Pakistan : Jan Egeland appelle à agir plus vite que la vague de froid

7 novembre 2005

Il ne reste plus que deux semaines pour sauver près de 200.000 personnes, prisonnières du froid, dans des zones montagneuses encore coupées du monde, un mois après le séisme du Pakistan qui a déjà fait plus de 70.000 victimes, a alerté aujourd'hui le responsable de la Coordination humanitaire des Nations Unies.

« Un mois après le tremblement de terre, plus de trois millions de personnes sont sans abri », a déclaré Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU, lors d'une conférence de presse donnée aujourd'hui au siège à New York.

« 200.000 personnes au moins, situées dans les hauteurs des régions montagneuses, aux contreforts de l'Himalaya, sont hors de portée », a dénoncé Jan Egeland, prévenant qu'il ne restait plus que « deux semaines avant que toute la région ne soit couverte d'une épaisse couche de neige ».

Un nouveau programme, à destination des populations dans la zone enneigée qui permettra de livrer des fournitures – bâches, tôle, etc – à près de 10.000 familles pour reconstruire dans chaque foyer au moins une chambre, qui permettra de se rassembler à l'abri du froid, va être lancé, a indiqué le Secrétaire général adjoint.

« Il faut aussi apporter de la nourriture dans ces zones qui seront isolées pendant l'hiver », a-t-il souligné, expliquant que la plupart de ces populations ne voulaient pas évacuer leurs terres auxquelles elles étaient très attachées.

« En général, la phase d'assistance d'urgence est plus courte. Au Pakistan, elle va durer pendant tout l'hiver, jusqu'à la fonte des neiges en avril », a expliqué Jan Egeland.

« Au cours des dix derniers jours, nous avons fait des progrès incroyables mais nous faisons encore face à des défis considérables », a-t-il fait remarquer.

« Même si nous sommes un peu plus optimistes qu'il y a deux semaines, la 'deuxième vague' de victimes est en train d'arriver, dans la mesure où de nombreuses personnes meurent de blessures qui auraient pu être soignées. D'autres encore vont mourir de froid », a souligné le Secrétaire général adjoint (voir notre dépêche du 31 octobre 2005 et notre dépêche du 26 octobre 2005 sur l'appel du Secrétaire général).

Selon les estimations officielles, le nombre de morts s'élève toujours à 73.000 victimes. Ce chiffre est sans doute appelé à s'accroître et pourrait atteindre 80.000, a précisé Jan Egeland.

« Les progrès dans le financement sont encore trop lents », a-t-il par ailleurs déploré.

Ainsi, sur l'appel d'urgence des Nations Unies d'un montant de 550 millions de dollars, 133 millions ont été promis mais seulement 80 millions versés. A cela, il faut ajouter 232 millions de dollars versés de manière bilatérale. Au total, 1,03 milliards de dollars ont été promis pour le Pakistan, mais une grande partie de ces sommes est affectée à la reconstruction (voir sur l'appel révisé notre dépêche du 26 octobre 2005).

« Il serait tragique que certaines agences soient obligées de réduire leurs efforts au lieu de les accroître », a insisté le Secrétaire général adjoint, qui a souligné les progrès déjà accomplis grâce à une coopération efficace avec le gouvernement du Pakistan et d'autres gouvernements - notamment les Etats-Unis – ainsi que plus d'une centaine d'organisations non gouvernementales (ONG).

Le pont aérien de l'OTAN a permis la livraison de près de 340.000 tentes et de 3 millions de couvertures.

Par ailleurs, de nouvelles routes ont été ouvertes sur le terrain, ce qui permet de livrer des cargaisons plus importantes et à un coût bien inférieur à celui du transport par hélicoptère.

En réponse à une question sur la provenance de l'aide, Jan Egeland a précisé qu'Israël avait été bienvenu et avait contribué à l'assistance.

Il a aussi indiqué que les pays du Golfe étaient parmi les plus gros contributeurs, avec des promesses de plus de 300 millions de dollars, mais le plus souvent dans un cadre bilatéral.

« Mais nous n'avons reçu aucun de ces fonds pour l'assistance d'urgence. Nous exhortons ces pays à fournir des fonds pour l'assistance, afin de sauver les vies des victimes pour lesquelles il faudra reconstruire », a-t-il regretté.

Sur la question du rapprochement de l'Inde et du Pakistan, il a confirmé que des fournitures avaient pu traverser, pour la première fois depuis des années, la frontière avec l'Inde au Cachemire, exprimant l'espoir que cette frontière serait davantage ouverte à l'avenir. « Plusieurs points de passage ont été prévus, mais seul un d'entre eux a été ouvert », a-t-il précisé.

« Nous avons toujours soutenu que tous les obstacles politiques devraient être levés pour laisser le libre passage à l'assistance », a-t-il dit en réponse à une question, ajoutant que la paix actuelle à Aceh, en Indonésie, était un effet direct de la coopération à la suite du tsunami.

S'agissant par ailleurs du niveau de l'assistance au profit du Pakistan en comparaison de la crise du tsunami, Jan Egeland a affirmé qu'il y avait eu « une réponse relativement normale au Cachemire ». « Nous avons eu une réponse extraordinaire face au tsunami », a-t-il comparé.

« Je pense que s'il y avait eu plus d'images des enfants noyés sous les décombres », de la souffrance mais aussi de l'assistance, il y aurait eu plus d'aide pour le Pakistan. La crise du tsunami a bénéficié de la période de Noël, du début de l'année budgétaire, et d'un financement rapide si important que nous avons pu montrer une efficacité qui a encouragé d'autres contributions », a-t-il expliqué.

« Aucune des autres crises n'ont disparu. Certains collègues ont été tués, au Soudan notamment et le système est aux limites de ses capacités», a-t-il prévenu.

« Au Cachemire, l'urgence est encore plus extrême parce que les populations vont geler », a-t-il insisté.

Jan Egeland a par ailleurs confirmé qu'il se rendrait au Zimbabwe au mois de décembre. « Je me pencherai sur la situation des victimes des expulsions mais aussi des millions qui souffrent de malnutrition », a-t-il annoncé, soulignant que les autorités gouvernementales reconnaissaient désormais la crise alimentaire dans le pays.

« Nous nous attendons aussi à ce que nous soyons autorisés à fournir un abri à toutes ces populations », a-t-il ajouté.

Voir sur l'appel de Jan Egeland à mettre fin à la “lotterie humanitaire, notre dépêche du 26 octobre 2005)

Voir l'Appel d'urgence du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA)

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