Zimbabwe : l'ONU passe une série d'accords avec le gouvernement pour remédier à la crise humanitaire

8 décembre 2005

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Jan Egeland, qui revient d'une mission au Zimbabwe, a annoncé aujourd'hui qu'il avait passé une série d'accords avec le président Robert Mugabe pour tenter de faire face à « une situation humanitaire extrêmement grave » dans un pays ravagé par l'épidémie du sida et l'insécurité alimentaire.

« Nous nous sommes mis d'accord sur le fait qu'il fallait réduire les procédures et lever les obstacles qui empêchent actuellement les organisations humanitaires de travailler pleinement pour résoudre la crise humanitaire », a indiqué Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence, lors d'une conférence de presse donnée au siège de l'ONU à New York, à l'issue d'une visite de quatre jours sur le terrain.

Le Bureau de la coordination humanitaire de l'ONU (OCHA) aura maintenant « un seul interlocuteur » au sein du gouvernement zimbabwéen, a-t-il précisé.

image• Retransmission de la conférence de presse[55mins]

Un autre accord a été conclu pour mettre en place « un groupe de travail sur l'insécurité alimentaire » au sein duquel « le Programme alimentaire mondial (PAM) pourra étudier avec le gouvernement les moyens de stopper la baisse de la production alimentaire dans un pays qui peut être autosuffisant », a encore indiqué Jan Egeland.

« Un grand progrès a été fait avec la signature d'un accord entre le PAM et le gouvernement sur la distribution alimentaire, qui permettra un accès illimité aux populations rurales que l'agence estime dans le besoin », a-t-il ajouté.

Enfin, troisième accord, le gouvernement du Zimbabwe a autorisé les Nations Unies à fournir 2.500 unités d'abris pour les victimes de la campagne d'évictions ».

Grâce aux accords passés avec le gouvernement, les agences de l'ONU, les organisations non gouvernementales (ONG) et les donateurs, le Secrétaire général adjoint espère pouvoir « briser ce cercle vicieux qui fait que les conditions de vie se dégradent toujours plus au Zimbabwe ».

« La situation humanitaire dans le pays est extrêmement grave et ne fait que s'empirer », a affirmé Jan Egeland. « Il y a 60 ans, l'espérance de vie était de 66 ans, aujourd'hui, elle est de 32 ans ».

« J'espère que l'on arrive à un tournant au Zimbabwe », a-t-il encore souhaité.

Des millions d'enfants sont orphelins du sida. L'insécurité alimentaire affecte la majorité de la population. Les personnes victimes de « la campagne d'évictions », entamée par les autorités du pays au mois de mai dernier, vivent maintenant dans des abris qui sont pires que les bidonvilles qu'ils avaient avant, a-t-il confirmé.

Le Secrétaire général a fait savoir que les Nations Unies avaient lancé, la semaine dernière, un appel de fonds d'un montant de 276 millions de dollars pour une aide alimentaire, une assistance médicale et la mise en place d'un système sanitaire dans le pays.

« Actuellement, nous apportons une aide alimentaire à plus de deux millions de personnes au Zimbabwe. Nous atteindrons le chiffre de trois millions en janvier et peut-être celui de quatre millions au cours du printemps », a-t-il dit.

Au cours de sa visite – du 3 au 7 décembre -, Jan Egeland a pris connaissance d'un certain nombre de projets d'assistance humanitaire mis en place par les agences des Nations Unies et les ONG à Harare et ses alentours ainsi que dans le sud du pays.

Il s'est entretenu avec le président Robert Mugabe pendant deux heures durant lesquelles il abordé toutes les questions qui préoccupent la communauté humanitaire dans le pays (voir notre dépêche du 6 décembre 2005 et celle du 5 décembre 2005).

Cette visite avait été effectuée au nom du Secrétaire général, suite à un accord conclu avec le président Mugabe, lors d'un entretien à New York, en marge du sommet mondial, au mois de septembre dernier.

Répondant à la question d'un journaliste, le Secrétaire général adjoint a rappelé qu'il était resté « en profond désaccord » sur la manière dont les deux hommes percevaient ce qu'il appelle « une campagne d'éviction » et ce que Robert Mugabe appelle « une campagne de renouvellement urbain ».

Le gouvernement parle d'une « campagne menée contre des logements et des commerces illégaux ». « Nous pensons que cette campagne était l'une des pires choses à faire, au pire moment, dans la mesure où des centaines de milliers de gens ont été affectés » comme le décrit le rapport de l'ONU, a expliqué Jan Egeland.

« Ces gens vivent maintenant dans de très mauvaises conditions avec leurs familles ou leurs amis quelque part dans le pays. Certains sont revenus vivre aux mêmes endroits. Très peu de gens, comparés au nombre de personnes expulsées, ont pu emménager dans les très bons logements construits par le gouvernement », a-t-il ajouté.

« Le gouvernement pense construire au cours des prochaines semaines 5.500 unités de logement au total. La grande majorité des personnes qui auront accès à ces logements sont des personnes qui travaillent soit pour le gouvernement soit pour la police, eux aussi victimes des expulsions », a-t-il dit.

Répondant à la question d'un journaliste qui demandait si le fait de voir les Nations Unies passer des accords avec le président Mugabe, responsable de la situation dans le pays, n'était pas surréaliste, Jan Egeland a répondu qu'il n'était absolument pas surréaliste que les Nations Unies travaillent avec des pays dont la situation politique était défavorable.

Au Soudan, a-t-il rappelé, les Nations Unies fournissent un abri à des millions de personnes qui ont été déplacées par une campagne de nettoyage ethnique menée avec la complicité du gouvernement.

« Au Zimbabwe, nous n'aidons pas le régime mais la population qui en a grand besoin », a-t-il déclaré

« Il est donc très important que la communauté internationale et les donateurs ne politisent pas les choses », a-t-il encore dit.

Le 31 octobre dernier, le Secrétaire général avait déploré le rejet par le gouvernement du Zimbabwe de l'aide des Nations Unies alors que des dizaines de milliers de personnes toujours étaient toujours sans-abri, des mois après la campagne d'expulsions entamée en mai dernier (voir notre dépêche du 31 octobre 2005).

Dans un rapport qualifié de « profondément alarmant » par le Secrétaire général, l'Envoyée de l'ONU au Zimbabwe avait dénoncé, le 22 juillet dernier, les destructions massives de bidonvilles, entreprises par les autorités du pays, jetant dans la rue 700.000 personnes et provoquant une grave crise humanitaire (voir notre dépêche du 22 juillet 2005).

 

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