Adapter l'ONU pour réformer l'ordre mondial, propose Kofi Annan à Londres

10 février 2005
Kofi Annan

Invité aujourd'hui à Londres où il a pris la parole à l'invitation de Tony Blair, le Secrétaire général de l'ONU a affirmé que la nouvelle ère d'interdépendance rendait le monde entier vulnérable aux menaces bien réelles du terrorisme, de la pauvreté et de la mauvaise gouvernance, et réitéré son appel pour qu'une ONU adaptée au XXIème siècle serve de forum et d'instrument d'action collectif pour y faire face.

« Le monde a besoin d'un forum de décision collectif et d'un instrument d'action collective » et c'est la vision qu'avaient nos fondateurs pour l'ONU, a déclaré aujourd'hui le Secrétaire général, Kofi Annan, lors d'une allocution prononcée à Whitehall, au siège du Gouvernement du Royaume-Uni, à l'invitation du Premier ministre, Tony Blair.

« Notre tâche est d'adapter et de rénover l'ONU afin qu'elle puisse exercer ces fonctions au 21ème siècle », a précisé Kofi Annan, ajoutant que « tout le monde ne réalisait peut-être pas à quel point l'ONU s'adaptait déjà à la nouvelle ère ».

« Il y a vingt ans, le monde pouvait encore être divisé, de manière schématique, entre démocraties et autocraties. Il aurait être pratiquement impensable que l'ONU prenne fait et cause pour les uns ou les autres, ou qu'elle cherche à intervenir dans les affaires internes de ses Etats Membres », a-t-il affirmé.

« Aujourd'hui, en revanche, presque tous les Etats Membres acceptent la démocratisation comme étant souhaitable, du moins en théorie. Plutôt que d'être divisés en deux camps, ils sont répartis selon une gradation. Certains, comme le Royaume-Uni, sont des démocraties de longue date. Un ou deux sont encore ouvertement des autocraties, voire pire », a déclaré le Secrétaire général, ajoutant que pour la plupart des pays en transition, ils étaient sans conteste plus tolérant qu'ils ne l'étaient auparavant mais qu'ils restaient susceptibles de retours en arrière.

Aujourd'hui, a souligné le Secrétaire général, « le monde est confronté à des menaces à l'ordre mondial et à la paix d'une ampleur sans précédent depuis le plus fort de la guerre froide ».

Mais si nous parvenons à nous mettre d'accord sur les méthodes pour y répondre effectivement et rapidement, « nous avons une occasion unique d'édifier un monde plus sûr, plus équitable et plus libre pour tous ses habitants », a affirmé Kofi Annan.

Parmi ces menaces, a-t-il souligné, figure la plus évidente : le terrorisme et les armes de destruction massive. En cas d'attaque à l'aide d'une «bombe atomique sale» [une bombe conventionnelle accompagnée de matériaux nucléaires] dans une capitale, « les pertes en vies humaines seraient choquantes », a-t-il souligné, mais « ce ne serait rien comparé aux effets économiques et sociaux » que ses répercussions entraîneraient dans le monde entier.

« Des millions de personnes en Asie, en Afrique et en Amérique latine perdraient leurs moyens de subsistance en raison de l'impact sur l'économie mondiale », a affirmé Kofi Annan, qui a rappelé que ces millions de personnes faisaient déjà face à des menaces plus immédiates : la faim, la dégradation de l'environnement, la corruption et la répression gouvernementale, les conflits civils et ethniques, qui pèsent toujours plus lourd sur les pauvres que sur les riches.

« En cet âge d'interdépendance, vous à Londres ne pouvez pas plus vous permettre d'ignorer ces souffrances que les populations dans d'autres régions du monde ne pourraient ignorer une attaque terroriste contre Londres », a-t-il rappelé.

Le Secrétaire général a réitéré sa conviction qu'il « n'est pas possible de vaincre le terrorisme sans lutter contre les causes des conflits et de la mauvaise gouvernance dans les pays en développement », et qu'il « n'était pas possible de vaincre la pauvreté tant que le commerce et l'investissement seraient entravés par la peur de la violence et de l'instabilité ».

Le Secrétaire général a rappelé que la voie à suivre avait été ébauchée par les deux rapports clefs qui lui avaient été livrés cette année, le Rapport du Projet du Millénaire de Jeffrey Sachs, intitulé « Investir dans le développement » (voir nos dépêches du 17 janvier 2005 sur la présentation de Kofi Annan et de Jeffrey Sachs) et le Rapport sur les menaces, les défis et le changement du Groupe de personnalités de haut niveau.

Son propre rapport sera publié dans un mois, et servira de base au Sommet qui doit avoir lieu à New York en septembre 2005.

 

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