individus et représentants de nos pays et organisations respectives, nous soutenons pleinement les droits de l'homme universels, et la stricte application des lois pertinentes », affirme les auteurs, qui estiment néanmoins que « tous les droits devraient être exercés de façon responsable ».

« Ni les médias, ni les publications, ni les lieux de culte ne devraient servir à l'incitation à la violence ou pour diffuser la haine », soulignent-ils.

« La société internationale dans laquelle nous souhaitons tous vivre est une société tolérante, qui reconnaît tant les droits que les responsabilités. La marque de toute société tolérante – et de toute personne tolérante – est le respect du droit à tous les peuples à la liberté de culte, à la liberté d'opinion et d'expression, et à la reconnaissance de la diversité comme un bien et non pas comme une menace ».

Les auteurs de la déclaration ont appelé en conclusion l'Alliance des civilisations à suggérer les moyens d'encourager le respect mutuel et la compréhension entre les peuples de différentes croyances, cultures et traditions.

Suite à la flambée de violence provoquée par la publication des caricatures du prophète Mahomet, le Secrétaire général, l'Union européenne et l'Organisation de la Conférence islamique avaient appelé le 7 février dernier au calme, soulignant que si la liberté de la presse devait s'exercer avec responsabilité, les récentes attaques dépassaient les limites des protestations pacifiques.

Les dessins à l'origine de la controverse avaient d'abord été publiés dans le journal danois Jyllands-Posten, puis dans le magasine norvégien Magazinet. Après que le journal danois a présenté des excuses, le 31 janvier dernier, les caricatures ont été republiées dans plusieurs journaux européens, au nom de la liberté de la presse.

De nombreuses protestations, allant de boycotts économiques à des menaces d'attaques, ont été émises dans le monde arabo-musulman. Début février, les représentations diplomatiques du Danemark et de la Norvège ont été incendiées à Damas et à Beyrouth.

Depuis, les violences ont continué provoquant la mort de dizaines de personnes notamment en Afghanistan, au Nigeria, au Pakistan, en Libye alors que les caricatures étaient republiées dans plusieurs journaux européens.

 

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