« Tolérance zéro aux abus sexuels » : la MONUC ouvre une enquête face à de nouvelles allégations

« Tolérance zéro aux abus sexuels » : la MONUC ouvre une enquête face à de nouvelles allégations

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La Mission de l'ONU en République démocratique du Congo se déclare « plus vigilante que jamais » face aux allégations d'abus sexuels de deux membres civils de la Mission qui hébergeaient chez eux 13 femmes congolaises et aux informations selon lesquelles des casques bleus népalais basés en Ituri auraient sollicité les services de prostituées en Ouganda.

« La Mission de l'Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) a été informée ce week-end d'un incident au cours duquel la police de Kinshasa a interpellé deux personnels civils internationaux de la MONUC, dont un volontaire des Nations Unies (VNU) », indique un communiqué publié hier à Kinshasa.

Selon les informations dont la MONUC dispose, « dans la nuit du vendredi au samedi, la police congolaise a lancé une opération de perquisition dans le domicile d'un agent civil de la MONUC, situé dans le centre ville de la capitale, sur la base de renseignements obtenus faisant état d'un nombre inhabituel de personnes dans cet appartement. A l'intérieur se trouvaient les deux personnels civils ainsi que treize femmes de nationalité congolaise. La police les a interpellés, arrêtés puis détenus dans un commissariat ».

Le communiqué précise « qu'ils ont été par la suite relâchés sur intervention des officiers de Sécurité de la MONUC qui ont pris l'affaire en main » et « qu'aucune charge n'a été retenue par la police congolaise contre ces agents civils de la MONUC ».

Cependant, précise la Mission de l'ONU, « dès qu'elle a été informée de l'incident, la Direction de la MONUC a pris les mesures automatiques prévues à cet effet en décidant de suspendre avec effet immédiat les personnels concernés jusqu'à la fin de l'enquête qui permettra de déterminer s'il y a eu manquement au Code de conduite de la MONUC et à la politique de tolérance zéro en vigueur dans les Missions de maintien de la paix des Nations Unies ».

Les allégations d'abus sexuels commis par des casques bleus de la MONUC qui ont éclaté au grand jour en novembre dernier (voir notre dépêche du 19 novembre 2004 et notre dépêche du 7 janvier 2005), se sont soldées notamment par l'arrestation d'un membre français du personnel civil, et de poursuites lancées par le Maroc à l'encontre de six de ses casques bleus (voir notre dépêche du 14 février 2005).

Elles ont mis en marche au sein de l'ONU un vaste mouvement qui a conduit le Secrétaire général a définir une politique de « tolérance zéro » aux abus et à l'exploitation sexuelle (voir notre dépêche du 9 février 2005).

Elles ont également conduit à la rédaction d'un rapport commandité par Kofi Annan auprès du Représentant de la Jordanie, le Prince Zeid Ra'ad Zeid Al-Hussein. Ce dernier a présenté officiellement son rapport au début du mois d'avril (voir notre dépêche du 4 avril 2005).

La politique de « tolérance zéro » implique aussi l'interdiction de la « fraternisation », autrement dit la poursuite de relations sexuelles entre les casques bleus et tout membre de la population.

Dans son communiqué, la MONUC signale par ailleurs que des soldats du contingent népalais de la MONUC basés en Ituri et qui étaient en visite, au cours de ce week-end, dans la localité d'Aruwa, en Ouganda, dans le cadre d'une mission de routine « ont été accusés d'avoir négocié les services de prostituées dans cette localité ».

« Devant le refus des casques bleus concernés de payer le silence de leurs accusateurs comme ils y avaient été conviés, les soldats de la MONUC ont été dénoncés aux forces de police de la ville qui les ont détenus sur la base de ces accusations avant de les libérer quelques heures plus tard, sans qu'aucune charge ne soit retenue à leur encontre », indique le communiqué.

Informé de l'incident, le Commandement militaire de la MONUC a décidé de l'ouverture immédiate d'une enquête et convoqué les personnels concernés ainsi que leur hiérarchie au quartier général de la Brigade dont ils dépendent, situé à Bunia, chef-lieu du district de l'Ituri, pour y être entendus.

« Il est à noter que le commandement du contingent népalais a immédiatement pris les mesures nécessaires pour faciliter la conduite de l'enquête, soulignant qu'il prenait cet incident avec le plus grand sérieux et agissait en pleine coordination avec le Commandement militaire de la Force pour que l'enquête diligentée soit rapide, équitable et complète »n, précise la MONUC.

La MONUC note avec satisfaction que, « pour ces deux incidents concernant son personnel - et en dépit des risques de manipulation et de chantage qui ne sont pas à exclure - les autorités concernées, tant les polices congolaise et ougandaise, que la hiérarchie militaire et les services de Sécurité de la MONUC ont fait preuve d'une grande vigilance, démontrant ainsi leur détermination à lutter contre les abus et l'exploitation sexuels ».

« La MONUC tient à souligner que, dans tous les cas, elle applique le principe de la présomption d'innocence pour tous les personnels concernés qui seront, si reconnus coupables, punis, ou si innocents, reconnus comme tels », précise enfin le communiqué.